A l’instar du reste du monde, l’Algérie a célébré hier la Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée le 3 mai de chaque année. Cette célébration intervient cette année 2022 dans un contexte bourré d’incertitudes et de désenchantement quant à l’avenir du métier, dont l’exercice fait face à des contraintes multiples.

PAR NAZIM BRAHIMI
La disparition, le 14 avril dernier, du quotidien Liberté sur décision unilatérale de son propriétaire majoritaire, l’industriel et richissime Issad Rebrab, est venue, à bien des égards, sonner le glas de la corporation.
En souffrance depuis plusieurs années, les possibilités de survie de l’ensemble des titres de la presse nationale semblent s’affaiblir de plus en plus. Dans le cas de Liberté, dont la disparition aura été un choc dans le milieu de la presse, le motif économique invoqué par le patron de Cevital pour expliquer l’extinction du titre, en place depuis 1992, n’a pas convaincu grand-monde.
Marqueur de la fragilité des entreprises de presse, la disparition de Liberté fait planer, depuis, le spectre d’autres disparitions dont la plus évoquée dans le milieu de la presse est celle du quotidien El Watan qui fait face, depuis plusieurs années, à de sérieux soucis financiers.
Dans le paysage médiatique arabophone, le journal El Khabar a entrepris un dégraissement de ses effectifs depuis quelques semaines en plus de l’augmentation à 40 dinars du prix du journal, une «contrainte» expliquée dans un message aux lecteurs, entre autres, par la hausse du coût du papier à l’international.
Ces détails renseignent, on ne peut mieux, que la presse traverse des moments difficiles qui mettent sa survie en jeu dans un contexte où société comme pouvoir politique ne peuvent se passer d’un tel acteur essentiel dans la vie et le progrès d’un pays.
Reporters sans frontières (RSF), dans l’édition 2022 de son classement mondial de la liberté de la presse, a souligné ce qu’elle a considéré comme le «chaos informationnel» et la désinformation qui «alimentent aussi bien les tensions internationales que les divisions au sein des sociétés».
Au total, 73% des 180 pays évalués tous les ans par l’ONG se caractérisent par des situations jugées «très graves», «difficiles», ou «problématiques» concernant la liberté des journalistes à travailler.
Si cette proportion reste identique à celle de l’année dernière, le nombre de pays (28), où la situation est «très grave», atteint un record tandis que 8 pays seulement affichent une «bonne situation», contre 12 l’année dernière.
RSF remarque une «polarisation sur deux niveaux», entre et au sein des pays, alimentée par «la montée en puissance des circuits de désinformation» dans les sociétés démocratiques et par le «contrôle des médias dans les régimes autoritaires».
Pour l’Organisation non-gouvernementale (ONG), «en Algérie, la liberté de la presse est confrontée à de nombreuses lignes rouges», considérant que «le simple fait d’évoquer la corruption et la répression des manifestations peut valoir aux journalistes menaces et interpellations».
A l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Amnesty International Algérie «a demandé aux autorités d’arrêter de poursuivre les journalistes et de leur permettre de faire leur travail de façon indépendante conformément aux normes internationales», selon l’organisation.
En ce qui concerne le volet encadrement réglementaire, le président Tebboune a demandé, lors de la dernière réunion du Conseil des ministres du 24 avril, au gouvernement d’élaborer deux codes distincts, l’un consacré à l’information et l’autre à l’audiovisuel. «Le Président a ordonné une organisation du secteur à la faveur de la promulgation de deux lois différentes, la première relative à la presse écrite et électronique et la deuxième à l’audiovisuel», est-il indiqué dans le communiqué du dernier Conseil des ministres. Cette instruction intervient après que le Président ait retoqué le projet de loi organique sur l’information et l’audiovisuel.
Pour sa part, le ministre de la Communication, Mohamed Bouslimani, a estimé lundi, veille du 3 mai, que le souci du secteur consiste à «consacrer une approche participative pour la promotion de la profession de journalisme et ce, dans le respect de l’éthique et de la déontologie de la profession reposant essentiellement sur la liberté et la responsabilité». Il a souligné, par la même occasion, que «l’Algérie qui est, selon des rapports internationaux, parmi les pays les plus exposés aux guerres de quatrième génération et aux cyberattaques, reste engagée à protéger la liberté de la presse et les droits des journalistes et assimilés grâce au soutien de l’Etat».
Du côté des formations politiques, le Parti des travailleurs (PT) a pointé du doigt ce qu’il a considéré comme «le fermeture sans précédent du champ médiatique pour toutes les opinions contraires à celle du gouvernement», estimant que «l’atteinte au multipartisme et à la liberté d’opinion sont légion». Le FFS a considéré, pour sa part, que le combat pour la liberté de la presse est central dans la quête de la consécration de la pratique démocratique, ajoutant que «la lutte pour la liberté de la presse ne peut être dissociée de toute quête de solution à la crise multidimensionnelle que traverse le pays». <