La pièce « Anag wis 7 » (septième étage), sur la corruption, l’injustice et la désinformation des médias, a été longuement ovationnée par les amateurs du quatrième art présent dans la soirée de mercredi dernier, à l’occasion de l’ouverture de la première édition des Journées nationales du théâtre amazigh, au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi.

Mise en scène par Massinissa Hadbi, écrite par Mohamed Mouhoubi et produite par le Théâtre régional Kateb-Yacine de Tizi-Ouzou, la pièce qui comporte trois registres relate l’histoire tragicomique de cinq personnages, à savoir un notable, une journaliste, un banquier, un bandit d’honneur et un sage. Les différents protagonistes se retrouvent dans un palais de justice où ils doivent rencontrer le juge dont le bureau se trouve au 7e étage. Cependant, dans leur ultime ascension, arrivant à peine au quatrième étage, une panne d’électricité les plonge dans une totale obscurité. Ces derniers paniquent et commencent alors à dévoiler peu à peu leurs profonds secrets, exhibant ainsi leurs vrais visages. Un jeune homme, accusé de vol, et qui est vu comme un voyou, se met à dire les quatre vérités, accusant le notable de terribles crimes, ce qui provoquera sa mort. Servi par cinq brillants comédiens, le spectacle a été délivré dans un langage franc et intense, truffé de métaphores populaires qui ont donné au texte de la contenance et une portée philosophique.

Une jeunesse créative et talentueuse
Lors du débat, qui s’est déroulé à la salle M’hamed-Benguettaf, le metteur en scène Omar Fettmouche souligne : «Quand nous voyons des jeunes metteurs en scène qui se lancent dans une entreprise, dans une aventure ou dans une création artistique, cela nous fait vraiment plaisir, c’est un véritable bonheur ». De son côté, le jeune metteur en scène
Hadbi Massinissa dira que « 7e étage », écrite par Mouhamed Mouhoubi, enseignant à l’université de Tizi Ouzou, se base « sur un texte portant sur plusieurs choses, la plus intéressante est que nous ne trouvons pas une histoire au début, mais plutôt une rencontre de cinq personnages qui a initié et provoqué une histoire, qui rapporte sur la désinformation des médias, la corruption et l’injustice ».
Hadbi Massinissa précisera dans ce sillage : « Nous avons travaillé ce texte en groupe et grâce à toute l’équipe nous avons pu construire un spectacle. Ce n’est pas le statut qui compte mais la brillance de l’idée. Il n’est pas important que l’idée émerge du metteur en scène ou du comédien, mais ce qui est important est que l’idée soit logique et pertinente». Le jeune metteur en scène explique aussi à l’assistance que quand la troupe a commencé à travailler sur ce spectacle, le principal objectif était de concrétiser le texte en donnant corps aux idées de l’auteur. Mais, lors de ce processus, ils se sont rendu compte que le texte a pris une direction trop directe. Il précise ses propos en confiant que «dans le texte original, l’ascenseur ne tombe pas en panne, ils se rendront bel et bien au 7e étage où ils rencontreront le juge, tout était réglé dans cet ascenseur. Donc nous avons pris cette initiative de créer ce monde qui se trouve dans l’Au-delà, tout en gardant une certaine logique de ce qu’il a écrit. Mais on l’a reformulé d’une manière qu’on considère plus esthétique et plus adaptable sur les planches». Il a également expliqué que le choix de l’ascenseur, comme un espace de rencontre, est une métaphore qui matérialise l’enfermement, la stagnation et les difficultés d’accès aux hautes instances comme suggéré par cette boîte (fermée) à l’arrêt. En ce qui concerne, le discours direct qui se répétait dans certaines parties de cette pièce théâtrale, le metteur en scène avouera que «dans certains cas, nous avons pensé que le discours direct est censé. Nous l’avons certes, reformulé, mais il y a des moments où il s’impose et que c’est ce qu’il fallait pour le contexte dans lequel nous travaillons», tout en estimant que « cela reste encore une question de choix ». 
Quant au comédien Sadek Youcefi, qui a incarné le rôle du banquier, il dira lors du débat qui a suivi la représentation : «J’ai beaucoup apprécié cette expérience, car le metteur en scène nous a affirmé, lors du casting, qu’il voulait tout d’abord former un groupe qui travaillera ensemble. J’ai appris beaucoup de choses par ce travail en commun, surtout en ce qui concerne le texte, car nous avons passé dix jours sur l’analyse du texte, ce qui a été bénéfique pour nous ». Il est à noter que jusqu’au 23 décembre prochain, le TNA accueille chaque jour à 18 heures une représentation théâtrale des différentes troupes théâtrales participant à ces Journées nationales du théâtre amazigh à Alger.n