Le procès de l’ancien Directeur général de la police, Abdelghani Hamel, a été renvoyé hier par la Cour de Boumerdès qui l’a désormais programmé pour le 2 juin prochain.
L’affaire en question implique, en plus de l’ancien patron de la police, d’autres hauts responsables, notamment deux anciens walis de Tipasa, l’ancien Directeur de la Sûreté de la même wilaya, l’ex-Directeur de l’Industrie ainsi que le fils de Hamel. Les co-accusés sont poursuivis pour «obtention illégale de fonciers agricoles», «abus de pouvoir» et «activités illégales».
Le report est notamment dû au «refus du Collectif de la défense des accusés d’un jugement à distance», inscrit au titre des mesures de prévention contre le coronavirus alors que le collectif de défense a affirmé tenir à un jugement en comparution. Cette affaire renvoie également à d’autres figures qui ont eu à occuper des hautes responsabilités dans la hiérarchie de l’Etat puisque Abdelmalek Sellal et Noureddine Bedoui sont appelés à titre de témoins. Est appelé aussi au même titre le Directeur général du Domaine national, Djamel Khenznadji.
Le Tribunal de Sidi M’Hamed avait condamné l’ancien chef de la DGSN, le 1er avril dernier, à 15 ans de réclusion criminelle et une amende de 8 millions de dinars. Il était poursuivi pour «corruption et enrichissement illicite» et son épouse Annani Salima est condamnée à deux ans de prison ferme et une amende de 1 million de dinars. Mais, visiblement, avant le rendez-vous donné par le président de la Cour de Boumerdès aux protagonistes de ce dossier la semaine prochaine, Hamel n’aura pas de répit dans ses comparutions devant les juges. Il est, en effet, attendu le 31 mai dans une autre affaire, dans laquelle est impliqué Berrachedi, autre figure de la DGSN, qui avait précédemment fait l’objet de deux renvois. Au mois d’avril dernier, le renvoi avait été motivé par la situation sanitaire qui prévaut dans le pays. Mais depuis quelque temps, ce sont de nouveaux éléments qui sont venus se greffer dans l’affaire, soutiennent des sources très au fait du dossier. En effet, le Tribunal de Blida, où doivent être jugés les mis en cause, a décidé de traiter le dossier en organisant le jugement par visioconférence. Il s’agit, explique-t-on de même source, d’interroger les prévenus à partir de la prison où ils sont filmés et interrogés face à une caméra qui retransmet les images au juge et au Procureur. Or, Hamel, Berrachedi et le reste des accusés dans l’affaire ont refusé d’être jugés sous le format légitimé par les mesures de prévention contre la propagation du coronavirus. Pour les accusés dans cette affaire, «un procès aussi lourd ne peut se suffire d’un jugement à distance», emboitant ainsi le pas à de nombreux avocats qui n’ont pas cessé de formuler des «réserves pratiques» quant à l’efficacité de programmer des procès d’une importance capitale en mode visioconférence. Mais dans cette affaire prévue le 31 mai, ce sont d’autres noms qui surgissent dont notamment celui de l’ancien Premier ministre, Noureddine Bedoui, qui fait face, dit-on, à des poursuites et des enquêtes des services de sécurité et judiciaires. Des sources indiquent que Bedoui a été écouté dans deux affaires distinctes dont celle en relation avec le dossier de Hamel dont le procès en appel a été programmé pour le 31 mai prochain. Néanmoins, un changement dans la procédure de traitement est survenu en cours de route. «Le dossier a été scindé en quatre parties et pour des raisons de compétence territoriale, chacune d’entre elles est traitée par un tribunal différent», explique-t-on de mêmes sources.
«L’affaire principale traitée au Tribunal de Sidi M’hamed alors que les trois autres parties ont été réparties entre Blida, où il doit comparaître avec Noureddine Berrachdi, ancien Directeur général de la Sûreté de la wilaya d’Alger, à Tipasa, où sa comparution se fera avec l’ancien wali d’Alger Abdelkader Zoukh et, enfin, à Boumerdès où a été transmis le dossier de Noureddine Bedoui», précise-t-on.
Comment en est-on arrivé là ? Des sources expliquent à ce propos que les péripéties du procès Hamel avaient mis le doigt sur une directive des services de Bedoui en sa qualité de ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales pour «l’annulation d’une décision de justice interdisant l’octroi d’un terrain de 14 000 mètres carrés aux fils Hamel». Cette directive a été mise en avant par l’ancien wali de Tipasa, Moussa Ghellaï, dans son témoignage, parlant même de «pressions diverses pour l’annulation de la décision rendue par le Tribunal administratif». Ce fait n’est pas passé inaperçu pour la défense qui s’était étonnée de l’absence de Noureddine Bedoui, d’où la demande de son audition. Affaire à suivre.<