Comme annoncé, le verdict dans l’affaire Ali Haddad est tombé, hier, au Tribunal de Sidi M’Hamed, à Alger. Dans la logique des précédents procès intentés par la justice à des hommes d’affaires très en vue durant l’ère Bouteflika, le juge a prononcé de lourdes peines, assorties de fortes amendes, contre les principaux accusés qui comparaissaient pour blanchiment d’argent, pressions sur des fonctionnaires afin d’obtenir d’indus avantages, corruption de fonctionnaires et financement occulte de campagne électorale.

Ces chefs d’inculpation concernent plusieurs grands projets d’infrastructures publiques attribués au groupe ETRHB, dont l’autoroute Boudouaou-Zéralda et la pénétrante de l’aéroport international d’Alger.
Dans le cas du principal accusé, Ali Haddad, c’est la peine maximale qui a été prononcée par le Tribunal, soit 18 années de prison ferme, assorties d’une amende de 8 millions de dinars. La justice a également décidé de saisir les biens du patron de l’ETRHB. Ce dernier n’était pas seul dans la famille Haddad à comparaître. Ses cinq frères, Rebouh, Mohammed, Omar, Soufiane et Meziane, également poursuivis, ont été condamnés à 4 ans de prison ferme assortis d’une amende de 8 millions DA chacun.
Au banc des accusés de cette nouvelle affaire de corruption à grande échelle se trouvait à nouveau les deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, qui, depuis l’entame de la grande opération anti-corruption, font un va-et-vient incessant entre la prison d’El Harrach, où ils se trouvent incarcérés depuis plus d’une année, et le Tribunal de Sidi M’hamed où leurs noms sont cités dans quasiment toutes les affaires des gros scandales ayant marqué la longue période de leur présence à la tête de l’Exécutif, sous le règne de Abdelaziz Bouteflika.
Et c’est encore d’une lourde peine de 12 années de prison ferme et d’une amende de 1 million de dinars qu’ont écopé ces deux prévenus (contre 15 requis par le Procureur). Leurs biens ont été également saisis et leurs comptes gelés.
Pour Ahmed Ouyahia, c’est la seconde peine du genre qui lui est infligée en l’espace d’une semaine, puisqu’il a été condamné également à 12 ans de prison ferme, le 24 juin, dans l’affaire Sovac. Quant à Abdelmalek Sellal, le Tribunal a décidé l’extinction de l’action publique dans l’affaire de financement de la campagne électorale pour la présidentielle d’avril 2019. Défilés d’ex-ministres aussi dans l’affaire Ali Haddad. A commencer par les deux anciens de l’Industrie et des Mines, Mehdjoub Bedda et Youcef Yousfi, qui ont écopé de 2 ans de prison ferme assortis d’une amende de 500 000 DA chacun, tandis que leur prédécesseur à ce poste, Abdesselem Bouchouareb, a été condamné par contumace à 20 ans de prison ferme et une amende de 1 million DA. Un mandat d’arrêt international a été lancé contre le ministre en fuite à l’étranger qui, faut-il le rappeler, avait déjà écopé de la même peine lors de deux procès antérieurs, affaire Kia-Ival et affaire Sovac.
Lourde peine prononcée également contre l’ex-ministre des Travaux publics Ammar Ghoul, soit 10 ans de prison ferme assortis d’une amende de 1 million DA, contre 5 ans de prison ferme contre l’ex-ministre Abdelkader Kadi et une amende de 500 000 DA. Les autres ministres impliqués dans l’affaire Ali Haddad, à savoir Abdelghani Zaalane, Amara Benyounes et Boudjemaa Talai ont, quant à eux, été condamnés à 3 ans de prison ferme en plus d’une amende de 500 000 DA pour Benyounès et Talai.
Outre les condamnations prononcées contre tout ce beau monde de ministres, une peine de 2 ans de prison ferme a été retenue à l’encontre des anciens walis d’El Bayedh, Abdellah Benmansour, et d’Annaba, Mohammed Selmani. Les directeurs généraux des entreprises portuaires de Béjaïa, Achour Djeloui, Mostaganem, Bouledjouidja Ryad, et Djendjen (Jijel), Houari Abdeslam, ont été acquittés dans cette affaire. Par ailleurs, le Tribunal a condamné les accusés à verser un montant de 135 milliards centimes au Trésor public à titre de réparation in solidum.
Réagissant au verdict du Tribunal, l’avocat d’Ali Haddad, Me Khaled Bourayou, a déclaré qu’il allait faire appel. Pour lui, «il s’agit d’un verdict dont le caractère politique est évident» et «les prévenus étaient des membres de l’ancien régime. Ils payent le prix des vaincus», a-t-il soutenu. Une déclaration qui intervient à la fin d’un procès où les noms du président déchu Abdelaziz Bouteflika et son frère et conseiller Saïd avaient été constamment cités par des accusés, notamment les deux ex-Premiers ministres condamnés, et certains avocats.
Mais, bien que leur ombre ait plané sur ce procès qui a livré de nouveaux chiffres sur les dommages causés à l’économie algérienne durant près de deux décennies, ni Abdelaziz Bouteflika ni son frère Saïd n’ont été appelés à la barre. Dans le cas de ce dernier, le juge a justifié cette non-convocation en indiquant que «personne n’a demandé officiellement la présence de Saïd Bouteflika».
Toutefois, de nouvelles affaires devraient faire sortir le conseiller de l’ancien président de sa cellule de la prison militaire de Blida, où il est en train de purger une peine de 20 ans de prison ferme, pour aller prendre place au Tribunal civil en tant qu’accusé. Selon certaines sources, son nom est très souvent cité dans les instructions d’autres grosses affaires de corruption. n

Le procès de Mahieddine Tahkout reporté à lundi prochain
Le Tribunal de Sidi M’hamed (Cour d’Alger) a décidé mercredi après-midi de reporter à lundi prochain l’audience du procès de l’homme d’affaires Mahediine Tahkout, à la demande de sa défense.
La défense de l’accusé a également demandé au tribunal de «réunir les conditions appropriées à l’audience, notamment face à l’expansion de l’épidémie de coronavirus».
L’homme d’affaires, Mahieddine Tahkout est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation en lien avec la corruption, dont l’obtention de privilèges, d’avantages et de marchés publics en violation de la législation.