Le juge de la cour d’Alger a requis, hier, un alourdissement des peines contre les principaux
accusés dans l’affaire Ali Haddad, au bout du 6e jour du procès en appel impliquant plusieurs
noms d’anciens responsables de l’Etat.

Le procès fait suite au jugement en première instance du Tribunal de Sidi M’Hamed, qui avait conclu en juillet dernier à une peine de 18 ans de prison ferme et 8 millions de dinars d’amende contre Ali Haddad, ainsi que 12 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars contre les ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal.
Le fond du dossier d’accusation, au-delà des soupçons de corruption contre l’ancien président du FCE a, en effet, porté sur les liens d’intérêts présumés entre l’ex-homme d’affaires et les ex-responsables politiques dans la passation des marchés publics, dont ceux de tronçons de l’Autoroute Est-Ouest, de la voie de chemin de fer entre la station Akid-Abbès et Tlemcen, ou encore lors de la construction « en urgence » de l’entrée de l’aéroport d’Alger pour la préparation du Sommet arabe de 2005.
Ainsi l’une des dernières questions du juge, hier, à Ali Haddad a porté sur ses « liens » avec Saïd Bouteflika, faisant à ce propos savoir que l’enquête avait révélé pas moins de 255 appels et 30 SMS entre les deux hommes. Un « fait » que le principal accusé n’a pas nié, rétorquant qu’il ne s’agissait que de messages échangés à l’occasion de diverses célébrations, ou lors des préparations d’événements du FCE. Les deux hommes n’ayant « jamais » évoqué ensemble les questions relatives aux marchés. Je n’ai jamais « demandé la moindre intervention pour obtenir un projet », explique Ali Haddad. Ajoutant plus loin qu’il n’avait même jamais envisagé de « causer le moindre tort au pays », précisant – et à plusieurs reprises – qu’il était, lui et sa famille, « victimes » de la situation.
Jugement en appel, où l’ensemble des accusés ont rejeté les charges retenues contre eux, les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal avaient de leur côté relativisé leur rôle dans la prise de décision en matière de passation de marchés de construction. Abdelmalek Sellal déclarant pour sa défense que « le Premier ministre n’est pas coordonnateur ou gestionnaire (…) cela relève du maître d’œuvre ou du ministère de tutelle ». Une affirmation qui pointe ainsi l’échelon inférieur, à savoir les ministres des différents secteurs. Ces derniers, Amar Ghoul et Boudjemaa Talai, ex-ministres des Transports et des Travaux publics, expliquent cependant qu’ils avaient agi selon la loi, mais aussi, en application des « directives du Président ou du gouvernement ».
Quant aux responsables des différentes administrations, entendus pour certains comme témoins durant le procès en appel, ils ont en substance fait savoir que les entreprises d’Ali Haddad n’ont pas été favorisées. Ziboune Ahmed, qui était directeur de la commission d’attribution des concessions minières, a ainsi déclaré que « Ali Haddad avait même été sanctionné pour des manquements au niveau d’une concession minière à Bouira».
Abderrahmane Iltache ancien directeur des Sports de la wilaya de Tizi-Ouzou, a par ailleurs indiqué à propos du projet du stade de Tizi-Ouzou, que l’entreprise d’Ali Haddad ETRHB avait bien poursuivi l’activité laissée vacante après le départ du partenaire espagnol FCC Construction. « J’ai signé parce qu’il y avait tous les documents (…) et cela a été sans incidence sur le coût du projet », a-t-il indiqué.
Le procès en appel a été marqué également par la demande de réparation réclamée par le Trésor public à Ali Haddad et ses frères s’élevant à plus de 78 000 milliards de centimes, en plus de 11 000 milliards de centimes au titre des avantages fiscaux injustifiés. n