Le président américain Joe Biden a entamé, hier mercredi, sa première tournée au Moyen-Orient en se rendant en Israël, première étape de son périple. Vendredi 15 juillet, le chef de la Maison Blanche doit s’entretenir à Bethléem en Cisjordanie avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Les discussions entre les deux parties interviennent dans le contexte laissé par l’ancienne administration de Donald Trump qui a reconnu la ville de Jérusalem (Al Qods) comme capitale de l’Etat hébreu et y a déplacé l’ambassade des Etats-Unis. Il est quasiment certain que ce contexte ne changera pas. La décision de l’ancien président Trump de considérer Jérusalem comme capitale israélienne et de fouler au pied le droit international concernant la question palestinienne n’a pas été annulée par l’administration Biden.
Lundi 11juillet, le conseiller à la sécurité nationale américain Jake Sullivan a assuré que Washington avait rétabli avec les Palestiniens «des liens diplomatiques quasiment coupés». Il a énuméré un soutien financier rétabli et le soutien «sans équivoque» de Washington à une solution «à deux Etats», palestinien et israélien. Joe Biden pourrait annoncer aujourd’hui jeudi à Jérusalem-Est une aide économique aux Palestiniens. Mais, dans les faits, aucune initiative tangible n’a été prise par le président américain pour être davantage à l’écoute des Palestiniens et relancer le processus de discussions israélo-palestinien suspendues depuis 2014. «Jusqu’à présent, nous n’entendons que des mots vides de sens et nous ne voyons aucun résultat», a confirmé Jibril Rajoub, un ténor de l’Autorité palestinienne, dans ses déclarations aux médias internationaux. «La visite du président américain Joe Biden ne servira que les intérêts israéliens dans la région au détriment de notre cause palestinienne», a déclaré, mardi, le porte-parole du Hamas d’ajouter. «Cette visite vise à protéger le projet sioniste». «La formation d’alliances militaires qui incluent Israël et l’expansion de la normalisation arabo-israélienne avec la visite du président américain, constituent un danger stratégique pour la cause palestinienne et les intérêts nationaux du Moyen-Orient», a ajouté Hazem Qassem. Symbole nouveau de l’alignement de Washington sur les positions israéliennes, aucune rencontre n’est prévue avec la famille de Shireen Abu Akleh, journaliste américano-palestinienne de la chaîne du Qatar Al-Jazeera tuée par balle en mai lors d’une opération israélienne en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. L’ONU, Al-Jazeera, le Qatar, la famille Abu Akleh et différentes enquêtes journalistiques soutiennent sur la base de documents vidéo que le tir provenait d’un soldat israélien, un scénario jugé «vraisemblable» par les Etats-Unis, mais qui ont écarté l’hypothèse d’un tir délibéré.

«Nous n’entendons que des mots vides de sens»

Toute autre attitude de Washington à l’égard d’Israël aurait été une surprise d’autant que, selon les analystes, le grand enjeu de la tournée moyen-orientale du président Biden n’est pas véritablement le conflit palestinien mais la question de la sécurité d’Israël face à l’Iran. Il s’agit, pour la partie israélienne, d’empêcher les Etats-Unis et les autres puissances occidentales engagées dans les laborieuses discussions avec Téhéran de remettre sur les rails l’accord international de 2015 qui encadre le programme nucléaire iranien, que Donald Trump a sabordé en 2018. Les discussions de M. Biden en Israël porteront «surtout» sur l’Iran, a souligné le Premier ministre israélien Yaïr Lapid, peu de jours avant l’arrivée de M. Biden.
Toujours par rapport aux intérêts israéliens, il y a également la recherche de la normalisation des relations entre l’Etat hébreu et des monarchies du Golfe, l’Arabie Saoudite en tête. Si cette normalisation n’est pas à l’ordre du jour, comme elle s’est déroulée pour ses voisins bahreini et émirati, l’administration joue sur la symbolique. Vendredi 15 juillet, le chef de la Maison Blanche se rendra en Arabie Saoudite sur un vol direct inédit vendredi entre Tel-Aviv et Jeddah. «Le fait que le président Biden vole directement en Arabie saoudite résume la dynamique des derniers mois (…) Nous espérons et agissons de façon à ce qu’il s’agisse des premiers pas, du début, d’un processus de normalisation», a déclaré mardi dernier un haut responsable israélien. Ce dernier sait que Ryad partage la même opinion qu’Israël en ce qui concerne le nucléaire iranien et que la monarchie wahhabite cherche de nouveaux appuis contre Téhéran dans sa guerre au Yémen.
L’administration Biden voudrait quant à elle obtenir du royaume saoudien, allié stratégique et premier exportateur de brut mondial, qu’il ouvre les vannes pour calmer l’envolée des cours de l’or noir et apaiser l’inflation. Par rapport à l’histoire récente entre Washington et Ryad, ce sera une page de tournée : en campagne, Joe Biden voulait réduire ce royaume au rang de «paria» après l’assassinat en 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans un consulat saoudien en Turquie. Elu, il a déclassifié un rapport concluant que le prince héritier et homme fort du royaume Mohammed ben Salmane, «MBS», avait «validé» ce meurtre horrible, le journaliste ayant été séquestré, torturé, tué puis démembré pour l’extraire du site consulaire saoudien à Istanbul.
La présence du président de Biden en Arabie saoudite a été décidée en réponse à l’invitation du roi Salmane à assister à un sommet politique qui se tiendra à Djeddah samedi 16 juillet, réunissant les dirigeants des six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), en plus de l’Égypte, de l’Irak et de la Jordanie.