Dans le cadre de la 12e édition du Festival national du théâtre professionnel (FNTP), un atelier de formation sur la critique théâtrale se tient du 24 au 28 décembre, à la salle Hadj-Omar. La responsable de cet atelier, Jamila Mostefa Ezzegai, professeur de critique théâtrale à l’université de Tipasa, présente ses objectifs, l’évaluation de cette discipline ainsi que l’importance de créer des passerelles entre les critiques et les artistes.

Reporters : Présentez-nous l’atelier que vous organisez dans le cadre de la 12e édition du Festival national de théâtre professionnel ?
Jamila Mostefa Ezzegai : L’atelier de formation sur la critique théâtrale s’appuie sur la déstructuration de la critique théâtrale en se basant sur le côté théorique vers le côté pratique. C’est destiné aux journalistes, aux étudiants, aux artistes et même aux amateurs qui s’intéressent au théâtre. Cela fait trois mois que l’on travaille sur ce projet, c’est le commissaire du FNTP et directeur du TNA Mohamed Yahyaoui qui m’a chargée de présider ce projet. Il a exigé que les noms qui doivent encadrer ces stagiaires doivent être de nouvelles figures pour apporter un souffle nouveau et un nouveau regard. Je me suis basée sur cette directive pour inviter les spécialistes qui animent cet atelier.

Qui sont les encadreurs de cet atelier et quelle est leur mission ?

Il y a le professeur Fahd Khaghat, qui est le fils du grand homme de théâtre marocain Mohamed Khaghat qui était l’ami de Mustapha Kateb. Fahd Khaghat est chargé d’expliquer les mécanismes de la mise en scène à travers la méthodologie générique. Nous avons aussi le formateur tunisien Youcef Bahri, qui s’engage à encadrer les stagiaires en leur donnant la matière du texte avant la mise en scène et après la mise en scène. Il va leur apprendre la méthodologie pour déstructurer le texte ainsi que la scène pour joindre le littéraire au dramaturgique. Ce que les académiciens nomment l’art paradoxal. En se basant sur cette méthodologie, on a réussi à fragmenter l’art de la critique théâtrale. Nous avons aussi un jeune algérien, spécialisé dans la critique en générale, c’est-à-dire littéraire, cinématographique et théâtrale. Il s’agit d’Adlène Bendjillali qui a d’énormes capacités dans le domaine de la critique. On lui a donné cette occasion pour que tout le monde sache que nous avons des jeunes porteurs de projets structurants dans le domaine de la critique en Algérie. Il va encadrer les stagiaires sur la méthodologie de l’écriture d’un papier sur la critique théâtrale. Personnellement, je ne me suis pas contentée de chapeauter cet atelier, j’encadre également les stagiaires en partageant avec eux l’approche de la scénographie théâtrale, ses références, ses mécanismes, sa relation avec la mise en scène, etc. Cet atelier va se clôturer avec un concours sur le meilleur papier critique qui va être sélectionné sur des critères académiques. L’efficacité de cet atelier sera aussi d’évaluer en se basant sur la méthodologie du recensement. C’est-à-dire que les encadreurs vont donner leur avis sur les stagiaires mais également les stagiaires vont donner leur avis sur les encadreurs et sur leur méthodologie. Cela permettra de savoir ce qu’il faudra améliorer dans ce type d’atelier qui est essentiel dans les festivals de théâtre algérien.

Justement, qu’elle est votre évaluation de la critique théâtrale en Algérie ?
La véritable critique académique théâtrale est sincèrement en retrait et n’est pas en adéquation avec la production théâtrale algérienne. Cela est dû à plusieurs facteurs. A titre d’exemple, on prend la méthodologie génétique qui se base sur le commencement du travail artistique, ou de la créativité artistique au commencement du texte. On doit arriver à l’aboutissement de création artistique pour qu’elle soit critiquée. Elle doit être critiquée dés le commencement de cette pièce théâtrale, c’est-à-dire le texte. Mais souvent on n’a pas accès aux textes des pièces théâtrales produites. On ne peut pas avoir le texte dans lequel on peut lire et relire la pièce théâtrale pour l’analyser et lui donner toute l’énergie qu’il faut pour décoder les mécanismes de cette créativité artistique. Par ailleurs, sachant que «le théâtre commence maintenant», comme dit Artaud, c’est un art d’ici et maintenant. Quand le critique n’est pas invité ni associé à ce processus, c’est un peu délicat pour faire une véritable critique théâtrale en Algérie. Sincèrement, on souffre de beaucoup de facteurs d’obstacles. Les critiques sont souvent blâmés, mais en réalité on ne leur offre pas les conditions adéquates pour qu’ils puissent faire leur travail correctement. C’est très difficile d’avoir les textes, d’assister au processus de création, de faire des papiers académiques et même de publier des ouvrages sur le sujet. La critique n’est pas juste une question d’opinion sur un travail artistique. La critique est une interprétation d’une pièce selon des références académique et culturelle. Mais cela commence à évoluer. Personnellement, j’ai récemment eu l’expérience avec le metteur en scène Tounès Ali, qui m’a permis d’entrer dans son laboratoire de création artistique. Cela m’a permis de comprendre et de connaître tous les efforts des personnes qui participent à la création de cette œuvre d’art qui est une pièce théâtrale.

Est-ce que cela signifie que les choses évoluent dans le domaine de la critique théâtrale ?
La critique aujourd’hui a changé d’orientation. Aujourd’hui, le critique doit assister à tout le processus de la création d’une pièce théâtrale afin de cerner tous les aspects. Il ne s’agit pas de faire un papier d’analyse académique et d’assister juste à la représentation sur scène. Il s’agit aussi de suivre cette pièce dès le commencement. Je dirais même plus, le critique peut être aujourd’hui un conseiller dans le domaine de la création théâtrale. Aujourd’hui, il devient nécessaire de créer des passerelles entre la critique et la création théâtrale. Je le réclame vivement. Les étudiants auxquels j’enseigne l’art de la critique à l’université de Tipasa, s’intéressent et apprécient énormément la critique avec tous ses genres et ses méthodologies. On a réussi à leur transmettre cette passion et à leur inculquer les différences en espérant qu’ils seront efficaces sur le terrain dans un futur proche. Au final, il y a de bonnes idées et de bonnes initiatives et la critique a de beaux jours devant elle en Algérie.