Jean Daniel, journaliste, fondateur, directeur et éditorialiste du Nouvel Observateur, devenu  l’«Obs », grande figure médiatico-littéraire de la gauche française des années post-1968,  s’est éteint, dans la soirée de mercredi dernier, à l’âge de 99 ans, avait annoncé le journal.

Suite à cette triste disparition, le président de la République Abdelmadjid Tebboune  a présenté, jeudi, ses condoléances à la famille  de Jean Daniel, décédé mercredi, le qualifiant d’«ami de la Révolution algérienne». «J’ai appris avec tristesse le décès de Jean Daniel, journaliste, écrivain et fondateur de l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur et aussi ami de la Révolution algérienne », a écrit le Président Tebboune sur son compte tweeter. « Je présente mes condoléances à la famille du défunt et aux médias français », a encore écrit le chef de l’Etat. Né le 21 juillet 1920 à Blida, en Algérie, Jean Daniel, né Bensaïd, commence sa carrière journalistique, en fondant en 1947 la revue culturelle Caliban avec le soutien d’Albert Camus, dont il est proche. En 1954, il écrit son premier article publié dans  l’Express, où il couvre la guerre de libération nationale en Algérie. En 1961, il est grièvement blessé au fémur, par des tirs de soldats français, pendant un reportage lors des événements de Bizerte, en Tunisie. En 1963, il acquiert une célébrité internationale en réalisant une interview de John F. Kennedy, l’emblématique ancien Président américain. Ce dernier l’avait  chargé d’un message pour Fidel Castro et c’est, en compagnie du leader de la Révolution cubaine, qu’il apprend l’assassinat de Kennedy, le 22 novembre 1963. «Kennedy était un ennemi auquel on s’était habitué. C’est une affaire très grave», lui avait confié à l’époque le leader cubain.
La grande aventure médiatique de Jean Daniel commence en 1964 avec la fondation du  Nouvel Observateur, qui deviendra l’Obs, avec son ami Claude Perdriel. Directeur de la publication jusqu’en 2008, il continue à collaborer à l’Obs en tant qu’éditorialiste. Aux manettes, il sera une figure tutélaire, un parangon de l’intellectuel de gauche non communiste. Son magazine défend l’anticolonialisme, publie en une, le manifeste des «343 salopes» pour l’avortement, soutient Mendès-France, Rocard puis Mitterrand et polémique avec le Parti communiste. Jean Daniel est aussi l’auteur de nombreux essais comme « Avec Camus : comment résister à l’air du temps » (2006), « Comment peut-on être Français ? » (2008), « Mitterrand l’insaisissable » (2016) ainsi que de récits autobiographiques comme «la Blessure» (1992) et «les Miens » (2009). Ses « Oeuvres autobiographiques » (cinq ouvrages) ont été rassemblées en 2002 en un seul volume de 1700 pages.

« Un monument du journalisme »
A l’annonce de sa mort, plusieurs figures du monde médiatique ou politique, toutes tendances confondues, ont rendu hommage à Jean Daniel, qui a traversé l’après-guerre en portant les combats de la gauche, de l’anticolonialisme au droit à l’avortement et que l’historien Pierre Nora a qualifié de « dernière figure du journalisme inspiré».
«Monument du journalisme, éclaireur de la gauche, Jean Daniel est mort. La France perd une conscience, de ces hommes qui font l’Histoire à la seule force de leur plume », a réagi sur Twitter Emmanuel Macron. Pour sa part, l’historien Benjamin Stora, ami de Jan Daniel, témoigne également  dans le quotidien français  Libération, que «les Algériens le considèrent comme un personnage important de leur histoire parce qu’il s’est engagé pour l’indépendance de l’Algérie». Il affirme également qu’en France, « on a oublié, aujourd’hui, que les intellectuels français qui s’étaient engagés en faveur de l’indépendance étaient très peu nombreux ». Enchaînant que «les Porteurs de valises, c’était minuscule ! Claude Lanzmann a bien raconté comment il était dur pour eux, à l’époque, de marcher dans les rues, de se faire insulter tout le temps, d’être menacés de mort». Dans ce sillage, l’historien met ainsi en exergue le fait que «les Algériens n’ont pas oublié ceux qu’ils appellent toujours les amis de l’Algérie».
De son côté, dans un témoignage intitulé «Jean Daniel l’Algérien», publié dans l’édition de  l’Obs  de jeudi dernier, l’écrivain algérien Boualem Sansal rappelle que Jean Daniel avait «cet élan du cœur qui le poussait à recevoir les intellectuels algériens lors de leurs passages à Paris pour échanger des nouvelles sur le pays. Les écrivains avaient une place de choix dans son estime ». 
Il avait ainsi reçu Kateb Yacine, Rachid Mimouni, qu’«il appréciait particulièrement». Boualem Sansal souligne aussi que « Jean Daniel a marqué notre siècle, il nous a éclairés et par-là même il nous a aidés à vivre.
Qu’il en soit éternellement remercié ». Il cite aussi Mohammed Arkoun, qui disait de Jean Daniel qu’il était «le penseur, l’écrivain, le pédagogue, le médiateur, l’intellectuel engagé accompagnant toujours le journaliste pour rehausser son propos et créer des dettes de sens auprès de ses nombreux lecteurs».