L’Intersyndicale de la santé, regroupant le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), le Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu) et le Syndicat algérien des paramédicaux, a annoncé une journée nationale de protestation le 3 novembre prochain afin d’exprimer «leur déception de la non-concrétisation sur le terrain des différentes directives du président de la République concernant l’amélioration des conditions de travail ainsi que la situation socioéconomique de ces corps».

Par Sihem Bounabi
Elle dénonce également «le retard dans l’application des directives du Président de la République quant à la prime que devaient percevoir les familles des victimes dans les rangs des blouses blanches suite à cette pandémie, la couverture à 100% de l’assurance totale du personnel de la santé, la bonification des cotisations à la retraite».
Dr Lyes Merabet, président du SNPSP, a affirmé, hier, que cette journée de protestation «c’est pour dénoncer encore une fois cette façon de dire les choses et de ne pas les assumer, surtout lorsqu’on parle du dossier Covid, notamment pour la prime Covid. Cette prime a été installée par le président de la République qui en a fait état lors de déclarations publiques».
Il rappelle que les trois syndicats avaient déjà organisé une journée de protestation le 7 avril dernier parce qu’il y avait déjà un retard dans le versement de la 3e et 4e primes covid. Il souligne à ce sujet qu’«à l’époque, nous avons été contraints d’aller vers la protestation, en évitant des journées de grève, car nous considérons que nous avons un engagement moral et professionnel avec nos concitoyens en pleine situation épidémiologique et crise sanitaire. Cette journée de protestation avait été marquée par des rassemblements et des sit-in au niveau de toutes les wilayas. C’est grâce à cela que la situation s’est débloquée et que les autorités sanitaires se sont manifestées, dont le ministère notamment, pour annoncer que la quatrième prime allait être versée dans des de brefs délais et, avant l’Aïd, était prévue le versement de la 5e tranche. Mais cela n’a toujours pas été fait. Par la suite, est arrivée la 6e tranche qui n’a toujours pas été versée. Actuellement, nous sommes à la 7e tranche, soit 3 trimestres, et il n’y a eu aucun versement de la prime Covid».

Appel à pérenniser la prime Covid
Concernant la prime Covid, l’Intersyndicale réclame également qu’elle soit inscrite de façon permanente dans le régime indemnitaire et comptabilisée dans le budget des établissements pour éviter cette situation de retard de versement.
A ce sujet, Dr Lyes Merabet explique qu’«en fait, tant qu’elle n’est pas pérennisée, on se retrouve tributaire d’une enveloppe budgétaire qui doit être accordée par le ministère des Finances. Chaque fois, le ministère de la Santé nous dit que le travail a été fait : «Nous avons fait tout ce qui est nécessaire comme courrier au niveau du ministère des Finances, mais c’est bloqué à ce niveau-là. Le ministère des Finances dépend du Premier ministère et nous considérons qu’il y a un décret qui a été signé par l’ancien Premier ministre suite aux décisions du président de la République et qui est toujours applicable.» Il souligne ainsi qu’«il s’agit d’un décret qui a fixé les montants de la prime de l’échéance de son versement chaque trimestre jusqu’à la levée de la situation sanitaire. A notre connaissance, la situation sanitaire est toujours là et n’a pas été levée et nous considérons que cette prime est un dû que les autorités doivent aux professionnels de la santé par rapport à ce décret qui est toujours là, mais aussi par rapport à cette reconnaissance envers les professionnels de la santé que nous voulons matérialiser, pas uniquement à travers les discours et les paroles mais également à travers le respect des engagements et la concrétisation de tout ce qui a été dit et fait autour de cette crise sanitaire à l’égard des professionnel de la santé».

Bonification de la retraite toujours non appliquée
Concernant les annonces de la couverture à 100%, le président du SNPSP affirme que l’«on est toujours dans la situation d’avant. On ne comprend pas en tant que professionnels de la santé que cette mesure, qui est très simple à mettre en place, n’est pas effective, alors que nous avons des milliers de professionnels qui ont été contaminés et qui risquent toujours d’être contaminés, et dont parmi eux des cas qui traînent jusqu’à maintenant des séquelles de la contamination à la covid dans le cadre de leur travail». Il rappelle également qu’avec plus de 400 décès, dont la moitié sont du secteur public dans différents corps professionnels jusqu’à maintenant, aucune famille n’a bénéficié du capital décès annoncé par le président de la République.
Quant à la bonification de la retraite, annoncée par le président de la République, qui stipule que tous les professionnels de la santé qui ont été mobilisés durant deux mois dans le cadre de la lutte contre la covid ont une bonification de six mois, en précisant que cette bonification est plafonnée à deux années maximum. Mais là aussi, «durant ces deux années de lutte contre la covid, avec tous les sacrifices et l’engagement sur le front, il faut savoir qu’aucun professionnels de la santé n’a bénéficié de cette mesure», affirme Dr Lyes Merabet.
Il estime ainsi que pour les professionnels de la santé «cela nous donne l’impression en tant que professionnels de la santé que nous sommes les oubliés de cette situation sanitaire et que les autorités, et à leur tête le président de la République, ont pris des mesures mais apparemment il y a des blocages à certains niveaux pour ne pas les mettre en place et créer des situations conflictuelles».
Il conclut à propos de cette journée de protestation que «c’est une journée pour exprimer notre mécontentement, sensibiliser et alerter sur la situation du secteur de la santé qui risque de se dégrader rapidement. Même en tant que professionnels, on est concernés par la dégradation du niveau de vie et du pouvoir d’achat, les conditions de travail deviennent de plus en plus difficiles et une pression incessante exercée sur les professionnels de la santé depuis près de deux années. Ajoutant que «le secteur de la santé a besoin de prise en charge, d’attention, de reconnaissance et surtout de concret en termes de revalorisation sur le plan moral, certes, mais également sur le plan matériel. Si les choses n’évoluent pas dans le bon sens, on risque d’aller sur d’autres actions de protestations, plus dures et plus étalées dans le temps».