Il s’agit d’aider ces personnes à surpasser les sentiments d’incapacité, de dévalorisation et de culpabilité. Il s’agit aussi et surtout de les aider à retrouver une continuité dans leurs projets de vie et de renforcer leur image de soi.

Reporters : Comment doit-on prendre en charge psychologiquement et socialement les personnes atteintes de cancer ?
Jugurtha Abbou : Les personnes atteintes de cancer nécessitent une prise en charge psychologique dans la mesure où le traitement du cancer est assez souvent douloureux et qu’il affecte fréquemment l’image du patient, d’abord par lui-même, et ensuite par son entourage et par le milieu dans lequel il vit. Cette douleur peut avoir des conséquences directes sur les inquiétudes face à l’évolution de la maladie, d’où la nécessité sur la prise en charge psychologique du patient. Aussi, le stress et l’anxiété sont fréquents, auxquels peuvent s’ajouter la fatigue et les effets indésirables des médicaments.
Cette prise en charge s’inscrit dans ce qui est appelé «soins de support ou soins supportifs», ayant pour but essentiel l’amélioration de la qualité de vie du malade atteint de cancer. L’objectif est aussi de réduire au maximum la souffrance psychologique du patient et d’améliorer ses relations familiales ou amicales et son adhésion au traitement. La prise en charge psychologique nécessite de connaître quelques notions spécifiques au patient atteint de cancer.
Il se trouve que près de la moitié des patients ont du mal à s’adapter à leur état de santé, présentant des réactions dépressives pendant la maladie, à la suite des traitements, ou parfois même à la fin des traitements.
Un accompagnement psychologique adapté permet de faire face à la maladie et aux difficultés individuelles et familiales qu’elle entraîne. Ce temps d’écoute et d’échanges aide la personne malade à exprimer ce qu’elle ressent.

Quel est le rôle de la société envers ces personnes ?
La maladie influe directement sur l’équilibre social, en général, et l’équilibre familial, en particulier. Elle peut engendrer un état de stress permanent, dont la réaction se voit à travers les difficultés relationnelles fréquentes, d’où le rôle de l’environnement du malade consistant à les atténuer.
Il s’agit d’aider ces personnes à surpasser les sentiments d’incapacité, de dévalorisation et de culpabilité. Il s’agit aussi et surtout de l’aider à retrouver une continuité dans ses projets de vie et à renforcer son image de soi.

Et dans le couple, comment doit-on réagir ?
Le conjoint se trouve dans une situation, le moins que l’on puisse dire, délicate. Il est appelé à trouver les mots et les actions justes pour soutenir son conjoint, à faire preuve de disponibilité et d’écoute permanente. Plus que ça, il est amené à s’adapter aux changements du corps et de l’humeur que le conjoint malade va affronter. Le conjoint doit aussi faire face à ses propres ressentis face à la maladie tout en gérant parfois des aspects matériels nouveaux et des enjeux émotionnels concernant la famille ou les enfants qu’il faut aider à trouver des repères nouveaux et intacts.
Parfois, le patient est appelé à assumer son rôle familial et social, ce qui peut être épuisant et donne souvent lieu à des malentendus. Souvent les patients craignent que leur fatigue, leurs moments de découragement, de tristesse, pourtant bien légitimes, affectent leurs enfants, leur conjoint, leurs parents. De ce fait, ils n’osent pas se laisser aller à les montrer, à les exprimer et ainsi peuvent se sentir seuls. Cela dit, ils ont besoin de compréhension, avant tout, mais également de communication.

Vous confirmez la nécessité des personnes atteintes de cancer au suivi psychologique ?
Absolument, les malades ont besoin d’un accompagnement psychologique à même de les aider à comprendre leurs propres réactions et celles des autres, et de faire face à des difficultés d’ordre plus personnel et intime. Sans suivi psychologique, il serait délicat de supporter les transformations corporelles liées au traitement et toutes les séquelles qui s’ensuivent.

Est-ce que la bonne prise en charge psychologique ou sociale peut changer le destin des malades de cancer ?
Beaucoup d’études se sont penchées sur la question pour savoir s’il est réellement possible d’améliorer le pronostic vital des patients atteints d’un cancer grâce à une bonne prise en charge psychosociale. Certaines ont constaté une amélioration de la longévité relative, d’autres ont fait part de réduction des symptômes psychologiques et somatiques chez des personnes atteintes de cancer ayant bénéficié d’une psychothérapie. Il demeure que nous ne pouvons pas confirmer l’effet de thérapies psychologiques sur l’évolution biologique du cancer.