Le nouvelle visite, jeudi et vendredi, en Algérie du ministre français des Affaires étrangères, aura été une autre occasion pour faire le point avec les hauts responsables algériens des relations entre les deux pays. Nouvelle visite, parce que jeudi et vendredi, Jean-Yves Le Drian n’était pas à sa première présence dans notre pays. Depuis seulement l’élection de Abdelmadjid Tebboube, c’est le troisième déplacement qu’effectue le chef de la diplomatie française, après ceux effectués en janvier et mars de l’année en cours.
Or, en dépit de quelques événements venus récemment refroidir les relations algéro-françaises, notamment les reportages tendancieux réalisés par des chaînes de ce pays sur l’Algérie et le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris, les liens d’amitié entre les deux pays sont toujours solides et le renforcement de leur coopération a même été au centre des discussions. C’est ce qu’a fait savoir à la presse M. Le Drian lorsqu’il a déclaré être «venu à Alger pour marquer la solidité des liens d’amitié entre nos deux pays». «Pour la France, l’Algérie est un partenaire de premier plan en raison des liens humains multiples qui nous unissent par-delà la Méditerranée», a-t-il souligné, au terme de l’audience que lui a accordée le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune.
«Notre relation est riche et multiple, notamment en matière d’échanges humains, éducatifs, scientifiques, la coopération économique et les enjeux sécuritaires ainsi que les questions régionales», a détaillé le ministre français en guise de démonstration sur le contenu et la portée de la relation entre les deux pays. Celle-ci connaît même «un nouvel élan» a constaté l’intervenant. En ce sens, il ne manquera pas de mettre en évidence l’engagement, en 2017, du président Emmanuel Macron à ce que la France assume, enfin, sa présence coloniale en Algérie, désignée de «crime» par le chef d’Etat français. Ce dernier avait alors engagé «une démarche de lucidité sur l’Histoire de la colonisation et de la Guerre d’Algérie», soutiendra son ministre des Affaires étrangères, soulignant qu’il l’a montré «par des actes forts, comme la remise récente à l’Algérie des restes mortuaires des combattants algériens conservés au Musée de l’Homme».
Un rappel intervenu, faut-il le souligner, à la veille du 17 octobre.

«L’Algérie est à la veille d’une étape importante»
Calendrier oblige, le référendum sur la révision de la Constitution, prévu le 1er novembre prochain, a figuré au menu de l’audience accordé par Abdelmadjid Tebboune à l’hôte d’Alger. Pour M. Le Drian, «l’Algérie est à la veille d’une étape importante qui va amener le peuple algérien à se prononcer le 1er novembre sur le projet de révision de la Constitution». Le président Tebboune a affiché «ses intentions de réformes des institutions pour renforcer la gouvernance, l’équilibre des pouvoirs et les libertés», a-t-il déclaré, considérant qu’«il appartient aux Algériens et à eux seuls de traduire les aspirations qui se sont exprimées avec civisme et dignité en une vision politique avec des institutions aptes à la concrétiser». Référence faite au Hirak que le ministre français ne nomme cependant pas.
S’agissant des enjeux économiques dans la coopération bilatérale, le chef de la diplomatie française a laissé assez clairement transparaître les intentions de son pays à conserver sa place privilégiée sur la cartographie économique de notre pays. Il dira, à ce propos, que «les entreprises françaises implantées en Algérie sont nombreuses et contribuent au dynamisme de l’économie et à la création d’emplois», il saluera ensuite «les réformes initiées par le Président Tebboune afin de diversifier l’économie algérienne, d’assouplir les procédures et d’accompagner les entreprises innovantes», avant de saluer «cette volonté» et de souligner que «notre dialogue reste important afin que les entreprises françaises trouvent toute leur place dans le cadre de ces réformes et continuent de contribuer à la prospérité de l’Algérie».

Crises régionales : l’Algérie, «une puissance d’équilibre»
Autre dossier évoqué par M. Le Drian, celui ayant trait aux crises régionales qui engagent les deux pays sur le front diplomatique, au profit d’une solution pacifique qui fait jouer à l’Algérie le rôle de «puissance d’équilibre qui privilégie le règlement politique des conflits dans un cadre multilatéral», a-t-il souligné. A commencer par la crise libyenne à travers laquelle l’Algérie se distingue par un déploiement diplomatique qui fait référence dans le monde et qui encourage les efforts à faire bouclier au langage des armes, sous escorte de l’ingérence étrangère. Ce que met en évidence le ministre français en soutenant encore que «la France considère, comme l’Algérie, qu’il n’y a pas de solution militaire et soutient le dialogue politique entre toutes les parties libyennes sous l’égide des Nations unies».
Et de préciser que «le rôle des pays voisins, en particulier l’Algérie, est essentiel car ils sont les premiers concernés par les risques que fait poser cette crise et peuvent jouer un rôle stabilisateur auprès des acteurs libyens, à l’inverse des ingérences des puissances extérieures». Concernant la situation au Mali, la réaction algérienne aux derniers événements qui ont secoué ce pays a également été saluée par le ministre français des Affaires étrangères dont le pays est, faut-il le rappeler, engagé militairement sur le territoire malien. Ce qui ne l’empêche pas d’appeler à «l’application de l’Accord de paix d’Alger», conclu en 2015 entre les autorités maliennes, les groupes armés progouvernementaux et l’ex-rébellion indépendantiste à dominante touareg du nord, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). M. Le Drian souligne, par ailleurs, que «la France a salué, comme l’Algérie, la mise en place d’une transition, laquelle doit conduire vers des élections ouvertes, libres et transparentes et au rétablissement de l’ordre constitutionnel». <