Quatre ans, c’est la suspension qu’encourent le judoka Fethi Nourine et son entraîneur Amar Benikhlef. Une décision motivée par la transgression de la Charte olympique. Pour rappel, l’athlète, en concertation avec son coach, avait décidé de se retirer
du concours de judo chez les -73kg aux JO 2020 afin de ne pas affronter un adversaire de «l’entité sioniste». Les déclarations qu’il avait faites à une chaîne de télévision algérienne sont parvenues (on ne sait comment)
au Comité olympique international (CIO). Benikhlef est revenu en long et en large sur cet épisode.

Par Mohamed Touileb
C’était qui la taupe ? Une question que beaucoup de personnes, dont Amar Benikhlef, se posent. «Ce n’est pas les déclarations qui sont le problème. Moi, ce que j’aimerais savoir, c’est comment le CIO a pu se rendre compte de leur existence ?», s’est interrogé le médaillé d’argent des Jeux Olympiques 2008 à Pékin (Chine) dans une interview accordée au journal numérique La Gazette du Fennec. Pour lui, le plan ne devait pas se passer comme ça. Le vice-champion olympique 2008 a précisé que «comme à chaque compétition, avec Fethi, on avait un plan initial dans le cas où le tirage au sort nous met face à un combattant de l’entité sioniste. Le verdict du tirage au sort est tombé à 14h japonaise. Pendant 7 heures, aucun membre des officiels de notre délégation n’a semblé bousculé par le fait d’avoir un éventuel combat avec un Israélien. Ce n’est qu’après que Fethi a fait part de sa décision à une chaîne de télévision algérienne que les choses sont allées vite.»

Un document pour mettre les compatriotes à l’abri
Cette démarche aurait pu coûter les JO à l’ensemble de la délégation algérienne menacée d’être exclue selon la réglementation. L’entraîneur et son protégé ont dû signer «une déclaration attestant que la décision a été prise à titre personnel et n’avait rien avec la position collective. Pour protéger nos compatriotes, on a signé le document.»
La charte du CIO ne tolère pas de mêler le sport à tout ce qui est en lien avec la race, la religion, l’idéologie ou autre.
Benikhlef et Nourine le savaient pertinemment. Toutefois, le premier nommé pense que «quand il s’agit de soutenir la cause d’un peuple opprimé, tout cela s’annule. L’Algérie ne normalisera jamais ses relations avec un occupant de l’avis même de la Présidence de la République qui a été claire sur ce point. On doit juste savoir quelle stratégie adopter pour ne pas être contraint d’affronter des représentants sionistes et s’éviter les sanctions.» Il a aussi rappelé qu’«on l’a déjà fait moi et Nourine aux Mondiaux-2019 sans avoir de problèmes (NDLR : Fethi Nourine avait déjà déclaré forfait face à ce même adversaire en 2019).»
Après cette décision politico-sportive entreprise par le duo, il n’y a pas eu de réaction officielle de la part du Comité Olympique algérien (COA). L’instance n’a ni soutenu ni condamné le tandem. Concernant ce silence, Benikhlef a dit qu’ «on ne s’attendait pas à ce qu’il y ait une réaction officielle. Surtout que les représentants là-bas n’ont pas trop compris l’enjeu et la symbolique de notre démarche Nourine et moi.»

Une charge aller – retour à l’endroit du COA
Le quadruple champion d’Afrique chez les -90kg ira plus loin en indiquant que «beaucoup de personnes ne servent pas l’intérêt du sport algérien. Personne n’est à la bonne place» chargeant même le patron du COA, Abderrahmane Hammad, en lançant que «quelqu’un qui ne détient qu’un diplôme d’éducateur à la DJS de Tipaza ne peut pas être président du COA. Il n’a ni les compétences ni la stature pour cette mission.»
Comme avant le départ vers Tokyo, Benikhlef n’a pas mâché ses mots. D’ailleurs, il assurera qu’il ne va «jamais me (se) taire. Même s’ils me suspendent.» Dans son collimateur, il y a aussi, Mohamed Meridja et Salima Souakri qui seraient derrière l’intronisation de Yacine Silini à la tête de la Fédération algérienne de judo (FAJ) pour «servir leur intérêts personnels.» Décidemment, il ne se passe plus des Olympiades sans que les problèmes sempiternels du sport Dz ne remontent à la surface en étant étalés par des sportifs désabusés. Les temps ne changent pas.