Par Nadir Kadi
Le parti Jil Jadid a réuni, hier à Alger, les candidats qui représenteront le mouvement lors des élections législatives du 12 juin 2021. Le parti communiquera les détails de son programme dans «les prochains jours» et a toutefois fait savoir qu’il se résumait dans le slogan de campagne «une chance pour le changement». En ce sens, Soufiane Djilali, qui s’est félicité d’avoir réussi à proposer «50 listes composées à 90% de jeunes diplômés (…) dont 46 listes dans les wilayas et 4 à l’étranger», a longuement insisté sur la «justesse» du choix de Jil Jadid de prendre part aux élections, malgré les critiques reçus. Un choix entre «l’action pour le changement» et la poursuite d’une «opposition nihiliste», estime en substance le responsable pour qui «le 12 juin sera le début du changement».
Rencontre largement dominée par un discours du président du mouvement aux accents de meeting électoral. Soufiane Djilali qui, «personnellement», ne prendra pas part au scrutin en tant que candidat, a en substance estimé que le pays était à la croisée des chemins : «Aujourd’hui, nous sommes face à un défi, une chance pour le changement (…) Le pays pourra revenir en arrière ou aller de l’avant. Si les Algériens tombent dans la colère, les hommes de l’ancien régime continueront leurs actions.» Le responsable appelle en ce sens les Algériens et la classe politique à garder leur calme : «Nous ne devons pas tomber dans la colère qui détruirait le pays. La sagesse est de convaincre les citoyens qui sont dans le Hirak de changer les choses. A la place des slogans, mêmes ceux qui sont vrais, à la place des attaques contre ceux qui proposent… je leur dis que ce sont les actions qui changent les choses pas les paroles».
En ce sens, partageant de nouveau sa vision du mouvement populaire, Soufiane Djilali rappelle que Jil Jadid a pris part aux premières manifestations : «Le 22 février était le moment où la balance des forces a changé. Le peuple a refusé les visées du régime et a commencé le changement dont nous étions aussi les précurseurs (…) Nous sommes sortis le 22 février et lors des marches suivantes pour demander à sortir de l’impasse dans laquelle nous a placés l’ancien régime». Il ajoute cependant que le Hirak s’est divisé en deux. Ainsi en plus des militants sincères, une seconde partie «pousserait les Algériens vers une opposition nihiliste (…) avec le slogan «ils partent tous». Qui doit partir et comment juger qui doit partir ? Ils parlent de transition, mais qui la fera ? Qui la conduira ? Et sur quelle base ? C’est une logique irrationnelle qui conduira à des dérapages». Et Soufiane Djilali va même plus loin dans sa critique en laissant entendre que «des puissances étrangères» étaient impliquées : «Certains qui, aujourd’hui, se sont alliés avec des puissances contre l’Algérie ont des rentrées d’argent de l’étranger.»
En ce sens, et comme une réponse aux critiques qui lui sont faites depuis l’annonce de sa participation aux législatives, le président de Jil Jadid a réaffirmé hier sa légitimité «d’opposant» en rappelant l’histoire du mouvement depuis sa création en 2012 : «En 2012, à la création de Jil Jadid, nous étions souvent seuls face à un régime politique corrompu qui exprimait sans hésitation et partageait les quotas électoraux avec ceux qui acceptaient (…) A cette époque, nous avions boycotté parce que ce n’était pas des élections mais une distribution de parts». Le responsable, qui ne s’est pas privé de critiquer à son tour ses opposants politiques, ajoute : «La vérité est qu’ils prenaient les places du Parlement de l’ancien régime, et quand ils ont découvert la colère du peuple, ils ont dit nous sommes avec le peuple». Ainsi sans nommer directement ses adversaires politiques, Soufiane Djilali lance à l’adresse des «profiteurs qui étaient hier avec le régime et qui donnent aujourd’hui des leçons» que le mouvement Jil Jadid s’était opposé aux élections sous la présidence de A. Bouteflika : «Nous avions organisé des rencontres dans un grand nombre de wilayas, en 2017. Nous étions le seul parti qui était resté fidèle à l’opposition quand il n’a pas participé aux élections pas manque de dialogue d’autorité indépendante et de loi électorale qui garantit la concurrence électorale». <