Les affaires des frères Kouninef et de Mme Maya jugées en appel au niveau de la Cour d’Alger et du Tribunal de Tipasa devraient connaitre aujourd’hui 31 décembre leur épilogue avec l’annonce des verdicts. Ces deux dossiers, totalement distincts, sont néanmoins liés à la «corruption» à grande échelle, à l’enrichissement illégal et aux complicités de certains hauts fonctionnaires de l’ancien système.
En ce sens, condamnés en premières instance par le Tribunal de Sidi M’hamed à des peines entre 12 et 20 ans de prison, la fratrie Kouninef, accusée de «trafic d’influence», «blanchiment d’argent», «obtention d’indus avantages», «détournement de fonciers et de concessions», ainsi qu’au «non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics» risque aujourd’hui la «confirmation», voire le «durcissement», des peines. Le procureur avait, en effet, requis dès l’ouverture du procès en appel le maintien de la peine de 20 ans par contumace contre Souad Kouninef, une peine de 18 ans de prison ferme à l’encontre de Réda Kouninef et 15 ans contre leurs frères Abdelkader-Karim et Tarek-Noah. Des sanctions très lourdes qui devraient également être accompagnées de saisies des biens en Algérie et à l’étranger, ainsi que d’amendes de 8 millions de dinars.
Le fond du dossier, révélé dès le placement en détention provisoire des prévenus en avril 2019, avait, pour rappel, évoqué des faits particulièrement graves, rendus possible par des complicités dans plusieurs ministères. La justice détaillant notamment le «mécanisme» ayant permis l’obtention illégale de prêts bancaires auprès d’institutions financières nationales, évaluant ici les montants accordés aux entreprises des prévenus à «plus de 260 milliards de dinars algériens, dont 186 milliards de dinars dus aux crédits injustifiés octroyés au groupe par des banques publiques, et 75 milliards de dinars aux indus privilèges». Quant à «l’autre» aspect révélé par cette affaire, il reste plus «politique». Les Kouninef, connus pour leur proximité avec l’ancien système, sont en effet accusés de financement illégal de la campagne d’Abdelaziz Bouteflika. Des faits que les prévenus ont en partie reconnus en niant toutefois le caractère illégal de ces opérations.
Ainsi, la dernière audience du procès en appel aura été l’occasion pour les avocats de demander rien de moins que l’acquittement en invoquant l’absence de preuve matérielle. «Je n’avais pas financé un parti politique (…) j’ai financé un candidat, et la loi électorale de 2012 n’interdit pas cela», déclare en ce sens Reda Kouninef, alors que son avocat invoque notamment comme «preuve» de l’innocence de son client de toute tentative de financement «occulte», que le Conseil constitutionnel avait lui-même «validé» la légalité des sources financières dont a bénéficié le candidat Bouteflika en 2014.
Quant à la surprenante «affaire» de Mme Maya, il s’agit pour rappel d’un dossier de «corruption» qui implique Nechnache Zoulikha Chafika. Cette dernière ainsi que ses filles Imène et Farah se seraient faites passer durant plusieurs années pour des proches de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Une supercherie, couverture d’un important système de détournement et d’enrichissement illégal rendu possible grâce à des complicités au plus haut niveau de l’Etat. Ainsi le dossier entre les mains de la justice ne cite rien de moins que l’ancien ministre Abdelghani Zaalane, l’ancien wali de Chlef Mohamed Ghazi, mais aussi l’ex-DGSN Abdelghani Hamel.
Les charges retenues «blanchiment d’argent», «trafic d’influence», «octroi d’indus avantages», «dilapidation de deniers publics», «incitation d’agents publics pour l’octroi d’indus avantages» et «transfert illicite de devises à l’étranger», auraient par ailleurs été confirmées par les saisies réalisées durant l’enquête puis lors de l’instruction du dossier. A titre d’exemple, l’ancien wali Mohamed Ghazi aurait à lui seul illégalement octroyé à Mme Maya un projet de réhabilitation d’un parc d’attractions à Chlef, d’une superficie de 15 hectares en plus d’un terrain de 5 000 mètres carrés et d’un logement public locatif.
La prévenue, Nechnache Zoulikha Chafika, condamnée en première instance par le Tribunal de Chéraga à 12 ans de prison, risque aujourd’hui une peine de 15 ans de prison ferme assortie d’une amende de 6 millions de dinars. Ses coaccusés qui évoquent l’innocence en précisant qu’ils «appliquaient» les ordres du président de la République, risquent pour leur part des sanctions variant entre 5 et 15 ans. Notamment 12 ans de prison ferme assortie d’une amende de 1 million DA a été requise contre l’ancien Directeur général de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel. Des peines de 15 ans de prison ferme assortie d’amendes d’un million de dinars ont été requises contre Mohamed Ghazi et Abdelghani Zaalane. n