L’opération anti-corruption lancée par la justice contre des hommes d’affaires se poursuivait, hier, avec l’audition des frères Kouninef par le Procureur de la République près le Tribunal de Sidi M’hamed à Alger.

Par Feriel Nourine
Au lendemain de la mise sous mandat de dépôt du P-DG du groupe Cevital, Issad Rebrab, c’était au tour de Réda, Abdelkader, Karim et Tarek Kouninef d’être entendus par le représentant du ministère public après leur interpellation et leur audition, lundi, par la brigade de recherche de la gendarmerie de Bab Jdid à Alger. Ils sont suspectés de «non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics, trafic d’influences avec des fonctionnaires publics pour l’obtention de privilèges et détournement de fonciers et de concessions», selon l’ENTV.
Les quatre frères sont, faut-il le rappeler, inscrits sur la liste des hommes d’affaires interdits de sortie du territoire depuis le 1er avril dernier. Laquelle liste regroupe des noms dont l’ascension se serait opérée grâce à leur appartenance au cercle très proche de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika.
Hier, alors que les frères Kouninef étaient entendus par le Procureur de la République, Issad Rebrab passait, lui, sa première journée dans la prison d’El Harrach où il a été placé en détention provisoire tard dans la nuit de lundi. Le fondateur du groupe Cevital, qui emploie des milliers de salariés, serait soupçonné de «fausses déclarations relatives à des mouvements de capitaux de et vers l’étranger, de surfacturation d’équipements importés et d’importation de matériel usagé malgré l’octroi d’avantages bancaires, fiscaux et douaniers» octroyés au matériel neuf. Contrairement aux autres chefs d’entreprise, actuellement dans le viseur de la justice pour les privilèges dont ils auraient joui sous l’ombre de Bouteflika, Issad Rebrab se distinguait par des relations plutôt tendues avec le clan présidentiel. Ces dernières années, il était en conflit avec les autorités du pays qu’il accusait de faire entrave à ses projets d’investissement. C’est donc une semaine intense en interpellations par la Gendarmerie nationale et convocations par le Parquet, mais aussi de mises en détention, qui est en train de s’achever. Issad Rebrab, les frères Kouninef et les hauts gradés de l’ANP, Saïd Bey et Hamid Chentouf, l’auront vérifié à leurs dépens, alors que l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia et l’ex-gouverneur de la Banque d’Algérie, actuel ministre des Finances, se trouvent sans doute dans une position bien inconfortable après avoir été
«invités» à se présenter au Tribunal de Sidi M’hamed, où une foule en colère les a attendus toute la journée de dimanche, en vain.
La machine judiciaire s’était mise en branle contre les hommes d’affaires dès le début du mois d’avril et sa première victime a été le patron du groupe ETRHB et ex-président du FCE, Ali Haddad. Ce dernier a été placé en détention provisoire le 3 du même mois, après avoir été arrêté le 31 mars au poste frontalier de Oum Tboul, d’où il tentait de quitter le pays malgré une interdiction de sortie de territoire. Ali Haddad était en possession de deux passeports algériens et d’une somme en devises non déclarée.
Mais les véritables chefs d’inculpation qui pourraient peser contre lui seraient sans doute liés aux raisons qui l’ont poussé à quitter le pays dans une procédure qui a tout d’une fuite. Après une semaine pleine d’affaires, cet emballement judiciaire, qui ne dit pas pleinement ses raisons d’être, ou qui les dits à moitié, pourrait s’intensifier encore et rendre l’atmosphère sociopolitique encore plus difficile à respirer en cette période de crise politique.n