Le cycle de projections de films intitulé «La femme au cinéma», qui a débuté samedi dernier à la Cinémathèque algérienne, se poursuit jusqu’au 8 mars avec à l’affiche des œuvres consacrées à la femme dans le cinéma en tant que réalisatrice, sujet d’une œuvre cinématographique abordant le vécu, le combat, la résistance et la résilience de la femme.

Le directeur de la Cinémathèque d’Alger, Salim Aggar, nous souligne à propos de l’organisation de ce cycle que «l’objectif est de montrer des œuvres de femmes cinéastes et des films qui abordent la condition féminine dans sa dimension tragique, mais aussi dans son engagement pour relever les difficultés auxquelles elles font face».
Il ajoute que «l’objectif est aussi de montrer que la femme est toujours présente devant et derrière la caméra. Aujourd’hui, on a plus d’une dizaine de femmes algériennes cinéastes qui ont fait des films très importants, de haute facture et il est important de montrer ces films». Il affirme dans ce sillage que « je pense que les femmes cinéastes sont une valeur sûre dans le cinéma algérien».
Il citera à titre d’exemple, les réalisatrices algériennes qui sont programmées dans le cadre de ce cycle, à l’instar de Yamina Chouikh, Yamina Benguigi, Mounia Meddour, Yasmine Chouikh, Djamila Sahraoui et tant d’autres que l’on pourrait citer, et qui représentent les artistes les plus engagées ici en Algérie ou ailleurs.
C’est dans cet esprit, qu’aujourd’hui, les cinéphiles pourront découvrir à l’affiche de la Cinémathèque « Inchallah dimanche » de Yamina Benguigui, « Kedach thabni » de Fatma Zohra Zaamoum et le documentaire « Cinéma algérien, un nouveau souffle » de Mounia Meddour.
A propos de la programmation du documentaire de Mounia Meddour, le responsable de la Cinémathèque nous explique : « Je tiens à souligner que l’on n’a pas réussi à projeter son film « Papicha» pour des raisons de droits de diffusion et autres qu’on ignore. » Il enchaîne : «Mais on a tenu à projeter son court-métrage et son documentaire pour montrer que « Papicha » est une suite logique de son travail de cinéaste qui a débuté il y a plusieurs années ». Il rappelle, ainsi que dans ce documentaire qu’elle a tourné durant les Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB), elle avait interviewé de jeunes réalisateurs algériens qui présentaient leurs courts-métrages, à l’instar de Safia Djama, Youmes Khemmar et Khaled Benaïssa et qui «aujourd’hui, sont devenus des cinéastes accomplis et important dans le cinéma algérien.»

Redécouvrir Samira Makhlabaf et Nadine Labaki sur grand écran
Par ailleurs, en plus des cinéastes algériennes, il y aura à l’affiche de la Cinémathèque, mercredi 4 mars, trois longs métrages de femmes cinéastes étrangères qui se sont fait remarquer notamment au Festival de Cannes, en l’occurrence, les longs métrages «A cinq heures de l’après-midi» de l’Iranienne Samira Makhlabaf, « Et maintenant on va où ?» de la Libanaise Nadine Labaki et « La cinquième corde » de la Marocaine Selma Bergag.
Prix du Jury au Festival de Cannes en 2003, «A cinq heures de l’après-midi», le film de la réalisatrice iranienne Samira Makhlabaf est un véritable hommage à l’Afghanistan et au combat quotidien des femmes. «A cinq heures de l’après-midi » correspond à l’heure qui a suivi la chute du régime taliban en Afghanistan, et où « Noqreh », une jeune fille pleine d’espoir tente de profiter de cette nouvelle liberté pour s’épanouir socialement et devenir un jour la première femme président de la République afghane. Toutefois, elle doit se cacher de son père pour aller étudier, celui-ci considérant, comme tant d’autres dans ce pays, que les études ne sont pas faites pour les femmes.
Quant au film de la Libanaise Nadine Labaki, «Et maintenant on va où ?» il raconte la détermination d’un groupe de femmes libanaises de toutes religions à protéger leurs familles et leurs villages des menaces extérieures.
Ces femmes endeuillées par la guerre civile libanaise feront preuve d’une grande ingéniosité, inventant de drôles de stratagèmes. Unies par une amitié indéfectible, les femmes n’auront qu’un objectif, distraire l’attention des hommes et leur faire oublier leur colère et leur différence.
Sur le choix de ces réalisatrices pour incarner les œuvres étrangères dédiées à la femme, le directeur de la Cinémathèque nous confie qu’ «on a aussi voulu montrer les films réalisés par les cinéastes étrangères comme l’Iranienne Samira Makhlabaf. Il faut avoir que l’Iran est un exemple de cinéma sociétale, mais il n’y a pas beaucoup de femmes cinéastes. Samira Makhlabaf a eu la chance d’avoir un père cinéaste qui l’a encouragée et soutenue dans cette voie».
Quant au choix de la talentueuse réalisatrice libanaise, Nadine Labaki, il a rappelé que contrairement à l’Iran, au Liban la majorité des réalisateurs libanais sont des femmes et Nadine Labaki fait partie des meilleures. Avec son récent film « Capharnaüm » elle a encore une fois prouvé son talent et son hégémonie dans le cinéma libanais et également arabe.
Par ailleurs, les cinéphiles ont rendez-vous jeudi 5 mars avec « les films de réalisateurs sur les femmes». Salim Aggar explique que l’ «on a tendance à penser qu’il n’y a que des femmes qui ont fat des films sur la condition féminine. Mais, il y a aussi des hommes qui ont fait des films très forts sur cette thématique ». C’est dans cet esprit que les cinéphiles sont conviés à redécouvrir le long métrage « La Citadelle» de Mohamed Chouikh qui aborde la problématique de la polygamie ou le grand classique «la Couleur pourpre» de Steven Spielberg, qui aborde la condition de la femme noire dans le contexte des Etats-Unis d’Amérique dans les années soixante.
Concernant la disponibilité des films à la Cinémathèque qui permettent d’organiser ce genre de cycle, il nous est précisé que même si la Cinémathèque ne peut pas diffuser des films récents pour des questions des droits, les films qui sont diffusés sont essentiellement des films qui font partie du fonds de la Cinémathèque ou qui ont déjà été projetés au moins une fois à la Cinémathèque. Le responsable du musée du cinéma nous explique à ce sujet qu’«une fois que le film est projeté à la Cinémathèque, il est déposé comme dépôt légal et de ce fait on peut les diffuser librement ».

« Elles », un choc culturel à redécouvrir le 8 mars
Il est à noter que la journée du 8 mars sera célébrée à la Cinémathèque algérienne avec la présence de plusieurs réalisatrices et cinéastes algériennes avec la diffusion pour la première fois sur le grand écran de la cinémathèque de la version numérisée du fameux documentaire « Elles » d’Ahmed Lalam suivi de « Elles, 30 ans après » d’Ahmed Lalem. Les férus de cinéma son également conviés à découvrir la version numérisée de la «Nouba des femmes » d’Assia Djebbar considérée comme la première femme cinéaste algérienne.
A propos du documentaire «Elles » qui se trouve dans les archives de la Cinémathèque sous formes de bobines de 16 mm et qui a été récemment numérisé, le responsable du musée du cinéma estime que « c’est un film qu’il faut absolument voir ou revoir, car cela donne une véritable gifle ».
Confiant que « quand on le voit, on est ému aux larmes lorsqu’on redécouvre ces jeunes lycéennes algériennes de 1966 s’exprimant avec une grande maturité.
On les redécouvre, 30 ans après, où elles expriment l’évolution ou la régression de la condition de la femme en Algérie et c’est un véritable choc culturel».
Salim Aggar nous affirme également que la majorité des Algériens ne connaissent pas ce film documentaire, alors qu’il est très demandé à l’étranger car, d’une part, c’est un film de référence et, d’autre part, l’assistante espagnole du réalisateur est devenue une grande réalisatrice à succès en Espagne.
Pour conclure, le directeur de la Cinémathèque souligne qu’ «on essaye de faire des choses intéressantes à la cinémathèque pour les cinéphiles. Nos portes sont également ouvertes pour aider tous ceux qui œuvrent pour le cinéma et aider les jeunes à découvrir ou présenter leur films ».n

Programme
Mardi 03 mars
13h00 : « Inchallah Dimanche » de Yamina Benguigui (Fr-ALG)
15h00 : « Kedach thabni » de Fatma Zohra Zaamoum (ALG)
17h00 : « Cinéma algérien, un nouveau souffle » de Mounia Meddour (doc, 52 min)

lMercredi 4 mars « cinéma de femmes dans le monde »
13h00 : « A cinq heures de l’après-midi » de Samira Makhlabaf (Iran) 1h45
15h00 : « Et maintenant on va où ?» de Nadine Labaki (Liban) 1h52
17h00 : « La Cinquième corde » de Selma Bergag (Maroc) 1h38

lJeudi 5 mars «les films de réalisateurs sur les femmes»
13h00 : « 4 mois, 3 semaines et 2 jours » de Christian Mungiu (Roumanie) (Oscar 2007)
15h00 : « la Citadelle » de Mohamed Chouikh (Alg)
17h00 : « Couleur pourpre » de Steven Spileberg (USA) 1h48

lSamedi 7 mars Programme organisé par le réseau Wassila à l’occasion de la Journée internationale de la femme de 14H à 17H
Slam 1 Ludmilla
Clip sur le harcèlement et hommage à Nabila Djahnine produit par le « Carré »
2e slam Dihya
Diaporama de photos de femmes durant le Hirak
3e slam Lyna
Film « Essitar » de Kahina Zina
Débat

lDimanche 8 mars
13h00 : Quatre courts métrages de cinéastes algériennes, Mounia Meddour, Yasmine Chouikh et Fatma Zohra Zaâmoum
15h00 : « Nouba des femmes du mont Chenoua » de Assia Djebbar (Version numérisée)
16h00 : « Femmes d’Alger » de Kamel Dehane (Version numérisée)
Evénement, la femme algérienne face à la caméra avec la diffusion d’un documentaire inédit « Elles » de Ahmed Lalam (Version numérisée) suivi « Elles, 30 ans après » d’Ahmed Lalem, suivi d’un débat en présence de femmes cinéastes algériennes.