Par Sihem Bounabi
La journée d’hier a été marquée par une forte mobilisation des blouses blanches suite à l’appel de l’Intersyndicale de la santé pour revendiquer l’application des mesures d’encouragement dans le cadre de la lutte contre la pandémie covid.
Cet appel a été suivi dans plusieurs wilayas, où les professionnels de la santé ont exprimé leur ras-le-bol du non-respect des instructions du Président de la République qui avait annoncé publiquement plusieurs mesures afin de rendre hommage et encourager l’«armée blanche» dans le cadre de la lutte contre la covid.
A l’hôpital Mustapha-Bacha, au centre d’Alger, ce sont des centaines de médecins, d’enseignants-chercheurs et de paramédicaux qui ont répondu à l’appel de l’Intersyndicale de la santé, composée du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), du Syndicat national des enseignants-chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu) et du Syndicat des paramédicaux (SAP), qui se sont regroupés au niveau de la cour centrale de l’hôpital.
Dès dix heures du matin, les représentants des trois syndicats ont pris la parole pour exprimer haut et fort les revendications des protestataires qui applaudissaient à chaque point exprimé pour signifier leur adhésion à ces revendications dont «le retard dans le versement des 5e et 6e tranches depuis le mois d’avril dernier, le versement des indemnités que devaient percevoir les familles des victimes dans les rangs des blouses blanches suite à cette pandémie, la couverture à 100% de l’assurance totale du personnel de la santé et la bonification des cotisations à la retraite ainsi que la reconnaissance de la maladie covid comme maladie professionnelle pour les travailleurs du corps médical.
A la fin du sit-in les représentants des syndicats ont déclaré : «On espère à travers cette action que notre appel soit entendu par les autorités concernées afin de concrétiser les mesures qui sont simples à appliquer pour peu qu’il y ait une véritable volonté des responsables. Dans le cas contraire, nous nous donnons rendez-vous ici même pour entamer d’autres actions quitte à aller à la grève.»
Lors du point de presse qui a suivi le rassemblement de protestation, le Professeur Kamel Hail, vice-président du Snechu, a déclaré que «cela fait près de deux ans que tout le corps médical s’est mobilisé pour faire face à trois vagues très meurtrières où il a mené une véritable guerre contre un ennemi invisible. Nous avons relevé le défi de gagner trois batailles mais on est toujours en guerre contre la covid, malheureusement, nous avons perdu des centaines de médecins, infirmiers et travailleurs de la santé, dans l’accomplissement de leur devoir. Nous n’avons jamais failli à notre devoir où nous étions au premier rang pour lutter contre le virus». Il poursuit en soulignant que pendant cette guerre, «il y a eu des initiatives entreprises par le président de la République pour encourager l’armée des blouses blanches, malheureusement, sur le terrain rien n’a été fait pour concrétiser les aides annoncées».
«Vos promesses n’ont pas été honorées»
Il tient à préciser que «cette journée de protestation est d’élever notre voix afin de dire au président de la République que vos mesures d’encouragement n’ont pas été appliquées sur le terrain et vos promesses n’ont pas été honorées». Le Pr Kamel Hail enchaîne : «Si les responsables concernés continuent à faire la sourde oreille, nous risquons de continuer notre mouvement de protestation dans le temps avec des actions plus dures en concertation avec l’Intersyndicale.»
Pour sa part, le Dr Lyes Merabet, président du SNPSP, tient à souligner que «nous sommes la seule exception dans la majorité des pays où la covid n’est pas reconnue comme maladie professionnelle pour les professionnels de la santé qui sont en première ligne». Il dénonce «les conditions de travail difficiles avec un manque de moyens flagrant dont notamment les moyens de protection et la prise en charge très difficile des professionnels de la santé contaminés par la covid qui ont du mal à être pris en charge au sein même des structures de la santé. Malheureusement, ils doivent parfois recourir au secteur privé malgré les difficultés financières. Ce n’est pas normal et c’est révoltant pour le professionnel de la santé publique». Il interpelle ainsi la tutelle pour la mise en place d’un véritable circuit de prise en charge des professionnels de la santé, que ce soit en termes de dépistage, de suivi médical car de nombreux professionnels sont au bord de l’épuisement physique et moral».
De son côté, le secrétaire général du Syndicat des paramédicaux tient à souligner que l’impact de la pandémie a touché non seulement les professionnels de la santé mais également leur familles. Il tient également à rappeler aux médias présents : «Rappelez-vous, suite à la journée de protestation, organisée le 7 avril dernier, le ministre de la Santé s’était engagé en personne pour le versement de la 5e prime Covid dans la semaine, mais jusqu’à présent, elle n’a toujours pas été versée. Nous sommes fatigués et révoltés par cette situation.» n