Vingt-sept jours de grève et quinze kilos en moins, maître Salah Dabouz a le moral et de la détermination à revendre. C’est sous l’impulsion du comité de soutien éponyme, né au lendemain de son action de grève, qu’une journée de solidarité et d’action a été initiée, hier, au « Sous-Marin », siège mythique du MDS, rue Krim-Belkacem.
Le principe est simple. Entre 13h et 20h, des citoyens, des militants, des parents de détenus, des journalistes, des avocats et toute personne se sentant proche du combat de Me Dabouz et de la cause des détenus d’opinion, viennent, chacun selon sa disponibilité, passer un moment de solidarité active.
Pas de programme préalablement tracé, mais de l’initiative. Discussions impromptues ou débats informels, témoignages, plaidoiries… Espace de libre expression et de la parole retrouvée.
Me Dabouz et parmi les premiers arrivés. Il y a aussi les activistes du M’zab. Les compagnons de feu Fekhar, Aouf et Kacem Soufghalem. Les père et frère de Baba Nedjjar Mohamed, le plus ancien détenu politique du M’Zab, depuis 2005, condamné à perpétuité pour un « crime qu’il n’a pas commis » malgré des « preuves irréfutables de son innocence ». Fekhar, de son vivant, et Me Dabouz, ont toujours évoqué un procès politique dans cette affaire.
Des familles de détenus du Hirak sont également présentes, à l’instar du père de Challal Amokrane, « arbitrairement » détenu pour port de drapeau amazigh et dont Aouicha Bakhti raconte la comparution devant le juge d’instruction, qui ordonna sa mise sous mandat de dépôt. Il était en larmes. « Ce n’est pas la prison qui me fait pleurer, lui dira-t-il, c’est le fait qu’on m’accuse d’atteinte à l’unité nationale et ça je ne peux l’admettre ! »
Me Dabouz, sollicité sur son état de santé et sa perte de poids, aura cette pointe d’humour : « C’est l’objectif caché de cette grève de la faim. J’avais des kilos en trop. En moins d’un mois, j’ai perdu 15 kilos. » Mais la discussion est vite recentrée sur les questions du moment. Les questions essentielles. Celles qui engagent le Hirak, ou la Révolution comme préfère le préciser Me Dabouz et d’autres militants et activistes présents. Pourtant, l’appellation « Hirak », devenue par la force de l’usage, synonyme de ce grand mouvement de contestation populaire, l’a surtout été en hommage au Hirak rifain, du Maroc. Hirak ou révolution ? L’un n’empêchant pas l’autre, le Hirak est aussi révolutionnaire !
Et c’est autour du Hirak, de son avenir que porteront les interventions des uns et des autres. Les victoires du Hirak, mais aussi ses attentes. Ses angoisses face à ce qui peut s’apparenter à de la démobilisation. Et les certitudes des militants et activistes présents. Pas de place pour la démoralisation. Septembre ne sera que plus chaud.
On évoque les derniers mots d’ordre de ce vendredi. Pour Me Dabouz, c’est du baume au cœur. « Ma croyance en une issue victorieuse n’est que plus grande. Nous gagnerons parce que nous avons déjà gagné ! »
On recentre encore une fois le débat sur les détenus du M’Zab et ceux du Hirak. Les détenus de la révolution. Les conditions carcérales sont dénoncées par plusieurs intervenants, dont d’anciens détenus. « On ne vous prive pas seulement de votre liberté, on vous humilie de la façon la plus vile », dira Kacem Soufghalem. Maître Dabouz ira encore plus loin : « Je dénonce l’existence de pratiques autorisant les sévices sexuels sur certains détenus. Je le dis et je l’assume ! »
C’est une assemblée assoiffée de vérité et de parole qui s’est mobilisée hier autour de Me Dabouz et des détenus du Hirak. Un concile qui croit dur comme fer au chiffre sept. Que demain appartient au peuple.
Z. A.