La célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse intervient, cette année 2021, en Algérie dans un contexte marqué par la récurrence du débat sur le travail des médias dans une conjoncture politique particulière entamée depuis plus de deux ans.

Par NAZIM BRAHIMI
Mais plus que le débat de circonstance qu’elle anime ou qu’elle suscite, le constat sur la réalité de la presse, aujourd’hui, nous mène inéluctablement vers un maître-mot : la crise. Il y a d’abord la crise de la presse elle-même. Si cette crise structurelle remonte à plusieurs décennies, force est de constater qu’elle a été exacerbée par l’emballement politique que connaît le pays depuis début 2019. Cet emballement se cristallise encore dans la mesure où il n’y pas eu de décantation, du moins dans le secteur.
La conjoncture et ses incertitudes ont fait que la crise que couvait déjà la presse s’est corsée par le désinvestissement qui frappe le secteur, la faiblesse de la ressource, notamment à travers le tarissement de la publicité privée et l’amenuisement des annonces publiques.
Dans ce registre, la presse nationale continue de faire face à de nombreux défis qui consistent à la fois à trouver un modèle économique fiable lui assurant la survie et à opérer sa transition numérique, selon de nombreux observateurs de l’évolution du champ médiatique national. Face à la crise multiforme que vivent les entreprises, marquées par de grandes difficultés financières, le ministère de la Communication a annoncé la réactivation du Fonds d’aide à la presse, gelé depuis 2014, pour venir en aide à une presse déficitaire et ayant subi de plein fouet la chute du marché de la publicité publique et privée. Les chiffres du ministère montrent à cet effet que « pas moins de 20 journaux, qui n’ont pas pu résister à la crise, ont disparu du paysage médiatique entre 2019 et 2020 alors que d’autres, nombreux, ont été contraints de réduire leur personnel et leur tirage pour se maintenir en vie. « Le secteur connaît des problèmes d’organisation et de régulation, et ce, en dépit de la promulgation d’une série de lois, préconisant l’intervention de l’Etat à travers, notamment, la publicité institutionnelle », mais avec des règles « clairement définies », a souligné l’universitaire Cherif Dris, enseignant à l’Ecole supérieure du journalisme et des sciences de l’information d’Alger. Il y a aussi des situations conflictuelles entre les patrons et les travailleurs de la presse, la précarité sociale dans laquelle se retrouvent beaucoup de professionnels, ainsi que la difficulté des titres en place à développer véritablement leur offre éditoriale ou à se doter de supports numériques viables.
Le champ audiovisuel peut être, par ailleurs, vu comme le marqueur de ce champ en crise puisque, en dépit de l’entame du chantier visant la régulation des chaînes privées, ces dernières demeurent de droit étranger tout en bénéficiant de la publicité algérienne avec des programmes destinés entièrement au téléspectateur algérien.
Ensuite, la presse algérienne est aujourd’hui, malgré elle vraisemblablement, le reflet de la crise multidimensionnelle que traverse le pays et ses multiples enjeux politiques, économiques, culturels, cultuels…
A sa décharge probablement, elle n’est pas historiquement prête à absorber tout ce bouillonnement et ce qu’il charrie comme enjeux. Cela peut se vérifier dans ses crispations éditoriales en faveur ou contre les choix et orientations du gouvernement notamment quand il s’agit de lourds dossiers.
Il y a également ces situations qui n’honorent pas l’image du pays quand des journalistes se trouvent convoqués, auditionnés et mis en prison dans certaines affaires comme le cas de Rabah Karèche, correspondant dans la capitale de l’Ahaggar. n