L’éventualité d’organiser les élections législatives anticipées le même jour que les élections locales, tel qu’annoncé lundi dernier par le président Tebboune, est accueillie avec réserves par l’ensemble des courants politiques qui attendent déjà la version finale du nouveau code relatif au régime électoral.

Certains pour des considérations politiques alors que d’autres évoquent des appréhensions plutôt techniques, relatives à diverses étapes du processus. Ce qui n’est pas sans rappeler le propos de Mohamed Charfi, président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), qui avait soutenu «l’impossibilité technique» d’un tel jumelage. «C’est faisable, à la condition de renforcer l’encadrement des élections», a jugé Hadj Belghaouti, membre de la direction du Front El Moustakbal et ancien président du groupe parlementaire à l’APN, dont le parti avait déjà signifié sa disponibilité à participer aux législatives. Le même responsable cite la difficulté la plus appréhendée, à savoir l’étape du dépouillement. Pour lui, il y a nécessité de « trouver «des mécanismes» pour bien gérer l’opération électorale. Il a relevé en revanche ce qui pourrait être l’avantage de la fusion des deux scrutins qui est de nature à générer un accroissement du taux de participation qui connaît une tendance baissière lors des rendez-vous électoraux organisés récemment. «D’habitude, les élections locales drainent beaucoup plus de monde car c’est un scrutin qui intéresse au premier chef le citoyen. Ce qui sous-entend que la tenue des deux élections le même jour va augmenter sensiblement le taux de participation», fait-il observer.
Le MSP n’est pas loin de cette lecture. «Cette option peut présenter des avantages dans la mesure où elle contribuera à augmenter le taux de participation», déclare une voix du parti islamiste traditionnellement engagée dans toutes les compétitions vers les Assemblées élues. Le même responsable n’évoque pas moins «le gain financier» puisque cela nous évitera des dépenses pour deux scrutins. Au MSP, on voit également «un défi» pour les partis politiques appelés à faire preuve de capacité de mobilisation de leurs bases militantes et cadres dirigeants.
Talai El Houriyet, un parti qui n’a pas assez d’expérience avec les élections législatives et locales et dont l’ancien président avait préféré à deux reprises s’engager dans la course vers El Mouradia, estime, lui aussi, que «techniquement, il est difficile d’organiser les deux élections ensemble car nous n’avons pas l’expérience nécessaire». Mieux encore, le parti appréhende plus que les autres détails, l’opération de dépouillement, qui exige, dira-t-il, «beaucoup de temps notamment dans le cas de listes ouvertes lors de l’élection législative», soutenant que «quand l’opération de dépouillement dépasse une journée, il y a le risque d’ouvrir la voie à tous les soupçons». Raison pour le parti de plaider de maintenir l’ancien format et de séparer les deux élections et de programmer les locales (APW-APC) à la fin de l’année en cours. Un avis qu’appuie le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), lequel estime que «le jumelage des deux élections sera très compliqué en termes de gestion et de choix des partis politiques pour ce qui est de la présentation des listes de candidature» dans les deux compétitions.
Chez les partis de l’opposition, il y a des signes de malaise notamment pour ceux qui tiennent à leur participation aux élections locales, mais qui ne sont pas forcément de la partie dans les législatives. C’est le cas du FFS, dont l’un des membres du secrétariat national, Samir Ghezlaoui, évoque ce qu’il considère comme «le casse-tête des élections». «Cela aurait été beaucoup plus facile de se prononcer en faveur du boycott des élections législatives et de participation aux élections locales (APC et APW). Or, c’était sans compter sur les artifices sans fin du régime, qui s’entête à poursuivre sa feuille de route et son agenda électoral», a-t-il écrit sur son compte facebook. «Que faire ? Faut-il abandonner les localités aux anciens-futurs partis du pouvoir, non seulement en Kabylie, mais aussi dans d’autres régions du pays où des APC ont été gagnés de haute lutte malgré l’argent sale -Alger en est le bon exemple ? Peut-on imaginer appeler les électeurs à s’exprimer uniquement sur une partie du scrutin le même jour, autrement dit, participer aux locales et boycotter les législatives ?», s’est-il interrogé. <