Considérée comme une reconnaissance de fait des thèses israéliennes au mépris des droits des Palestiniens reconnus par les instances internationales, l’ONU en premier,la décision de Donald Trump de transférer l’ambassade américainede Tel-Aviv à Jérusalem (Al Qods) continue de provoquer une onde de chocaux conséquences encore inconnues.

Hier, et quarante-huit heures après que le chef de la Maison Blanche ait annoncé sa décision de transférer l’ambassade des Etats-Unis vers la ville trois fois sainte, c’était jour de colère dans de très nombreux pays, ceux du monde arabo-musulman en particulier où demanifestations d’intensité différente ont eu lieu après la prière du vendredi.

Dans les territoires palestiniens, à Gaza, un Palestinien a été tué par des tirs de l’armée d’occupation alors qu’il participait à des manifestationscontre la décision de M. Trump. Mahmoud Al-Masri, 30 ans, a été tué à l’est de Khan Younès, par des tirs israéliens de l’autre côté de la ligne qui sépare l’enclave palestinienne du reste des territoires sous domination directe d’Israël.Toujours dans cette enclave, quatorze autres Palestiniens ont été blessés par balles. A Jérusalem (Al Qods) et en Cisjordanie,des heurts ont éclatéentre des Palestiniens en colère et des forces israéliennes qui ont tiré des balles en caoutchouc et utilisé des gaz lacrymogènes.
Dans notre pays,les imams de la Républiques ont dénoncé dans le prêche du vendredi une « nouvelle atteinte à la cause palestinienne et à la nation musulmane toute entière ». La décision américaine a suscité également l’indignation de la rue algérienne où plusieurs rassemblements ont été organisés à travers différentes wilayas du pays, selon nos correspondants sur place.
A Alger, des dizainesde citoyens sont sortis après la prière du vendredi pour dénoncer dans le calme la décision américaine et afficher leur soutien au droit du peuple palestinien dans sa lutte contre l’occupant sioniste, comme ce fut le cas dans les quartiers d’Alger-Centre, Belouizdad (ex-Belcourt), El-Harrach et Bab Ezzouar.
En ce qui concerne les partis, le Mouvement de la Société pour la paix (MSP) a organisé un rassemblement devant son siège à El-Mouradia. Cette manifestation a regroupé des parlementaires, des militants et des sympathisants du parti, sous le slogan « Le vendredi de la colère pour le triomphe d’El Qods » pour exprimer leurdésapprobation de la décision américaine et leur soutien au peuplepalestinien.
A Annaba, où une manifestation a déjà eu lieu jeudi dernier à l’université, des manifestants ont également exprimé leur colère à la sortie des mosquées « C’est une poudrière dont la mèche a été allumée par les Etats-Unis et dont les conséquences seront désastreuses pour toute la région. La décision de Trumpdonne du grainà moudre aux extrémistes de tous bords», nous a déclaré, hier, C. Bouras, professeur à l’université de la ville.A Oran, des rassemblements ont étéobservés également aux abords de plusieurs mosquées de la ville ainsi qu’à laPlace des Victoires au centre-ville.
Alger, rappelle-t-on, a t dénoncé « avec force » la décision américaine,qui constitue une «violation flagrante» des résolutions pertinentes duConseil de sécurité et de la légalité internationale et qui « fait peser delourdes menaces sur la paix, la sécurité et la stabilité d’une régionnévralgique déjà fortement meurtrie ».
La diplomatie algérienne a, par la même occasion, à réitérer son « soutien total aux droits inaliénables du peuple palestinien frère », appelant la nation arabo-musulmane et la communauté internationale à « se mobiliser pour le respect des droits nationaux du peuple palestinien et du statut international de la ville Sainte ».

La bannière étoilée brûlée
En Tunisie voisine, des milliers de personnes ont défilé dans la capitale Tunispour apporter leur soutien aux Palestiniens et affirmer que Jérusalem est« notre capitale ». Au Caire, des centaines de fidèles entourés de policiers anti-émeute, ont manifesté à la mosquée Al-Azhar. « Nous sacrifierons notre âme et notre sang pour toi, Al-Aqsa », sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, ont scandé les manifestants, certains brûlant des drapeaux américain et israélien. Le grand imam d’Al-Azhar a annoncé un peu plus tard annuler une rencontre prévue avec le vice-président américain Mike Pence durant le mois décembre.
En Asie, des milliers de personnes ont manifesté vendredi en Malaisie, en Indonésie, au Pakistan et en Afghanistan et dénoncé une « gifle » et une « humiliation » pour le monde musulman. A Kaboul, plus d’un millier de personnes, selon les agences de presse, se sont réunies en début d’après-midi devant la principale mosquée de la ville, munies de pancartes clamant « Jérusalem est Palestinienne ». Un drapeau israélien et un américain ont été brûlés. Quelques dizaines de manifestants ont tenté de marcher vers l’ambassade américaine, mais ont été rapidement refoulés, très en amont de l’enceinte puissamment gardée. En Iran, des milliers de manifestants à Téhéran et d’autres villes du pays ont scandé leur colèrecontre Israël.
« Trump a tiré un trait sur 70 ans de négociations » de paix, a déclaré pour sa part l’imam de la prière du vendredi à Téhéran, Ahmad Khatami, dans la mosquée de Mossala, la plus grande de lacapitale.
Le président américain « a prouvé que la solution pour le problème de la Palestine est seulement l’Intifada »,a-t-il ajouté, en référence aux soulèvements populaires palestiniens de 1987-1993 et 2000-2005. « Tout dommage que vous pouvez infliger à ce régime occupant et criminel, c’est un geste visant à plaire à Dieu », a-t-il déclaré.