Procès en appel traité par la justice depuis le 14 février dernier ; l’affaire «GB Pharma» devrait aboutir aujourd’hui avec le prononcé du verdict final de la Cour d’Alger. Le dossier, qui retient notamment les charges «d’octroi d’avantages injustifiés» et de «de mauvaise gestion» contre les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, avait mis en évidence les liens d’intérêt qui auraient existé entre le pouvoir politique et des investisseurs du secteur du médicament.
Les deux anciens responsables, condamnés en première instance en novembre dernier, par le Tribunal de Sidi M’hamed à des peines de 5 ans de prison, risquent aujourd’hui un maximum de 10 ans de prison ferme selon le réquisitoire du Procureur. L’ancien ministre Abdelghani Zaalane pourrait, quant à lui, voir son acquittement remis en cause, le Procureur réclamant 3 ans de prison.
L’affaire «GB Pharma», qui implique, en effet, plusieurs ministres de premier plan de la présidence Bouteflika, porte le nom d’un projet d’entreprise de fabrication et d’importation de médicaments, implanté par le groupe Benhamadi dans la ville nouvelle de Sidi Abdallah, alors que Moussa Benhamadi, (décédé en juillet dernier à la prison d’El Harrach des suites de la Covid-19), était à la même époque ministre de la Poste et des Technologies, mais aussi responsable de la gestion de la ville de Sidi Abdallah. La justice soupçonne l’existence de conflits d’intérêt derrières les facilitations et avantages «sur les fonds financiers de l’Etat» accordés au projet, que la juge de la Cour d’Alger avait fait savoir au détour d’une question que l’entreprise avait seulement «importé des médicaments». Une accusation contre laquelle Ahmed Ouyahia s’était catégoriquement opposé, déclarant le 14 février dernier depuis la prison d’Abadla, qu’il avait eu pour mission d’encourager le «secteur stratégique» qu’est l’industrie pharmaceutique. Ahmed Ouyahia, en justifiant l’exonération de TVA et de droits de douane durant deux ans, accordés au projet du groupe Benhamadi, avait ainsi fait savoir qu’«on a donné l’accord parce que nous encourageons la fabrication de médicaments. Et aujourd’hui, il y a plus de 50 entreprises qui le font, nous couvrons la moitié des besoins du pays».
Quant à l’accusation implicite de lien d’intérêt avec l’ancien ministre de la Poste et des Technologies Moussa Benhamadi, il n’aurait «pas participé aux réunions du CNI (Conseil national d’investissement)», selon les déclarations d’Ahmed Ouyahia. Son lien avec les porteurs du projet était uniquement «familial» : «Moussa Benhamadi était actionnaire du Groupe Benhamadi (…) alors que le responsable du projet GB Pharma était Abderrahmane Benhamadi».
La justice aurait par ailleurs reproché dans cette même affaire l’existence de liens entre les frères Benhamadi et le financement illégal de la campagne du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika d’avril 2019. Les accusées auraient, en effet, mis à disposition un compte bancaire spécialement ouvert pour recueillir les apports financiers de parties sans aucun lien avec l’élection. Une autre des «d’interventions» plane également sur les accusés qui auraient «contraint» l’opérateur public de téléphonie mobile Mobilis à acquérir des téléphones portables et des tablettes auprès du groupe Condor, propriété de la famille Benhamadi. n