A Tokyo, l’Algérie a enregistré l’une des pires participations de son histoire aux Jeux Olympiques. L’absence de politique sportive véritable a précipité le fiasco. Une débâcle dans laquelle Mustapha Berraf, président déchu du Comité olympique algérien (COA), estime n’avoir aucune part de responsabilité. Pourtant, entre 2013 et 2020, il était à la tête de l’instance morale du sport algérien.

Par Mohamed Touileb
Même s’il est premier responsable de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique (ACNOA), l’ombre de Berraf n’est jamais loin du Comité olympique algérien (COA). Lui qui n’en est officiellement plus président depuis février 2020.
Pour rappel, le prédécesseur d’Abderrahmane Hammad avait été contraint de céder son poste après un incident protocolaire qui a précipité son départ. En effet, il s’était levé pour le drapeau et l’hymne de l’entité sioniste en marge d’une Master du Judo à Paris. Des images qui ont fait le tour des médias et les réseaux sociaux en Algérie provoquant une campagne d’indignation à laquelle il n’a pas pu résister. Pourtant, il semblait bien vissé sur le fauteuil du patron.
Concernant cet épisode, Berraf n’a pas semblé en position confortable pour en parler. Il a évité de remuer le couteau dans la plaie en estimant, dans une interview accordée au journal électronique La Gazette du Fennec, qu’« Il y a un fait : l’Algérie est un pays lié aux droits fondamentaux et à la légalité internationale. Elle a adhéré à la Charte olympique et celle des Nations unies.
Les convictions des uns et des autres sont profondément attachées à une seule chose : la défense de l’Algérie. Il est nécessaire de rappeler que de tous temps et à chaque seconde de ma vie j’ai défendu mon pays. J’ai pu le faire grâce à ma détermination et au soutien que j’ai pu obtenir de gens de grande notoriété, qu’ils soient Algériens ou étrangers. Maintenant, les gens peuvent dire ce qu’ils veulent.»

« On nous a jamais laissé l’occasion d’appliquer une politique sportive »
Pour Berraf, la période où il avait été aux commandes de la structure olympique nationale entre 2013 et 2020 n’était pas facile. « J’ai connu des moments très difficiles sur le plan de la santé puisque j’ai eu un AVC. Cet AVC je l’ai eu en faisant des dizaines de vols et missions d’allégeance auprès de mes pairs européens et africains pour obtenir l’organisation des Jeux Méditerranéens. Ce dont je suis particulièrement fier », a-t-il argué
Pour ce qui est de sa responsabilité dans les mauvais résultats de l’Algérie lors des Olympiades 2020, il a dit que « si vous considérez que le COA a une responsabilité dans les résultats de Tokyo, il est inutile que je vous dise que l’on nous a jamais laissé l’occasion d’appliquer une quelconque politique sportive en Algérie. Celle-ci est des prérogatives d’autres intervenants dans le mouvement sportif.»
Par ailleurs, l’ancien président de la Fédération algérienne de basketball (FABB), pense qu’il a fait de son mieux pour que le COA devienne « puissante » sur le plan économique : « aujourd’hui, le COA dispose d’un bien immobilier évalué à 500 milliards de centimes. J’ai laissé près de 34 milliards de centimes dans les comptes et plus de 2 millions de dollars dans les caisses », s’est-il vanté.

Il défend Hammad
Celui qui a cumulé près de 20 ans dans la gestion du COA a aussi envoyé un message chiffré. Dans ce dernier, il voulait expliquer qu’il n’a jamais été obsédé par le poste de président: « J’ai voulu quitter en 2015 avant les JO de Rio. Mes camarades m’ont demandé de rester. En 2017 aussi j’ai voulu partir. J’ai même tenu une réunion quasi-officielle et ils ont refusé de me laisser partir me demandant de poursuivre le mandat. J’ai continué pour mon pays. Quand je vois que certains critiquent et insultent sans savoir vraiment ce qui s’est passé, je trouve cela déplorable » a raconté le successeur de Rachid Hanifi en 2013. La longévité à la tête du COA laisse croire que Berraf a gardé le contrôle sur l’instance malgré son départ précipité il y a 18 mois. A ce sujet, il dira « je suis un simple membre de l’Assemblée générale, membre du Comité exécutif de par ma position de membre du CIO. Et je vous prie de croire que les décisions sont prises de la manière la plus collégiale qui soit » en ajoutant que « le président c’est Monsieur Hammad Abderrahmane qui a exercé pendant deux mandats comme vice-président et comme président de la Commission des athlètes du COA. Il connaît donc bien le fonctionnement et toutes les règles ainsi que les dispositions de la Charte olympique. Je ne crois pas que quelqu’un ait quelconque chose à lui apprendre.» Il faut dire que Hammad avait clairement besoin d’être réconforté. D’autant plus que sa reprise de rênes est intervenue avant un rendez-vous ultra-médiatisé que sont les Olympiades. D’ailleurs, une semaine après la clôture du rendez-vous nippon, le COA observe toujours un silence assourdissant.