A Alger, la journée électorale a commencé tranquillement. Les bureaux de vote ont ouvert dès les premières heures du matin. Il est 9H30, nous faisons un tour dans la daïra de Sidi M’hamed, l’affluence est calme.

Par Sofiane Baroudi et Bouzid Chalabi
Nous abordons un jeune s’apprêtant à accomplir son devoir électoral. Amine a 23 ans, étudiant en médecine, va voter pour la première fois de sa vie. A notre question sur ce qui a motivé sa démarche, il répond : «C’est d’abord un devoir citoyen et je veux participer au changement auquel le peuple entier aspire.» Nous enchaînons en questionnant sur l’orientation de son vote, il avance sereinement : «J’ai quelques amis qui ont fait campagne et qui sont candidats. Je suis déjà optimiste parce que j’ai vu plein de jeunes s’engager pour changer les choses. J’ai une idée précise de la liste que je vais choisir, mais, franchement, ma satisfaction est déjà dans le fait de voir de nouveaux visages entrer dans l’arène électorale.» Nous continuons notre tour vers le quartier d’El Madania, sur les hauteurs de la capitale, aux alentours du monument au martyr. Nous y rencontrons Madame Bennadi, qui préside un bureau de vote à l’école primaire Fatima-Ghezal. Notre interlocutrice a mené une carrière émérite dans la santé de proximité et est très active dans le travail associatif, notamment dans le soutien aux populations fragilisées et l’aide aux femmes victimes de violence. A nos interrogations sur les conditions dans lesquelles se déroule le scrutin électoral, elle répond : «Les conditions d’organisation logistique et sécuritaire sont excellentes et ce grand rendez-vous démocratique se déroule dans une ambiance sereine.» Elle ajoute qu’«à midi passée, l’affluence est appréciable. Les citoyennes et les citoyens affluent en meilleur nombre relativement à d’autres échéances électorales précédentes. Il faut encore voir le déroulement de la journée jusqu’à la fermeture des bureaux de vote, mais le taux de participation est très convenable à cette heure». Nous observons sur place la forte présence des observateurs mandatés par les listes afin de surveiller le processus. L’entente cordiale règne, les discussions sont chaleureuses et les échanges fraternels.
Nous mettons le cap vers l’ouest de la ville, Aïn Benian, plus précisément au bureau électoral des 500-Logements. Nous questionnons Maître Narimène Chafai, avocate et jeune candidate sur la liste indépendante El Djazaïr Amana, qui mène sa première expérience dans le champ politique à l’occasion de ces élections législatives. Narimène nous confie : «Pour le moment, 13H30 passé, le scrutin se déroule dans de très bonnes conditions et les échos que nous avons de nos coordinateurs et de nos observateurs dans les bureaux de vote sont très positifs. L’atmosphère est sereine et nous enregistrons un climat de transparence qui nous rassure à cette heure-ci. Nous allons néanmoins continuer le travail de suivi et nos observateurs vont rester mobilisés et sont prêts à signaler toutes formes d’anomalies.» Il est à souligner que nous avons remarqué une forte présence des observateurs affiliés aux partis politiques, disposant de plus de ressources, probablement plus expérimentés et plus armés logistiquement à faire face au défi humain et financier, afin de couvrir l’effort d’encadrement du scrutin.

Néanmoins, les observateurs de toutes les listes sont présents afin de défendre les chances de leurs candidates et candidats en lice pour un siège de législateur au palais du boulevard Zighoud-Youcef.
Faible participation féminine
A 15 heures, le taux de participation aux élections législatives dans différents centres de vote, où on s’est rendu avoisinait les 12%. A Bachdjarrah, la Glacière et Bourouba, c’est le même constat, le nombre de femmes est très inférieur à celui des hommes. Pour le détail, dans certains centres des communes citées, la moyenne chez les femmes n’a pas dépassé 6% alors que pour les hommes, le taux se rapprochait de 10%. En témoignent, des urnes où il était facile de faire une approximation des suffrages exprimés.
Selon certains chefs de centre, ce n’est qu’à partir de 11 heures que les bureaux de vote ont accueilli les premiers votants en nombre très infime. «Mais ce n’est qu’à partir de 13H30 qu’un léger mieux est devenu perceptible, mais cela restait plutôt insignifiant». Un chef de bureau de vote nous a avoué que le taux de participation dans son bureau, à la même heure où je vous parle, n’a été aussi bas. Et de lâcher enfin : «Dans le meilleur des cas, le taux n’atteindra pas 15%.»
Ce faisant, du côté des votants, on se rejoint à dire qu’ils ont très peu apprécié la procédure. «Je dois choisir trente-six listes de candidats avant de passer à l’isoloir. Ce qui est très contraignant», déplore Ahmed, ancien instituteur à la retraite. Aïcha, femme au foyer, abonde dans ce sens : «J’estime que la procédure est cette fois contraignante, notamment pour les personnes âgées. Certes, pour ce scrutin, les partis sont très nombreux et les indépendants également, mais on aurait pu trouver une procédure plus facile.»
D’ailleurs, certains agents de bureau avouent: «A la vue des 36 paquets (listes), de nombreuses personnes venues accomplir leur devoir électoral sont surprises. Quant à d’autres, il a fallu leur porter assistance tant il s’agissait de retirer une à une les listes de candidatures». Il faut dire aussi que l’exercice de rechercher dans l’isoloir par le votant la liste de son choix sur les trente-six se déroulait à un rythme très lent. Devant ce constat, un agent de bureau ne s’est pas empêché de dire : «Heureusement qu’il n’y a pas foule car ce serait vraiment trop long à supporter par les votants en attendant que l’isoloir se libère.» Cela dit, côté organisation tout était parfait. Notons enfin que les taux de participation indiqués correspondent aux estimations rendues publiques par l’ANIE à 14 heures. Mais, on peut s’attendre à ce que les taux connaissent par endroit un sursaut quantitatif en fin de journée.