Le nouveau procès pour de présumés actes de corruption, ouvert le 18 janvier dernier au tribunal de Sidi M’hamed, mettant en accusation Saïd Bouteflika et près de 70 autres accusés, dont d’ex-hommes d’affaires, a abouti hier à un très lourd réquisitoire.

Par Nadir Kadi
Le procureur de la République près le pôle pénal économique et financier a réclamé pas moins de « 18 ans de prison ferme et 3 millions de dinars d’amende » contre le frère et conseiller de l’ancien président. Les peines requises contre les principaux co-accusés, Ali Haddad, Mahieddine Tahkout, Ahmed Mazouz ou encore les frères Kouninef et Mohamed Bairi sont également très lourdes, entre 12 et 18 ans de prison, en plus de très fortes amendes de de 8 millions DA.
Une peine de 15 ans de prison ferme assortie d’une amende de 8 millions DA a été requise à l’encontre des frères Kouninef (Réda, Abdelkader Karim, Tarek-Noah et Souad) avec confirmation du mandat d’arrêt international lancé à l’encontre de Souad Kouninef. La même peine a été requise contre Maazouz Ahmed.
Quant à Bairi Mohamed, le procureur de la République a requis une peine de 12 ans de prison ferme assortie d’une amende 8 millions DA.
Une peine de 10 ans de prison ferme assortie d’une amende de 3 millions DA a été requise contre Tahkout Hamid, Tahkout Nacer, Tahkout Rachid et l’ancien directeur des travaux publics, Khelifaoui Ali.
Le procureur de la République a requis également une peine de huit ans de prison ferme et une amende d’un million DA contre l’ancien directeur général de la Banque nationale d’Algérie (BNA), Aboud Achour et trois (3) ans de prison ferme assortie d’une amende de 8 millions DA requis contre l’ancien député Tahar Missoum alias « spécifique ».
Les autres peines requises à l’encontre du reste des accusés dont une majorité d’hommes d’affaires vont de 3 à 10 ans de prison ferme.
Le réquisitoire s’appuie sur les dispositions de la législation de lutte contre la corruption, la justice avait pour rappel retenu dans cette affaire plusieurs chefs d’accusation dont le «blanchiment d’argent à travers le transfert de l’argent des produits provenant de la corruption», le «recel de fonds illicites» ou encore «l’abus de fonction».
Des actes mettent ainsi en avant l’existence d’une entente illégale entre le pouvoir politique et des hommes d’affaires durant la présidence Bouteflika, causant d’importantes pertes au Trésor public. Ce dernier, par la voix de ses avocats, demande la restitution de pas moins de 500 milliards de centimes au titre de dédommagement. Quant aux sanctions que risquent les « autres » accusés dans cette procédure, des personnes qui occupaient notamment d’importants postes au sein de structures publiques, dont l’Agence des autoroutes, les travaux publics ou la Banque nationale d’Algérie… L’accusation a réclamé hier entre 3 et 10 ans de prison ferme en plus du payement d’amendes. Par ailleurs, il est à signaler que le procureur a également demandé hier l’émission d’un mandat d’arrêt international contre Souad Kouninef « en fuite » à l’étranger.
Nouveau procès en lien avec la corruption qui s’est avéré complexe, du fait notamment du nombre des accusés et des « affaires » qui leurs sont reprochées. Il a également souligné que Saïd Bouteflika, qui apparaît comme le principal accusé, avait refusé de répondre aux questions de la justice avant de soutenir que «le procès est illégal».
En effet, dans des déclarations qui peuvent apparaître comme une stratégie de défense, le frère de l’ancien Président a fait savoir qu’il refusait d’évoquer le fond du dossier, laissant entendre que la procédure souffrait de vices de forme. Ainsi, la perquisition de son domicile aurait été faite, selon l’accusé, « avant que la qualification de l’infraction, dont la preuve est recherchée ainsi que l’adresse des lieux ou les visites (…) ne lui soit notifiée». Ajoutant également que le juge d’instruction lui a demandé d’assister à l’ouverture des objets scellés «sans présenter un procès-verbal d’inventaire». Par conséquent, plusieurs questions sont restées sans réponses, Saïd Bouteflika avançant toutefois, concernant la légalité de certains de ses biens, ses deux appartements, l’un obtenu en 1985 « dans le cadre de la promotion immobilière » et un second «largement à la portée de mes revenus en tant qu’enseignant à l’USTHB pendant 12 ans et en sa qualité de conseiller à la présidence de la République pendant 20 ans, sachant que sa femme a exercé en tant que médecin spécialiste».
Quant à l’ancien chef du FCE et PDG du groupe ETRHB, Ali Haddad, dont l’audition a occupé une partie de l’audience de mardi, il a également nié toutes les charges à son encontre et notamment l’accusation d’avoir commandité une opération de lobbying afin d’obtenir sa libération de prison. En effet, soupçonné dès 2019 d’avoir demandé à ses proches à l’étrange d’employer une entreprises étrangère en vue d’exercer des pressions sur l’Algérie pour obtenir une libération, Ali Haddad, a livré sa version des faits en notant qu’il ne pouvait pas engager une telle opération alors qu’il était déjà emprisonné.

Arezki Berraki condamné à 10 ans de prison ferme
La Cour d’Alger a condamné, mercredi, l’ancien ministre des Ressources en eau, Arezki Berraki, à une peine de 10 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un (1) million de dinars pour des affaires liées à la corruption. Dans la même affaire, la Cour a condamné également à la même peine l’ancien secrétaire général du ministère des Ressources en eau, Mustapha Karim Rahiel et l’ancien directeur de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT), Kali Abdenacer, en état de fuite avec confirmation du mandat d’arrêt international émis à son encontre. Une peine de trois (3) ans de prison ferme a été prononcée contre la directrice de l’administration générale de l’ANB, Chelbab Hafidha, alors que les autres accusés ont été acquittés. L’ancien ministre, Arezki Berraki, a été poursuivi en qualité d’ancien directeur général de l’ANBT, avec les autres accusés, d’anciens cadres de l’Agence, notamment pour les chefs d’accusations de dilapidation de deniers publics, abus de fonction et octroi d’indus avantages. (APS)