Jugés depuis dimanche au tribunal de Dar El Beïda, l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh, l’ex-conseiller à la présidence Saïd Bouteflika et plusieurs autres co-accusés sont sur le coup de peines de prison particulièrement lourdes, pouvant aller jusqu’à 10 ans d’emprisonnement.

Par Nadir Kadi
Le procureur de la République a, en effet, requis, dans la journée d’hier, «10 ans de prison ferme» à l’encontre de Tayeb Louh ainsi que «7 ans» contre Saïd Bouteflika et l’ancien homme d’affaire Ali Haddad. Les accusé auxquels s’ajoutent d’anciens hauts responsables du ministère de la Justice, dont son Secrétaire général, Laâdjine Zouaoui, son Inspecteur général Tayeb Belhachemi, des juges et des avocats… sont, en effet, poursuivis pour les charges «d’entrave au bon déroulement de la Justice» «faux en écriture officielle et incitation à la partialité». Les ex-magistrats, contre lesquels «3 ans de prison» sont requis, sont pour leurs part accusés «d’interventions» sur instructions de l’ancien ministre de la Justice Tayeb Louh, mais aussi de «falsification de documents officiels et de jugements».
Dossier sensible, mettant directement en cause le fonctionnement du pouvoir judiciaire, les auditions et les éléments du procès font notamment apparaître que Tayeb Louh, ministre de la Justice garde des Sceaux, entre septembre 2013 et avril 2019, aurait volontairement exercé une «influence» lors du traitement de certaines affaires. Ainsi, il serait derrière l’annulation du mandat d’arrêt international émis contre l’ancien ministre de l’Energie Chakib Khelil, ou encore responsable, selon l’APS, de la «falsification» d’un procès-verbal, avec effet rétroactif, dans le but d’admettre une candidate lors des législatives de mai 2017. Même chose en ce qui concerne ses «liens» avec l’homme d’affaires Ali Haddad ; ce dernier aurait sollicité une intervention du ministre de la Justice par l’entremise de Saïd Bouteflika en vue du règlement de certaines affaires en justice, dont celles de l’USMA et de la chaîne Beur TV.
Des accusations, graves, que le principal accusé a rejetées en bloc dès le premier jour du procès. L’ensemble du jugement serait ainsi organisé «pour des raisons politiques» a en substance fait savoir Tayeb Louh, ajoutant plus loin que son incarcération avait eu lieu «dans un contexte inconstitutionnel sous un Président qui n’était pas élu», à savoir Abdelkader Bensalah. Le procès lui-même serait nul et non avenu : «l’instruction a été entamée à l’époque d’un ministre nommé de manière illégitime (Belkacem Zeghmati) à la demande de l’ancien ministre de la Défense…».
Pour rappel, l’enquête et l’instruction contre Tayeb Louh a débuté en août 2019 suite à son placement en détention provisoire pour «abus de fonction, entrave à la justice, incitation à la partialité et incitation à faux en écriture officielle». Les motivations de la justice auraient fait suite à la découverte de «SMS» échangés entre T. Louh, S. Bouteflika et A. Haddad ; leur contenu serait considéré comme des «instructions» en vue d’intervention dans des affaires de justice.
Quant au lourd réquisitoire contre Saïd Bouteflika, il serait également injustifié, selon l’avocat du frère de l’ex-Président de la République. Maître Salim Hadjouti, cité par l’AFP, déclare en ce sens : «Il n’y a rien dans le dossier, que des déclarations. C’est un dossier vide. C’est un dossier politique et non judiciaire.» La défense réfute ainsi toute participation de l’ex-conseiller à la présidence dans une quelconque «intervention» dans les affaires et le déroulement de la justice. n