Le monde célèbre aujourd’hui la Journée internationale des migrants dans un contexte marqué par la multiplication des crises et des conflits qui poussent des populations à chercher une nouvelle vie loin de leur pays d’origine, souvent au péril de leur vie.

Les migrations sont une réalité incontournable et de nombreuses raisons amènent les gens à se déplacer – que ce soit pour étudier à l’étranger, rejoindre des membres de leur famille, chercher un emploi ou un moyen de subsistance, ou encore assurer un meilleur avenir à leurs enfants. D’autres quittent leur pays pour fuir la pauvreté, la criminalité, la violence, les conflits, la persécution, l’insécurité, la discrimination, les catastrophes naturelles et la dégradation de l’environnement.
La plupart passent d’un pays en développement à un autre ou quittent un pays en développement pour un pays développé. Compte tenu de sa position géographique, l’Algérie est doublement concernée par le phénomène des déplacements des populations. Doublement car elle est à la fois une terre d’accueil des migrants venus des pays du Sahel, de l’Afrique de l’Ouest et même de Syrie et aussi parce qu’elle est devenue un point de départ vers la rive Sud de la Méditerranée.
Ainsi, le pays est appelé à faire face à deux phénomènes complexes : gérer les flux de migrants qui arrivent par centaines, voire par milliers chaque mois, et surveiller aussi une côte d’une longueur de 1 200 km pour empêcher les Algériens et les harraga de prendre les embarcations de fortune. La démocratisation des moyens de communication (téléphone mobile et Internet) complique davantage la tâche aux services de sécurité qui luttent contre ces phénomènes. En ce qui concerne l’arrivée des migrants sur son territoire, généralement originaires des pays du Sahel, l’Algérie a adopté une démarche à double sens. D’une part, elle tente de stopper ce phénomène qui, selon le discours officiel, pourrait porter atteinte à la paix et à la stabilité internes, de l’autre, le gouvernement a tracé un programme qui consiste à organiser des retours des migrants vers leurs pays d’origine. Pour ce faire, l’Algérie a conclu un accord avec le Niger pour que les ressortissants de ce pays en situation irrégulière sur le sol algérien puissent rentrer chez eux.
La politique d’organisation des retours des migrants a été vivement critiquée par des organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme.
Elles estiment que l’Algérie n’a pas totalement honoré ses engagements internationaux en matière de droit des migrants et de respect des droits de l’homme. En d’autres termes, l’Algérie n’avait pas à envoyer des migrants vers des pays instables politiquement et présentant très peu de garanties en matière de prise en charge des personnes refoulées. Ces mêmes organisations, à leur tête Amnesty International, accusent carrément le gouvernement algérien de «maltraitance de migrants dans certains centres de transit ». Une accusation rejetée en bloc par la présidente du Croissant-Rouge algérien, Mme Saïda Benhabylès, qui tient, à chaque sortie médiatique, à préciser que l’Algérie fait de son mieux pour gérer ce dossier complexe de migrants. Pour elle, gérer des flux de dizaines de milliers de migrants, voire plus, n’est pas une mince tâche.
L’Algérie est également confrontée à une autre forme de migration appelée localement harraga. Ce sont les Algériens qui tentent de rejoindre le continent européen via des embarcations de fortune. Ce phénomène né au milieu des années 2000 prend une proportion alarmante depuis le début de l’année en cours. Les pays de destination de ces candidats à l’immigration sont l’Espagne et l’Italie, qui se plaignent du nombre croissant d’Algériens qui arrivent sur leurs côtes. Les autorités espagnoles ont révélé le 23 novembre dernier que leurs services de sécurité ont recensé un nombre record d’Algériens qui débarquent sur leurs côtes. En un seul week-end, ils ont dépassé les 500. Inquiètes par cette montée en puissance de flux de migrants algériens, les autorités espagnoles ont manifesté leur souhait de coopérer davantage avec le gouvernement algérien pour cerner ce phénomène. Selon les médias espagnols, pas moins de 300 mineurs algériens ont été arrêtés par les services de sécurité espagnols en 2017.
L’Italie a, de son côté, manifesté sa volonté de coopérer avec l’Algérie pour maitriser l’arrivée des migrants algériens sur ses côtes. D’autre part, selon les Nations unies, plus de 3 000 personnes ont péri en tentant de rejoindre l’Europe par mer en 2016. Parmi ces victimes, figurent de nombreux Algériens.