A l’occasion d’une journée d’études dédiée à la mortalité maternelle, organisée hier au ministère de la Santé, à Alger, le ministre du secteur Abderrahmane Benbouzid a affirmé que «les programmes de lutte contre la mortalité maternelle et infantile constituent une priorité nationale de santé publique », ajoutant que «le secteur de la Santé s’est engagé à mettre en place un processus de réduction de la mortalité maternelle». Afin de prévenir ces risques de décès dramatiques, le ministre de la Santé a affirmé l’engagement de son département à travers différentes mesures prises dans le cadre de cette stratégie de prévention, l’instauration de la déclaration obligatoire des décès maternels, ainsi que des commissions d’audit pour l’ouverture d’enquêtes sur les conditions et les raisons de ces décès.
Le ministre a ainsi déclaré, à l’ouverture de cette journée d’études, «93 % des parturientes ont bénéficié d’une prise en charge sanitaire avant leur accouchement et 97% des accouchements se sont déroulés avec une assistance médicale ».
Il a aussi ajouté qu’afin de garantir une prise en charge efficace des femmes enceintes et des parturientes, le secteur de la santé publique s’est attelé à une répartition plus équilibrée des spécialistes en maternité et gynécologie dans les établissements publics hospitaliers dans les régions des Hauts-Plateaux et du Sud. Le ministre de la Santé a également mis en exergue le renforcement de maillage de structures hospitalières spécialisées en gynécologie-obstétrique, avec 36 entreprises hospitalières spécialisées (EHS) dans la santé de la mère et l’enfant opérationnelles actuellement, 6 329 dispensaires et 1 774 polycliniques dont 434 cliniques de maternité du secteur public. Ajoutant que la plupart des établissements hospitaliers et des CHU ont des services de gynécologie-obstétrique.
Pour les ressources humaines, le ministre affirme que selon les statiques de 2019, l’Algérie compte plus de 700 gynécologues et plus de 9 070 sages-femmes dont 4 386 au niveau des structures de santé de proximité afin de contribuer au suivi des femmes enceintes et du planning familial au niveau des cliniques d’accouchement.
Le ministre de la Santé a également tenu à saluer l’apport du secteur privé dans la prise en charge des parturientes grâce aux conventions signées avec la Caisse nationale d’assurance sociale (Cnas) depuis deux ans.
Par ailleurs, dans le contexte de la pandémie de la Covid-19 il a souligné que la femme enceinte est au centre des préoccupations du secteur de la santé pour une prise en charge efficace et de qualité. En outre, dans le cadre de la politique de l’encouragement de l’allaitement maternel, des récentes études ont prouvé que la Covid-19 ne se transmet pas de la mère à l’enfant et par conséquent l’allaitement est fortement conseillé pour renforcer la santé et le système immunitaire de l’enfant. Le ministre de la Santé a toutefois rappelé l’importance du respect des mesures de prévention contre la contamination au coronavirus pour la mère et le nouveau-né, notamment avec l’aération de la pièce et éviter scrupuleusement les rassemblements familiaux traditionnellement organisée pour la célébration des naissances, en plus du port du masque et du lavage fréquent des mains.
Selon Amar Ouali, directeur de la population au ministère de la Santé, cette journée d’études a permis de faire le point sur le suivi et la surveillance des données des décès maternels à travers le système de comité d’experts d’audit. Il s’agit ainsi d’évaluer la qualité des opérations de collecte « audit » et la qualité des données recueillies, du suivi de la surveillance de la mortalité maternelle avec pour objectif l’identification des facteurs pouvant éviter un décès maternel, et ce, tant pour « ce qui relève de la qualité et de l’organisation des soins que des compétences des prestataires.
Amar Ouali ajoute que, suite à une enquête de terrain menée cette année par cette commission d’audit, la déclaration obligatoire de décès maternels a permis de préciser les indices du taux de décès maternels. Ainsi en 2017, 48,5 % de décès pour 100 000 parturientes marque une amélioration de la prise en charge des décès maternels par rapport à l’année 2016 dont le taux s’élevait à 57,7 % pour 100 000 parturientes.
« Zéro décès maternel évitable d’ici 2030 »
De son côté, Dr Hannoun de l’Institut national de la santé publique (INSP) a souligné l’engagement de l’Algérie à atteindre « zéro décès maternel évitable d’ici 2030 », affirmant que la majorité des décès survenus son évitables et qu’ils peuvent être évités en renforçant le suivi de la grossesse et de la mère après l’accouchement et les soins de réanimation, en particulier, l’apport en sang en plaquettes et dérivés sanguins.
Dr Hannoun ajoute l’importance de la mise en place de référentiel pour aider les professionnels lorsqu’il y a des situations d’urgence. Elle rappelle, à ce sujet, qu’il y a eu l’édition de trois instructions des conduites à tenir en cas d’hémorragie, devant une éclampsie, qui est complication due à la hausse de la tension artérielle, ainsi que la conduite à tenir lors de la grossesse.
Pour sa part, Dr Djamel Fourar, en tant que directeur de la prévention et de la lutte contre les maladies transmissibles au ministère de la Santé, a insisté sur la prise en charge de l’insuffisance constatée suite aux différents rapports d’audits dont le point émergent et le renforcement du suivi de la grossesse au niveau des PMI ainsi que celui de la prise en charge des professionnels de la santé et des différentes équipes qui doivent intervenir en même temps pour sauver la vie de ses mères. Il s’agit également de renforcer la formation des médecins généralistes qui sont à l’intérieur du pays car souvent ce sont eux qui sont concernés par la prise en charge des femmes enceintes et des accouchements.
Pour sa part, Dr Ouahiba Sakani, chargée du bureau du Fond des Nations unies pour la population en Algérie (UNFPA), partenaire de cette journée d’étude, souligne le soutien de ce dernier. Elle met en exergue l’importance des commissions d’audit en soulignant que « les décès maternels sont très importants à surveiller car très souvent ce sont des décès évitables ». En conséquence, elle souligne l’importance de la qualité des soins en amont, en affirmant qu’ «il est très important d’assurer un bon suivi de la grossesse et de l’accouchements et post-partum, aussi bien dans les 24 heures et dans les 42 jours qui suivent l’accouchement» Dr Ouahiba Sakani fait le constat qu’il y a encore beaucoup de défis à relever dans ce domaine, mais que l’Algérie a fait des efforts pour réduire le taux de mortalité des parturientes. <