La ville de Jijel s’est réveillée, hier, avec des images apocalyptiques suite à une nuit où des pluies diluviennes, pas moins
146 mm, entre 23H et 3H du matin, se sont abattues sans interruption provoquant d’importants dégâts matériels et urbains.

Dès les premières heures de la matinée, des photos et des vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux et les chaînes d’information, illustrant l’ampleur des dégâts. Des routes boueuses, des voitures cabossées emportées par la crue, des maisons et des magasins dévastés, des infiltrations dans les murs des habitations et magasins dont des pans se sont effondrés ainsi que l’impressionnante image de la station de transport urbain transformé en marécage ainsi que l’effondrement d’une partie du pont de oued, d’El Kantara, sur la RN 43. La Route nationale a aussi été obstruée par les eaux après le débordement de l’oued d’El Kantara, le niveau des eaux ayant atteint plus de deux mètres.
Le premier bilan officiel fait ainsi état de l’effondrement partiel du pont de oued El Kantara, à l’entrée Est de la wilaya, et de 18 véhicules touristiques et utilitaires emportés par les eaux, selon le chef de service de la prévention de la direction locale de la Protection civile, le commandant Salah Laâradj. Dans une déclaration à l’APS, cet officier a précisé que les fortes précipitations enregistrées dans la wilaya de Jijel, notamment dans la matinée de lundi, ont occasionné un effondrement partiel du pont de oued El Kantara, dans le quartier Laâkabi, au niveau de la RN 43, en plus d’avoir charrié 18 véhicules vers l’entrée de l’oued juste en dessous du pont en obstruant son lit, notamment suite à l’accumulation de boue. Les flots ont également inondé 25 bus stationnés dans la gare routière située en face du pont, a indiqué la même source, faisant état de la mobilisation de 53 agents de la Protection civile et 15 officiers, en plus de 2 embarcations et 7 camions pour pomper les eaux pluviales. Par ailleurs, les unités de la Protection civile ont procédé à plusieurs opérations d’épuisement d’eaux infiltrées dans quelques habitations et suite à l’effondrement des murs extérieurs ainsi que des poteaux électriques à travers la wilaya de Jijel. Dix-sept personnes submergées ont aussi été secourues. Par ailleurs, la centrale électrique, à proximité de la RN43, a également été touchée par ces pluies diluviennes, induisant une panne de courant dans de nombreux quartiers durant la nuit de dimanche à lundi. Selon un communiqué de Sonelgaz, ces intempéries ont provoqué l’arrêt de fonctionnement de 10 transformateurs électriques qui alimentent en électricité 8 500 clients à Jijel. La même société rappelle que 8 transformateurs sont déjà réparés, fournissant de l’électricité à 85% des clients. Il reste deux transformateurs en cours de réparation au niveau de la cité commerciale 35 et le marché Laagab.

La colère gronde contre les responsables locaux
Après le choc des premières heures de la catastrophe, la colère s’est emparée de nombreux habitants, commerçants et transporteurs des quartiers sinistrés qui pointent du doigt les responsables locaux, les accusant de négligence et de corruption. Selon certains témoignages, le budget de l’assainissement et avaloirs et des regards d’évacuations a été dilapidé. Plusieurs permis de construire ont été octroyés dans des zones de passages des eaux pluviales et de la topographie des crues des oueds techniquement classés comme zone inconstructible. De même, d’autres témoignages affirment qu’à plusieurs reprises les habitants de la ville de Jijel avaient alerté sur l’état déplorable des avaloirs bouchés par la boue, du gravier ou des immondices. Il est à noter qu’un responsable local a annoncé qu’une «commission de wilaya a été installée pour évaluer les préjudices générés par ces fortes pluies, procéder dans l’immédiat à une expertise technique du pont partiellement effondré et établir un diagnostic de l’état général de cet ouvrage afin de déterminer si ce dernier est encore fonctionnel ou pas».
Pour rappel, au mois de septembre dernier plusieurs wilayas ont été marquées par de fortes pluies automnales qui avaient engendré des nombreux dégâts matériels mais surtout des pertes en vies humaines. Le gouvernement avait alors annoncé un plan de travail national afin de renforcer la stratégie nationale de lutte contre les inondations, qu’avait élaboré le ministère des Ressources en eau en 2017. Cette stratégie a été mise en œuvre en 2018 et devait s’étaler jusqu’à 2030, pour un coût de 311 milliards de dinars. Le gouvernement avait aussi annoncé que des enquêtes seraient lancées par les services d’enquêtes de la police judiciaire et de la police de l’urbanisme et de l’environnement afin de faire respecter les lois de l’urbanisme. Techniquement parlant, depuis des années, des dizaines de rapports sur les zones inondables ainsi que les recommandations de prévention contre les intempéries ont été publiés. Mais sur le terrain, les tristes images du chaos des inondations fait la une des médias au moindre orage, pourtant prévisible grâce au Bulletin de météo spéciale (BMS) censé renforcer la mise en place de systèmes d’alerte et de prévision et de prévention. <