L’audience préliminaire du procès de l’ex-chef de l’unité aérienne de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), le colonel Chouaïb Oultache, accusé de l’assassinat de l’ancien Directeur général Ali Tounsi, s’est ouverte hier devant le tribunal criminel d’Alger.

Le procès a débuté dans une salle archicomble, en présence des avocats de Chouaïb Oultache, Maîtres Mohamed Tayeb Belaârif, Mohamed Amine Sidhoum et Nora Ghaffar. Le président du tribunal, Amar Belkherchi, a procédé en premier lieu à l’appel de l’accusé, des témoins et s’est enquis de la présence des avocats. Chouaïb Oultache doit répondre des chefs d’inculpation « d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens, tentative de meurtre et détention d’une arme à feu sans autorisation préalable des autorités compétentes », selon le rôle complémentaire de la deuxième session criminelle qui remonte à décembre 2016 contenu dans l’arrêt de renvoi composé de 73 pages. Avant le début de l’audience, le tribunal criminel a accepté d’entendre 7 témoins sur une liste de 12 présentée par la défense et de près d’une quarantaine d’autres témoins convoqués par le tribunal mais dont la majorité n’a pas répondu à la convocation. Ils sont au total 53, dont la veuve et le fils du défunt. Le juge Belkherchi appelle l’accusé, qui peine à se tenir debout. Chouaïb Oultache, 72 ans, désigne ses trois avocats. A la barre, M. Oultache lance : « Je ne l’ai pas tué […] Je l’ai blessé au bras. » Immédiatement, le juge réplique : «Alors qui l’a tué ? » L’accusé répond : « Ce sont les autres. Ce sont les autres qui l’ont achevé. » Avant de rester silencieux au « mais qui les autres ? » du président du tribunal. Ce dernier énumère les éléments contenus dans le rapport d’autopsie et la balistique qui, selon lui, contredisent les affirmations d’Oultache. Le juge lui rappelle aussi qu’il avait « avoué avoir commis le crime et avoir demandé pardon ». M. Oultache « nie » et indique « Ce sont des inventions ! » Or, il est revenu sur les « aveux » qu’il avait faits lors de l’instruction. « Je n’ai pas assassiné Ali Tounsi, mais j’ai tiré quatre coups de feu le visant à la main », a-t-il dit. Selon l’arrêt de renvoi, M. Oultache a déclaré que le mobile de l’assassinat « n’a pas de lien avec la transaction de modernisation de la DGSN », affirmant qu’il avait tiré sur la victime parce ce dernier l’avait traité de « traître ». Il a ajouté qu’il est entré dans le bureau de la victime pour demander le report de la réunion sur la transaction de modernisation de la DGSN et n’avait pas l’intention de commettre un crime, mais la victime l’avait accueilli de manière déplaisante, lui reprochant d’avoir attribué la transaction à son gendre, et l’avait traité de traître. Ce qui a poussé l’accusé à brandir son arme à feu et tirer sur l’ancien DGSN. Il dit : « Tounsi et moi sommes amis et on avait pris un café la veille. Quand je suis rentré au bureau du défunt, Tounsi m’a dit : ‘’aujourd’hui, on va régler nos comptes […]’’ Alors je lui répondu : ‘’c’est toi le traître et fils de harki’’ ». « Alors ça a dégénéré ». Puis, il livre quelques informations sur les instants qui ont précédé les faits : « Je suis resté avec le défunt pendant une vingtaine de minutes. Il a essayé de m’attaquer avec une arme blanche [un coupe-papier] et je me suis défendu, en tirant sur lui et en le blessant à sa main ».

 

Les témoins défilent
Le premier témoin de l’affaire a été appelé à la barre. C’est le commissaire qui a accompagné et fait rentrer M. Oultache dans le bureau de Tounsi. Lors de sa déclaration, il a indiqué qu’il a entendu deux coups de feu, mais il croyait que c’était des pétards vu que c’était la veille du Mouloud.
Il a ajouté également qu’« Oultache est sorti pour me dire d’appeler deux officiers supérieurs». «Mais moi, quand je suis entré dans le bureau, j’ai trouvé le directeur général par terre… mort […] Je suis ressorti en courant en disant que le directeur est mort ». Daimi Youcef, secrétaire général de la DGSN, est appelé pour témoigner. Selon l’arrêt de renvoi, après avoir commis son forfait, Oultache a appelé ce dernier en lui demandant « de faire venir l’ancien chef de la Sûreté de la wilaya d’Alger Abdelmoumene Abd Rabou et Dalmi Youcef, le directeur de cabinet de la victime ».
M. Oultache a brandi son arme sur eux, blessant Abd Rabou à l’épaule. En fin d’après-midi, le président du tribunal décide de lever la séance. Le procès reprendra aujourd’hui. Ali Tounsi a été assassiné le 25 février 2010 lors d’une réunion au siège de la Direction générale de la Sûreté nationale à Alger.
Selon le ministère de l’Intérieur, la mort de Tounsi « est survenue lors d’une séance de travail durant laquelle un cadre de la police, apparemment pris d’une crise de démence, a ouvert le feu sur le chef de la police avec son arme de service ». Oultache Chouaïb avait été précédemment condamné à une peine de cinq ans de prison ferme dans une autre affaire de détournement de deniers publics en relation avec le meurtre d’Ali Tounsi.