Bahia Cheikh Lafgoun, cinéaste, Leïla Touchi, comédienne, et Zoulikha Tahar, poétesse et slameuse, se sont réunies à la veille du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, au Centre culturel français pour débattre de la réalité des femmes en Algérie, à travers leur engagement professionnel et de leurs expériences personnelles. Quelle est votre définition du féminisme ? C’est ainsi que la conférence sur «le féminisme et l’engagement» a commencé. Devant cette question jugée «vaste», les intervenantes ont jugé que «la définition du féminisme est une question qui suscite polémique et nous ne pouvons pas imaginer le féminisme sans évoquer l’aspect de l’égalité entre les deux sexes. C’est une question fondamentale», ont-elles avancé. «Etre féministe, c’est expliquer c’est quoi être une femme. C’est défendre la cause de la femme». Elles précisent que «le féminisme n’est pas un combat contre l’homme et le mouvement n’exclut pas les hommes».
La table ronde portait sur les œuvres réalisées par les conférencières dans le cadre de la lutte pour les droits des femmes en Algérie chacune à sa manière.
Pour la cinéaste Bahia Bencheikh Lafgoun, qui se montre optimiste quant à l’avenir du combat féminin en Algérie, «nous pouvons militer pour les droits des femmes de différentes façons». Soulignant que le Hirak, selon elle, «a participé à la libération des femmes en se réappropriant l’espace public, réduit souvent aux hommes». Sur son long métrage «Hna Bara», dont quelques scènes ont été diffusées en marge de cette rencontre, la réalisatrice dit qu’elle a mis en question le voile (hidjab) pour traiter la cause féminine et son statut dans la société de manière générale et mettre en lumière la question du choix chez la femme. Pour elle, il est important «d’exister en tant que femme avant d’exercer son féminisme», car parfois, «il faut se singulariser pour exister». Elle souligne par ailleurs que «les femmes doivent investir davantage la scène politique» car leur participation reste limitée.
Quant à Leïla Touchi, elle est revenue sur son expérience personnelle en tant que femme comédienne dans une société «qui ne tolère pas toujours la liberté des femmes dans leurs choix». Après la projection d’un court métrage des actrices dénonçant les féminicides et les harcèlements que subissent les femmes, Leïla Touchi indique que l’idée de ce travail est «venu après l’horrible assassinat de l’adolescente Chaïma. C’était la goutte qui a fait déborder le vase.» Le retour qu’avaient eu les comédiennes après la diffusion de cette vidéo ce sont «des commentaires violents» qui sont venus de la part des hommes notamment.
Zoulikha Tahar, pour sa part, a tiré la sonnette d’alarme et appelé à la mobilisation, car la situation des femmes est critique, selon elle, notamment en matière de droits. Le changement des mentalités commence par l’éducation, dit la même intervenante, qui participait en vidéoconférence depuis la France. «Il est essentiel de revoir les manuels scolaires et de les adapter aux valeurs universelles telles que l’égalité des sexes», a-t-elle mis en avant. Elle appellera à ne pas responsabiliser les femmes davantage ou même les hommes pour ce qui vit la femme, «mais, le système établi, que ce soit politique, social…». «Il faut mettre en cause le patriarcat mais pas les individus, hommes ou femmes», a-t-elle dit. Enfin, les intervenantes ont salué le travail des médias quant à la médiatisation des cas de féminicides qui ont pris de l’ampleur ces derniers mois. Pour rappel, et selon l’ONU, il y a eu environ 65 000 féminicides dans le monde en 2020. Un chiffre glaçant. <