Jil Jadid s’est exprimé, hier, pour la première fois après la tenue de l’élection présidentielle du 12 décembre et sur la victoire du candidat Abdelmadjid Tebboune à la magistrature suprême. Cette analyse, effectuée par le président de ce parti, Djilali Soufiane, dans la conférence de presse qu’il a tenue hier à Zéralda, siège national de la formation, a porté sur plusieurs points importants en relation avec le paysage de crise que livre le pays depuis février dernier.

Le premier a concerné l’élection présidentielle et le suffrage d’un nouveau chef d’Etat que Jil Jadi considère comme un « fait accompli », en fonction duquel il y a lieu d’amorcer une action politique qui pourrait avoir deux orientations, le rapprochement ou le rejet.
La première réaction, a expliqué Djilali Soufiane, pourrait être motivée par la capacité du nouveau locataire d’El Mouradia d’accompagner sa promesse de dialogue pour une sortie de crise par des actions concrètes, dont les préalables immédiats sont la « libération des détenus d’opinion » et de tous ceux qui ont été mis en prison par opposition au scénario désormais accompli de l’élection présidentielle.
« Ce dialogue auquel le président Tebboune a appelé nécessite d’abord des préalables qui résident dans la restauration de la confiance. Il faut d’abord libérer les détenus politiques, notamment certains activistes comme le chef historique Lakhdar Bouregaâ. Il faut aussi ouvrir le champ pour l’expression politique et médiatique » dans le pays. « Ce dialogue doit englober toutes les questions posées par le mouvement populaire pacifique », a expliqué le leader de Jil Jadid. La deuxième réaction, a poursuivi Djilali Soufiane, viendrait si le pouvoir croit s’être renforcé après avoir réussi à imposer sa feuille de route et sa solution à une crise que le leader de Jil Jadid ne croit pas terminée. Selon lui, la tenue coûte que coûte de l’élection présidentielle, malgré son rejet par une part importante de l’opinion algérienne, n’est pas une victoire du pouvoir. « En apparence, il vient de remporter une manche. Formellement, il s’est donné une légalité juridique avec cette élection. En réalité, le régime politique s’est effondré. L’Algérie aura donc à en reconstruire un nouveau », a-t-il préconisé, en appelant à « changer très vite le personnel politique et exécutif, d’une part, et de faire évoluer significativement l’organisation de l’Etat et des règles de son fonctionnement, d’autre part.

Accepter la « demande populaire »
« Le pouvoir devra donc accepter des changements fondamentaux et dans le sens de la demande populaire. Il n’a plus le choix, car le chaos guette le pays. Il devra ainsi convaincre les Algériens en faisant des concessions significatives pour ressouder le pays, dont l’unité a été mise en danger par ses pratiques », a-t-il encore dit. « Le choix des candidats et la répartition des scores du scrutin annoncent donc une reconfiguration générale du champ politique. Elle se fera au détriment d’une classe politique, pour l’essentiel obsolète et inutile et pourquoi pas en faveur du Hirak, et des nouvelles générations qui s’en réclament », a-t-il encore souligné. A propos du Hirak, tous les scénarios sont possibles, selon Jil Jadid. Son président estime que tout dépendra des acteurs du mouvement populaire pour le changement à passer à la vitesse supérieure en direction d’une structuration et d’une organisation, qu’il a appelé de tous ses vœux. Pour le président du parti, « aujourd’hui, le Hirak a trois issues possibles, celui du refus catégorique et radical à tout dialogue, débouchant alors sur la désobéissance civile et la sédition, l’abandon du terrain politique et le retour à la situation antérieure au 22 février, ou, enfin, à la transformation de la conscience du Hirak en action politique organisée ».
Le mouvement, a-t-il insisté, « doit exister non pas seulement de vendredi en vendredi dans la rue, mais aussi et surtout entre les vendredis. Les marches hebdomadaires doivent donner naissance à un véritable travail et engagement le long de l’année». Djilali Soufiane appelle cela «le devoir d’agir». «L’action organisée doit se faire à travers des outils politiques et la structuration du Hirak se réaliser dans la pluralité et non pas dans la pensée unique », a-t-il ajouté, en affirmant qu’« il faut passer de l’action isolée des individus, fragiles et facilement manipulables, à l’action collective, réfléchie et de longue portée ». Concernant une éventuelle participation de son parti à un nouveau gouvernement formé par le nouveau président Tebboune, le président de Djil Djadid a affirmé, lors de la conférence, que «Jil Jadid ne veut pas de postes politiques en dehors de ceux que pourraient lui attribuer des électeurs dans un cadre transparent. Il ne participera donc à aucun gouvernement ni à aucune fonction politique en dehors de la volonté populaire ».