«La mouture de l’avant-projet sur les amendements de la nouvelle Constitution vise à mettre les balises pour un Etat fort, pour peu que les personnalités nationales, les organisations estudiantines, syndicales, associations et partis politiques soient associés aux concertations», estime le politologue Ismaïl Khalfallah.
La mouture soumise au Président de la République «apporte des réponses et des assurances à des problématiques tant soulevées par les citoyens algériens, à l’intérieur ou de l’extérieur du pays», relève M. Khalfallah. Il évoque, à ce propos, la clause contenue dans la Constitution en vigueur interdisant aux binationaux d’accéder aux hautes fonctions de l’Etat. «Cette clause a été jugée discriminatoire par nos concitoyens établis à l’étranger», rappelle notre interlocuteur.
«Pire encore, elle prive le pays des compétences de ses enfants et de son élite établie à l’étranger», s’insurge-t-il, considérant que les binationaux sont «un atout et une valeur ajoutée pouvant contribuer au développement du pays et à son essor économique». M. Khalfallah note, par ailleurs, l’autorisation accordée par le projet de Constitution à l’Armée nationale de participer aux missions de maintien de paix dans le monde. Une nouveauté qu’il ne manque pas de saluer, partant du principe que «l’Algérie est un membre à part entière de l’ONU» et que «sa participation dans les missions de maintien de paix confortera sa position de partenaire des Nations unies, de l’Union africaine et de la Ligue arabe»
Le projet préliminaire de la nouvelle Constitution instaure à nouveau la limitation des mandats présidentiels à deux. Concernant la limitation des mandats présidentiels à deux mandats, contenue dans le texte, le politologue fait un clin d’œil à la révision de l’actuelle Constitution qui, rappellera-il, «avait supprimé cette limitation et permis à Abdelaziz Bouteflika de briguer quatre mandats successifs et de se porter candidat pour un nouvel mandat». Ce qui avait «fait sortir le peuple dans la rue le 22 février 2019, pour demander de façon pacifique le départ du régime en place», ajoutera-il, sans oublier de saluer le comité d’experts qui a proposé «de constitutionnaliser» le Hirak, dans le préambule de la Constitution du pays.
La nouvelle mouture propose également de renforcer le principe de l’indépendance de la Justice et de la liberté de la presse. Elle propose par ailleurs de supprimer le tiers présidentiel au Conseil de la Nation. «Le tiers présidentiel désigné directement par le président de la République exécute les caprices du Président de la République, sachant que certains exploitent l’immunité parlementaire à des fins personnelles alors qu’ils sont censés défendre les intérêts du peuple et de faire parvenir ses préoccupations au P», explique M. Khalfallah. C’est pourquoi, il estime «judicieux» de penser à la distinction dans le bénéfice de l’immunité parlementaire entre les actes liés à la pratique du mandat et ceux en dehors.
S’agissant de la proposition d’inclure la langue amazigh, reconnue comme «langue nationale» et constante intangible de la nation, dans les dispositions qui ne seront pas soumises à une modification constitutionnelle, notre politologue relève que «la diversité est une richesse», et que «le discours de la haine doit être banni à jamais».