Le verdict de l’affaire de corruption mettant en lien les frères Kherbouche et l’ancien ministre de l’Energie et des Mines Youcef Yousfi a abouti, hier, à l’acquittement de l’ancien responsable, l’une des principales figures de la politique économique du règne d’Abdelaziz Bouteflika.
Le Tribunal de Sidi M’hamed, qui a jugé Youcef Yousfi pour les charges «d’abus de fonction» de «dilapidation de deniers publics» ainsi que «d’octrois d’indus avantages», a, en effet, abandonné toutes les poursuites contre l’ex-responsable dans cette affaire.
L’ancien ministre, dont le procès avait débuté le 17 décembre dernier, risquait jusqu’à cinq ans de prison ferme, un million de dinars d’amende et cinq ans d’inéligibilité, selon le réquisitoire du procureur de la République.
Décision du Tribunal de Sidi M’hamed qui ne remet, cependant, pas en cause l’existence de malversations dans la conduite du projet, nommé «Agro-industrie», d’importation et
de montage de tracteurs agricoles qu’avaient lancé les frères Kherbouche. Kamel Kherbouche a en ce sens été condamné à cinq ans de prison ferme et à une amende d’un million de dinars pour des faits de «dilapidation de deniers publics» et «d’incitation d’agents de l’Etat à user de leur influence pour la conclusion de marchés en violation de la législation en vigueur».
Ses frères Réda et Fethi Kherbouche ont, pour leur part, écopé de peines de «trois ans de prison dont une avec sursis» en plus d’une amende d’un million de dinars. Quant aux «complicités» établies par la justice, elles se limiteraient à certains cadres et responsables d’administrations ministérielles, à l’image de Mustapha Abdelkrim, ex-directeur de l’industrie, condamné hier à une peine de 5 ans de prison. Par ailleurs, le Tribunal a ordonné aux accusés le versement de près de deux milliards de dinars au titre de dédommagement au Trésor public.
Pour rappel, l’ancien ministre de l’Energie et des Mines Youcef Yousfi, en poste entre août 2017 et avril 2019, avait clamé son innocence tout au long du procès, en faisant savoir qu’il n’avait «rien à avoir avec cette affaire», sa connaissance des détails du dossier était aussi «extrêmement limitée».
Quant aux «décalages» entre les sommes engagées pour l’investissement et les montants des prêts bancaires qui avaient été mis en avant par
l’accusation lors du procès, ces soupçons n’ont vraisemblablement pas convaincu les juges. Les autres accusés des institutions financières, dont l’ancien PDG de la Caisse nationale d’épargne et de prévoyance (Cnep), Djamel Bessa, et l’ancien PDG du Crédit populaire algérien (CPA), Omar Boudiab, ont également été acquittés de toutes les charges.
Par ailleurs, et dans une toute autre affaire, le Tribunal de Sidi M’hamed, et plus précisément son pôle pénal spécialisé dans la lutte contre les crimes financiers et économiques , a de nouveau reporté, hier, le lancement du procès de l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil.
Ce dernier, en poste entre novembre 1999 et mai 2010, est, pour rappel, accusé aux côtés de l’ancien PDG du groupe Sonatrach, Mohamed Meziane, et de son adjoint, Abdelhafidh Feghouli, dans une affaire relative à «la passation d’un marché en violation aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur, l’octroi de privilèges injustifiés, conformément à la Loi n 06-01 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption».
La nouvelle date du procès, déjà reporté à deux reprises, aurait finalement été fixée au 17 janvier prochain. Pour rappel, le fond de cette «affaire» mettant en cause Chakib Khelil concernerait les conditions de réalisation d’un complexe gazier au niveau du port d’Arzew. Le procès s’annonce déjà difficile, d’autant que le principal accusé, sous le coup d’un mandat d’arrêt émis en août 2019, est «en fuite».