Huit boxeurs (5 hommes et 3 femmes) pour 0 podium, tel est le malheureux bilan du noble art algérien aux Jeux Olympiques 2020 de Tokyo (Japon). Un autre uppercut, un autre coup dur pour la discipline à terre. C’est aussi la récolte d’un mandat olympique chaotique. Dans cette analyse, on vous explique pourquoi la boxe Dz ne pouvait finir ailleurs que dans les cordes.

Par Mohamed Touileb
Depuis 21 ans, la donne n’a pas changé. C’est le statu quo pour une discipline clairement K.O. Ces dernières années, le noble art Dz a été tuméfié. Il s’est fait poivrer le museau (expression pour dire encaisser beaucoup de coup à la face). Clairement assistant à sa décrépitude. Impuissamment.
Lettres de noblesse perdues
Beaucoup de contrecoups venus annoncer un temps sombre pour une discipline qui avait offert les deux premières médailles de l’histoire des Olympiades pour l’Algérie. C’était lors des JO-1984 à Los Angeles avec les médailles de Mohamed Zaoui, sacré champion chez les poids moyens et Mustapha Moussa troisième chez les mi-lourds.
Au total, nos pugilistes ont offert un total de 6 médailles pour l’Algérie (1 or en 5 en bronze) à travers l’histoire des Joutes. Seul l’athlétisme fait mieux avec 9 distinctions. On parle donc d’un sport qui a un certain héritage que les Benchebla, Bouloudinat, Flissi et les autres n’ont pas pu assumer et des traditions non-perpétuées.
On ne va pas accabler les athlètes. D’autant plus qu’aucun d’entre eux n’a dû se réjouir de la trajectoire que sa carrière à prise tant leur prise en charge a été caractérisée par la négligence. Ils auront certainement des regrets de ne pas avoir pu capitaliser sur leurs potentiels. Ne pas parvenir à accrocher une demie en 2, 3 ou 4 participations avec des amateurs montre qu’il y a des défaillances au niveau de la gestion.

Un mandat et trois présidents : surréel !
En parlant de ce volet, il faut savoir que la boxe algérienne n’a pas connu la tranquillité entre 2017 et 2020. Tout un mandat olympique où la lutte pour la présidence de sa Fédération (FAB) a primé sur l’élaboration d’un plan véritable pour préparer les athlètes aux rendez-vous planétaire. Pas de stabilité au sommet. Et le sport aux gants à vacillé.
Petit retour en arrière, Abdelmadjid Nehessia a été élu à la tête de la FAB puis suspendu pour « mauvaise gestion » par El-Hadi Ould-Ali, ministre de la Jeunesse et des Sports en mai 2017. Le quadriennat olympique avait été entamé d’un mauvais pied. Le 15 juillet 2017, Nehassia a vu les membres de l’Assemblée générale, réunis en session extraordinaire au Centre de Ghermoul (Alger) lui retirer leur confiance. Pour lui succéder, c’est Abdeslam Draa qui a été intronisé le 1er août 2017. Sauf que Nehassia avait introduit un recours auprès du Tribunal algérien de règlement des litiges sportifs (TARLS) et a obtenu gain de cause pour ce qui est de la légitimité de son élection. Pour lui barrer la route, a fait qu’il soit inéligible. Le 5 novembre 2018 : quatre candidats se sont présentés parmi lesquels Abdeslam Draa.

L’AIBA a dû intervenir
La situation scandaleuse est parvenue à l’Association internationale de boxe (AIBA) qui a décidé, le 17 novembre 2018 de reporter les élections. L’Assemblée générale élective reportée à une date ultérieure sur demande de l’AIBA. Le 29 décembre 2018, la structure internationale n’a pas jugé les conditions réunies pour que le vote se déroule. Toutefois, le 05 mai 2019, Abdelmadjid Nehassia a été officiellement réhabilité par le nouveau patron du MJS, Raouf Salim Bernaoui, sur décision portant le numéro 267. On comprenait donc que c’était plus un règlement de comptes entre Ould-Ali et Nehassia qui a envoyé la FAB faire un crochet par une crise qui aura duré deux années. On croyait que la quiétude allait revenir dans la famille pugilistique. Que nenni ! Le BF de la FAB a exigé, le 24 septembre 2020, la démission de Nehassia du poste de président, en l’accusant, encore une fois, de « mauvaise gestion ».

Sans stabilité, la préparation s’est mal-déroulée
Ce à quoi le MJS, géré par Sid-Ali Khaldi, avait répondu favorablement en installant un directoire composé de trois membres qui a assuré l’intérim jusqu’à l’élection de Abdenour Ferhat Fazil en mars dernier. « La boxe algérienne a vécu des moments très difficiles durant le précédent exercice, avec le passage de trois présidents à la tête de l’instance fédérale, ce qui a touché à la stabilité et la sérénité de la discipline. La boxe algérienne a besoin de personnes qui travaillent pour l’intérêt général dans les quatre prochaines années », avait-il lâché. Un constat on ne peut plus vrai.
Le mal était déjà fait. Le retard pour préparer une épreuve aussi exigeante que les Olympiades était irrattrapable. Cela s’est vu sur les rings nippons avec des pugilistes en déficit athlétique et mental. Le fait d’avoir hérité d’adversaires de qualité a réduit la probabilité de créer l’exploit. Même les plus talentueux n’ont pas pu faire plus de deux combats. Quand on bricole, on ne peut qu’être envoyé au sol. n