Une dizaine de personnes sans vie repêchées, dont un enfant de 9 ans, à Aïn Témouchent et Mostaganem.

Le phénomène des harragas endeuille encore une fois les familles algériennes, n’épargnant ni les femmes ni les enfants, avec la tragique nouvelle de deux corps sans vie, celui d’une femme et d’un enfant de neuf ans, repêchés, jeudi dernier, lors d’une mission de sauvetage au large des côtes d’Aïn Témouchent. Lors de ce jeudi noir, des nouvelles dramatiques parviennent aussi de Mostaganem, où ce sont quatre corps sans vie qui sont repêchés en mer par les unités des plongées territoriales des garde-côtes suite au renversement de l’embarcation de fortune d’un groupe de harraga.
Le constat amer est que ces derniers jours, les statistiques dramatiques des services de sécurité démontrent que le phénomène de l’émigration clandestine dans des embarcations de fortune connait une recrudescence, notamment à l’ouest du pays avec des conséquences dramatiques pour ceux poussés par désespoir à risquer leurs vies et même celles de leurs enfants pour l’illusion d’un meilleur avenir.

Les recherches se poursuivent pour retrouver les disparus
Pour plus de précisions concernant les drames de ce jeudi, ce sont les services de la Protection civile qui ont repêché au large d’Aïn Témouchent les corps sans vie d’une femme de trente ans et d’un enfant de 9 ans, alors que les éléments des garde-côtes ont réussi à secourir, vers 4 heures 30, 19 autres parmi les candidats à l’émigration clandestine suite au renversement de leur embarcation, ont indiqué les services de la Protection civile à l’APS.
L’embarcation, à son bord 22 candidats à l’émigration clandestine, avait chaviré en mer non loin des îles Habibas. Les deux corps sans vie ont été transférés à la morgue de l’hôpital Ahmed-Medeghri d’Aïn Témouchent et les unités de la Protection civile poursuivent les recherches après une troisième personne portée disparue.
Une autre tragédie s’est déroulée en mer dans la wilaya de Mostaganem, où quatre corps sans vie ont été repêchés et cinq personnes ont été secourues par les unités des plongées territoriales des garde-côtes à la suite du renversement de l’embarcation de fabrication artisanale avec à son bord des candidats à l’émigration clandestine aux limites des côtes Est de la wilaya.
Les unités des garde-côtes poursuivent les recherches en mer pour retrouver d’autres personnes faisant partie du groupe, selon la même source, qui reprend les déclarations de certains candidats à l’émigration clandestine parmi les personnes secourues. Les cinq personnes secourues ont été reconduites au port de Mostaganem pour les formalités d’usage en pareille circonstance, tandis que les corps sans vie ont été transférés à la morgue de l’établissement hopsitalier Ernesto-Che-Guevara de Mostaganem. Il est à noter, que le même jour, les unités de plongée des garde-côtes ont intercepté une embarcation de fabrication artisanale à bord de laquelle se trouvaient 16 harragas, à 18 kilomètres au nord de Mazagran, et 15 kilomètres à l’ouest de Mostaganem.

Plusieurs tentatives de harraga déjouées à Mostaganem et Aïn Témouchent
Les services de la Gendarmerie nationale de Mostaganem ont indiqué, jeudi dernier, à l’APS, avoir déjoué durant les dernières 48 heures plusieurs tentatives d’émigration clandestine en mer. Cette opération, qui intervient suite aux rondes effectuées par divers brigades de la Gendarmerie nationale au niveau des communes côtières de la wilaya de Mostaganem, a permis l’arrestation de 21 personnes, âgées entre 17 et 35 ans, originaires de plusieurs wilayas du pays. Une fois l’enquête terminée, les personnes arrêtées seront remises aux instances judiciaires compétentes territorialement pour le chef d’inculpation de «tentative de quitter le territoire national illégalement».
Face à l’ampleur de ce phénomène, qui connaît une recrudescence exponentielle les services de sécurité redoublent de vigilance et intensifient les enquêtes dans le cadre de la lutte contre l’émigration clandestine.
Ainsi, la brigade de lutte contre la cybercriminalité relevant de la Police judiciaire de Mostaganem a arrêté un organisateur d’émigration clandestine par mer à travers les réseaux sociaux, a indiqué, mercredi dernier, la Sûreté de wilaya.
L’affaire remonte au mois d’août dernier lorsque la brigade de lutte contre la cybercriminalité relevant de la Police judiciaire de la Sûreté de wilaya a capté un message d’un compte facebook avec pseudonyme d’un individu qui active au sein d’un groupe virtuel de trafic de migrants pour atteindre d’éventuels candidats pour des traversées clandestines à partir des côtes de la wilaya de Mostaganem. Les enquêtes diligentées par les experts dans le domaine électronique ont permis de lever le voile sur l’identité réelle du détenteur du compte et du numéro de son téléphone. L’individu âgé de 19 ans a été arrêté pour le chef d’inculpation de tentative de sortie du territoire national par l’usage des technologies de l’information et de la communication. Présenté devant la justice, il a écopé d’une peine d’une année de prison ferme avec une amende de 100 000 DA.
Par ailleurs, la Brigade de recherche et d’investigation (BRI) du service de wilaya de la police judiciaire d’Aïn Témouchent a démantelé, en coordination avec une unité des garde-côtes du port de Bouzedjar, un réseau national spécialisé dans l’organisation de traversées clandestines par voie maritime à partir des côtes de l’ouest du pays.
L’opération a eu lieu après que les garde-côtes de la station maritime du port de Bouzedjar aient mis en échec un plan d’émigration clandestine en interceptant une embarcation au large du cap Figalo, avec à son bord 12 personnes, a indiqué la cellule de communication de la Sûreté de wilaya.
Les investigations menées par la BRI de la Sûreté de wilaya ont démontré que les mis en cause dans cette affaire ont été attirés à travers les réseaux sociaux par l’organisateur de traversées clandestines à partir d’Oran, qui a été identifié et arrêté par les enquêteurs, de même que quatre autres complices.
Une perquisition au niveau d’une ferme à M’saïd dans la wilaya d’Aïn Témouchent, exploitée par le chef de la bande, du matériel utilisé dans les traversées clandestines, a permis la saisie d’une citerne de carburant et deux véhicules, en plus de plusieurs téléphones mobiles et une somme de 5 330 euros.
Au final, même si les côtes de l’ouest sont devenues ces derniers jours la plaque tournante de l’émigration clandestine, malgré le démantèlement de plusieurs réseaux de passeurs clandestins, le constat amer est que le phénomène est en train de s’intensifier ces derniers jours au niveau de plusieurs wilayas.
Pour preuve, le communiqué de l’Armée nationale populaire (ANP) où il est précisé que du 9 au 15 septembre dernier, les garde-côtes et les services de la Gendarmerie nationale ont réussi à mettre en échec des tentatives d’émigration clandestine et ont procédé au sauvetage de 189 individus à bord d’embarcations de construction artisanale à Tipasa, Ténès, Boumerdès, Alger, Skikda, Jijel et Annaba.