Cette fois, le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS), sur ordre présidentiel, compte prendre le taureau par les cornes avant les jeux Olympiques 2024 qui se tiendront à Paris dans 22 mois. Une enveloppe de 4 milliards de dinars est prévue pour les athlètes qualifiés à ce rendez-vous planétaire. Centralisation de la préparation, ménage au sein des fédérations et intention d’en finir avec la gestion opaque, de nouvelles intentions sont là. Et ce pour en finir avec des pratiques qui ont longtemps plombé les performances de nos sportifs en les privant de participer à cette compétition majeure avec la quintessence de leurs capacités.

Par Mohamed Touileb
C’est la conclusion d’enquêtes déclenchées il y a plus d’une année. La tutelle va passer aux sanctions. Des rapports suspicieux et des plaintes de certains athlètes motivent cette action. Les investigations et les preuves rassemblées sont terminées, des têtes vont sauter incessamment. Plusieurs fédérations sportives sont épinglées pour mauvaise gestion. En conséquence, la Présidence, qui a demandé au MJS de sévir, va centraliser la gestion des athlètes d’élite qui dépendra directement des bureaux de la bâtisse de la place du 1er-Mai (Alger). La donne est simple et logique, les sportifs sont les seuls garants de la performance. Le MJS l’a compris et a décidé d’écouter leurs préoccupations à l’approche des Olympiades 2024 qui reste la plus importante des échéances. Après les jeux Méditerranéens 2022 à Oran, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a été clair : « les athlètes doivent bénéficier de la prise en charge la plus optimale possible ». Recommandation qui n’a pas atterri dans l’oreille d’un sourd même si certains dirigeants fédéraux ont persisté dans leur légèreté.

Point de bascule
Les JM-2022 ont servi d’un véritable coup de projecteur. Ceci pour les athlètes d’élite mais aussi pour les présidents de fédération dont les sportifs ne réalisent pas les résultats escomptés (0 médaille aux derniers JO de Tokyo en 2021). Aussi, il y a les enjeux au niveau des instances et les postes dans les confédérations continentales. Beaucoup n’arrivent pas à intégrer les comités exécutifs ou briguer des postes dans la haute hiérarchie. C’est ce qui est arrivé à Nouredine Ferhat-Fazil qui a lamentablement failli dans sa quête de présidence de la Confédération africaine de boxe (CAB). Et ce après avoir présenté des garanties aux autorités algériennes de gagner l’élection… si le pays accueille le congrès à ses frais. Finalement, il a été piteusement coiffé par le Camerounais Bertrand Mendouga… à domicile. Cet affront a sérieusement écorné l’image de Ferhat-Fazil et fragilisé sa posture. Les résultats, bien que probants des boxeurs dans les différentes compétitions, ne semblent pas avoir restauré son image. Selon nos informations, le MJS compte bien le dégager très prochainement. Et pour cause, le patron de la FAB serait coupable d’avoir détourné des fonds dédiés à préparer les Méditérranéennes oranaises et usé de sa fonction de patron de Fédération pour faire bénéficier sa famille de multiples avantages. On y reviendra dans un article plus détaillé.

Une démarche inédite
Par ailleurs, d’autres structures sportives nationales, qui concernent aussi bien des sports individuels que collectifs, sont dans le collimateur de la tutelle. L’Etat va consacrer un budget colossal de 4 milliards de dinars pour préparer les JO-2024. Et c’est une cellule spéciale qui sera installée au niveau du MJS qui prendra en charge les athlètes d’élite. Leurs dossiers de sortie ne dépendront plus des fédérations. Tout athlète qui présente des chances de médailles sera sous l’aile du département ministériel. Cette démarche est sans précédent. Elle pourrait être un point de bascule dans le sport de haut niveau.
Certes, l’Etat ne va pas y aller de manière brusque pour ne pas tomber sous le coup de l’immixtion dans les affaires internes des instances locales qui sont affiliées à des organes internationaux. Les sanctions à venir à l’égard des patrons de fédé’ douteux sont le fruit d’une enquête minutieuse, avec intervention de la brigade financière. Cette dernière a été lancée il y a plus d’une année pour surveiller les agissements et la gestion opaque des présidents. Sommes-nous en train d’assister à la mise en place de jalons pour une politique sportive réelle ? On ose l’espérer. n