Par Lyes Sakhi
Ils sont accusés de collusion avec le mouvement islamiste Rachad et de faire partie d’un groupe «terroriste». Amnesty International s’inquiète de leur sort et demande l’abandon immédiat des charges retenues contre ces militants des droits humains et du Hirak.
Dans un communiqué rendu public hier, l’ONG de défense des droits de l’Homme, Amnesty International, a demandé aux autorités algériennes «d’abandonner immédiatement» toutes les charges portées contre l’universitaire Kaddour Chouicha, son épouse et journaliste Jamila Loukil et l’activiste Saïd Boudour. Ces trois militants du Hirak à Oran, ainsi que 12 autres militants du mouvement populaire pour le changement, «risquent tous la peine de mort ou de longues peines de prison», selon Amnesty International. L’ONG avance cette explication sur la base «de fausses accusations» de «participation à une organisation terroriste» et «complot contre l’Etat» en lien avec leur participation à des manifestations pacifiques.
Les trois figures ainsi que les douze autres militants du Hirak seront entendus aujourd’hui, 18 mai, par la justice dans un contexte de forte judiciarisation des marches et des manifestations pour le changement. La chambre d’accusation du tribunal d’Oran décidera s’ils resteront libres en attendant leur procès ou s’ils seront maintenus en détention provisoire, qui peut aller jusqu’à 16 mois.
L’universitaire Kaddour Chouicha et les journalistes Jamila Loukil et Saïd Boudour sont accusés de faire partie du mouvement islamiste Rachad, considéré comme une antenne de l’ex-FIS en Algérie et ayant des contacts avec des groupes de la même obédience au Maghreb et à l’étranger, en Turquie notamment. Les époux Chouicha sont membres de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) et participent au mouvement Hirak appelant à un changement politique radical en Algérie à travers une série de manifestations largement pacifiques depuis février 2019, rappelle Amnesty.
«Nous sommes profondément préoccupés par cette affaire contre de courageux défenseurs des droits humains. Il s’agit d’une nouvelle tendance inquiétante des autorités algériennes utilisant la législation liée au terrorisme pour réprimer les droits à la liberté de réunion et d’expression pacifiques avant les élections prévues en juin. Ces accusations ne sont qu’un écran de fumée pour réduire au silence la voix de ces défenseurs des droits humains et réprimer leur militantisme», a déclaré Amna Guellali, directrice adjointe d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.
«Nous exhortons les autorités algériennes à mettre fin à ces procès contre les défenseurs des droits humains, les militants du Hirak et garantir les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique à la veille des élections législatives de juin», déclare Mme Guellali. Pour son ONG, «les accusations portées par le procureur reposent sur des allégations selon lesquelles ils sont liés au mouvement politique islamiste illégal Rachad, que les autorités ont accusé d’avoir infiltré le mouvement Hirak dans le but de le discréditer. Kaddour Chouicha, Jamila Loukil et Saïd Boudour nient toute affiliation avec Rachad».
Au moins 124 militants sont actuellement détenus en Algérie en raison de leur participation aux manifestations, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Des journalistes qui couvrent leur actualité sont également concernés, à l’exemple de Kenza Khatto, reporter à Radio M et Maghreb Emergent actuellement en garde à vue pour une audience prévue aujourd’hui après le report de celle prévue hier en journée. n