L’allocation chômage entrera en vigueur début 2022. Cette allocation est «une décision courageuse et entrera en vigueur à partir du 2022», a en effet souligné M. Tebboune à l’ouverture des travaux de la rencontre Gouvernement-Walis au Palais des Nations, Club-des-Pins (Alger).

Par Feriel Nourine
Une annonce à valeur de confirmation, puisque cette mesure au profit des jeunes chômeurs, annoncée le 8 août dernier par le président de la République, puis adoptée en Conseil des ministres, le 22 du même mois, sera contenue dans le projet de loi de finances 2022 après avoir été soumise au gouvernement. Autrement dit, son approbation par le Parlement signifiera son entrée en vigueur systématique dès l’entame de l’année prochaine. Elle viendra ainsi «s’ajouter aux formules d’allocations de chômage adoptées dans d’autres secteurs», avait indiqué le communiqué sanctionnant le même Conseil des ministres.
Une fois effective, l’allocation chômage le sera dans une conjoncture marquée par une forte augmentation du nombre de chômeurs en Algérie. Un pic sur ce registre a d’ailleurs été enregistré en 2020 avec un taux qui a dépassé 14%, contre 11,7% en 2019, touchant particulièrement les jeunes. La Covid-19 est passée par là, réduisant sensiblement l’activité économique et provoquant, entre autres, la mise au chômage de contingents entiers de travailleurs dans de nombreux secteurs et filières confondus. La courbe du chômage serait appelée à poursuivre son ascendant pour atteindre 19% en 2026, selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI).
Dans le document relatif au Plan de relance économique 2020-24, le gouvernement, quant à lui, fait état de 500 000 emplois perdus durant la seule année 2020. Pareille situation n’est pas, bien sûr, sans mettre à rude épreuve les pouvoirs publics qu’elle oblige à dénicher des alternatives pour toute cette population de chômeurs en besoin d’une aide financière, en attendant de trouver un emploi. Parmi ces dernières, l’allocation chômage attendue désormais pour le début de l’année prochaine. Laquelle a ouvert la voie à des interrogations d’ordre technique dès son annonce par le premier responsable du pays, début août dernier.
A commencer par la catégorie des chômeurs qui en bénéficieront. A cette question, M. Tebboune n’a pas tardé à renvoyer une réponse partielle qui trace les contours devant servir à l’élaboration du projet de loi instituant l’allocation chômage. En ce sens, le dispositif réglementaire et pratique de l’entrée en vigueur de l’allocation chômage s’articule autour de trois points fondamentaux. Le premier point a trait à la définition de l’âge maximal pour les primo-demandeurs d’emploi éligibles à l’allocation chômage, selon des critères raisonnables et objectifs, compte tenu de la lenteur des investissements générateurs d’emploi et de la récession économique due à la pandémie de la Covid-19, alors que le second concerne la mise en place d’un système efficace de contrôle du fichier national des chômeurs, afin d’assurer une distribution transparente et correcte de ladite allocation, en tenant compte des opportunités de travail disponibles dans différentes régions du pays. Quant au troisième point, il met en évidence la nécessité de définir les mécanismes juridiques de sanction pour toute fraude pour bénéficier de cette subvention, y compris la poursuite pénale. Il s’agira, enfin, de distinguer l’allocation destinée aux jeunes chômeurs du reste des privilèges et allocations offerts aux jeunes. Du travail donc, beaucoup de travail, pour les responsables chargés d’élaborer le projet de loi qui préparera le terrain à l’allocation chômage.

Quelle source de financement ?
L’autre question qui s’est posée, et se pose toujours, est celle de savoir sur quel type de mécanisme et de ressources va compter l’Etat pour assurer cette manne destinée aux jeunes sans revenu. Ces derniers ne seront pas confondus avec ceux activant dans l’informel, à travers des emplois non déclarés, mais qui disposent, cependant, d’un revenu régulier et stable dans de nombreux cas. Après avoir opté pour des mesures bancaires, fiscales et parafiscales pour atténuer la crise qui frappe les entreprises depuis l’arrivée de la pandémie, le gouvernement est appelé donc à davantage d’efforts à travers une décision socio-économique à visée politique aussi, puisqu’elle tend à «préserver la dignité du jeune Algérien et interdire à toute partie de l’instrumentaliser à des fins politiques», avait expliqué le chef de l’Etat lors d’une annonce d’allocation chômage intervenue alors que les jeunes du Sud du pays étaient descendus une nouvelle fois dans la rue pour exiger leur droit au travail. Le nouveau système d’allocation chômage est donc destiné à renforcer les autres mécanismes mis en place au profit des jeunes. Il servira à renforcer le système de défense mis en place face à la crise sociale provoquée par la pandémie ces deux dernières années. Pour Khaled Aït Mahrez, ancien Directeur général de la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac), consultant et membre de Care, l’allocation chômage doit être affectée du budget de l’Etat. En effet, «l’allocation chômage n’est pas contributive, elle est affectée à partir du budget de l’Etat», avait indiqué M. Aït Mahrez, à Reporters, il y a quelques jours. «L’assurance chômage est financée à partir des cotisations des salariés et distribuée quand le salarié est au chômage», a-t-il ajouté. Cependant, si elle n’est pas assurée par le budget de l’Etat, cette allocation pourra compter sur de nouvelles recettes fiscales, précise l’intervenant. Pour sa part, l’expert en économie Abderrahmane Mebtoul estime que pour alimenter la caisse d’allocation chômage, les pouvoirs publics peuvent prévoir transitoirement entre 0,5 et 1,5% des recettes de Sonatrach. «Les tensions sociales sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures qui permettent les subventions et les transferts sociaux représentant 23,7% du budget général et 9,4% du PIB pour l’exercice 2021. Sauf que ces recettes sont encore mal ciblées et mal gérées», relève M. Mebtoul, ajoutant que l’instabilité dont pâtit le marché pétrolier et ses prix qui ne sont pas à l’abri d’une nouvelle chute risquent d’affaiblir la croissance du pays, d’augmenter le chômage et de réduire les réserve de change, soutient-il. Dans pareille configuration socio-économique «il sera difficile d’alimenter la caisse d’allocation chômage. Sans oublier les caisses de retraite dont la pérennité est menacée. Il faut savoir que toute nation ne peut distribuer que ce qu’elle a préalablement produit, le populisme pouvant conduire à un processus inflationniste incontrôlable sans création de valeur et donc, à la dérive économique et sociale avec des incidences sécuritaires», a encore expliqué l’expert économique.