Tous les handicaps ne se valent pas, c’est une évidence. Impossible pour un amputé de concourir face à un autre athlète souffrant « seulement » d’un trouble léger. L’iniquité serait évidente et classer les différents handicaps de chacun paraissait une nécessité aussi bien qu’une idée juste et logique. Mais qui dit classification des handicaps dit forcément juges pour contrôler celui de chaque athlète. Toutes les compétitions paralympiques nécessitent ainsi l’intervention de classificateurs mandatés par les fédérations internationales handisports.

DES HANDICAPS DIFFICILES À JUGER
Si les contrôles peuvent varier selon les sports, ils sont toujours « constitués d’un médecin, d’un kinésithérapeute et d’un technicien », comme l’expliquait en 2012 à France Televisions, Pierrick Giraudeau, désormais attaché Performance et Haute-Performance auprès du DTN à la Fédération française de handisport. Les classificateurs ont pour rôle de s’assurer que tous les athlètes d’une même catégorie ont les mêmes chances. Ils examinent tout le monde et déterminent si untel est bien à mettre dans telle catégorie, ou s’il exagère son handicap. Ainsi, aux Paralympiques d’Atlanta en 1996, pas moins de 11 athlètes avaient été renvoyés chez eux après avoir tenté d’exagérer leur handicap. Mais tout handicap n’est pas aussi « facile » à juger. « Certaines formes de handicap ne posent aucun problème au panel, d’autres formes de handicap peuvent être difficiles à juger, racontait Giraudeau.
Dès que l’on est sur des défaillances cérébrales, dues à des maladies ou à des accidents, c’est plus compliqué à classifier ». Et si la tâche du classificateur est déjà complexe de base, elle l’est encore plus en raison de l’absence totale de scrupule de certains. Car, oui, il y a bien de la triche en handisport, comme partout ailleurs lorsqu’il s’agit de compétitions et d’un gain – ici une médaille et un titre – au bout. Les Paralympiques n’échappent pas à la règle.

LA GROSSIÈRE TRICHE DE VAN DER VORST
Interrogé par le journal allemand Spiegel, Jürgen Schmid racontait en avril 2012 la difficulté croissante du métier de classificateur en raison de ces tricheurs. Il expliquait que certains athlètes se retenaient lors des tests pour dévaloriser leur handicap. Et malgré la rigueur des contrôles, et un travail proche de celui d’un détective, le classificateur a peu de chances de relever à temps la supercherie : « Quelqu’un qui veut vraiment simuler un handicap pourra le faire quoiqu’il arrive », se désolait-il.
Le cas le plus connu est sans nul doute celui de l’équipe d’Espagne de basket-ball de la catégorie handicapés mentaux, championne paralympique lors des Jeux de Sydney en 2000. Mais il s’est finalement avéré que 10 des 12 joueurs étaient en fait en parfaite santé. On pourrait aussi évoquer Monique van der Vorst double médaillée d’argent aux Jeux Paralympiques 2008 de Pékin en cyclisme handisport, dans la catégorie vélo à mains. La Néerlandaise avouera finalement en 2012, après avoir tenté de prétendre à une guérison miraculeuse, qu’elle a toujours été capable de marcher.

TU ES EN BONNE SANTÉ, TU AS GAGNÉ PLUS QU’UNE MÉDAILLE
Sans oublier le cas, pour le moins comique, même si désespérant, de la skieuse russe aux Paralympiques d’hiver de Turin en 2006, concourant dans la catégorie des non-voyants. Après avoir passé la ligne, elle avait tourné la tête vers le tableau des résultats, avant de sauter de joie à la vue de sa médaille. Comme avait dit Jürgen Schmid à un athlète qu’il avait considéré valide avant un Mondial handisport : « Tu es en bonne santé, tu as gagné plus qu’une médaille ».
Tant que certains ne s’en rendront pas compte, la tâche du classificateur sera compliquée. Mais elle sera toujours essentielle.