Avec près de dix mille cartes d’artistes distribuées, la célébration de la Journée nationale de l’artiste est aussi l’occasion de constater que malgré certains acquis socioprofessionnels, le statut de l’artiste en Algérie est toujours en friche et que le chemin est encore long avant que l’artiste puisse s’épanouir pleinement dans l’expression de son talent en toute liberté et créativité.

Le constat est, qu’aujourd’hui, être artiste en Algérie n’est pas évident dans un contexte difficile en dépit de certains acquis socioprofessionnels comme l’institution de la carte professionnelle d’artiste et le droit à la Sécurité sociale et à la retraite.
A propos du statut de l’artiste, le président du Conseil national consultatif des arts et des lettres (Cnal), Abdelkader Bendamèche, estime que la création de cette instance consultative, mise sous tutelle du ministère de la Culture, constitue en soi «une affirmation de la reconnaissance du métier d’artiste à part entière », rapporte l’APS.
Pour Abdelkader Bendamèche, il est indéniable que l’artiste algérien jouit aujourd’hui de nombreux avantages socioprofessionnels, tel que le droit à la sécurité sociale. C’est dans ce sens qu’il a considéré que ce droit, institué par un décret promulgué en 2014, traduit la volonté affirmée de l’Etat à accompagner les artistes et améliorer leur situation sociale.
Dans ce registre, le président du Cnal souligne que la nomenclature des métiers d’art, fixée par décret, compte également parmi les acquis à mettre à l’actif des artistes pour qui le «métier de créateur» est désormais reconnu. Il a fait savoir, dans le même ordre d’idées, qu’un décret exécutif, en cours de finalisation, sur la relation de travail sera promulgué prochainement. Ce décret constitue, estime-t-il, une «base juridique» pour la relation de travail des artistes jusque-là non fixée par un texte de loi et vise à lutter contre les « pratiques abusives » des employeurs. Par ailleurs, et selon le président du Cnal, l’opération d’attribution des cartes d’artistes a bien avancé. Ainsi cette instance consultative a reçu, depuis 2015, 12 465 dossiers de demande de carte d’artiste. Quelque 9 842 postulants ont effectivement reçu leurs cartes validant leur qualité d’artiste. Créé en 2011 par décret exécutif, le Cnal est composé de treize membres dont des personnalités du monde des arts et des lettres.
En dépit de la note optimisme qui se dégage du bilan d’activité dressé par le président du Cnal, de nombreux artistes algériens s’accordent à dire que la situation de l’artiste demeure «précaire malgré ces quelques acquis socioprofessionnels ».
C’est ce qui ressort des propos de M’hamed Bouchaoui, musicien, membre de l’Orchestre national d’Alger, qui estime que « tout reste à faire » tant que le statut de l’artiste n’existe toujours pas. Tout en reconnaissant que le musicien professionnel perçoit une rétribution « conséquente », ce violoniste admet que la situation financière est «difficile» pour les musiciens amateurs, qui sont rarement sollicités. Pour le réalisateur Yahia Mouzahem, par contre, le climat n’est «pas favorable» à la création malgré la concrétisation de certains acquis notamment l’institution de la carte d’artiste.
Il estime toutefois que la création est encouragée à travers le Prix Ali-Maâchi, une récompense décernée annuellement aux créateurs dans tous les domaines artistiques. S’ajoutent, a-t-il enchaîné, les aides à la création accordées aux jeunes cinéastes par le Fonds de développement de l’art, de la technique et de l’industrie cinématographique (Fdatic), un organisme public sous tutelle du ministère de la Culture. Relevant un manque de débats et de réflexion autour de l’art, ce producteur et auteur de plusieurs courts métrages, appelle les professionnels du cinéma à s’unir en association pour mieux « défendre leurs intérêts».