Entre l’Iran et les Etats-Unis, c’est la tension permanente et la célébration à Téhéran du 38e anniversaire de la révolution khomeyniste vient encore le prouver. C’est aux cris de « mort à l’Amérique » que des millions de manifestants ont arpenté les rues de la capitale iranienne pour marquer cet anniversaire et relever combien le contentieux avec les Etats-Unis reste lourd.

Les relations entre Washington et Téhéran ont semblé s’apaiser durant ces derniers mois, à l’occasion de la signature avec les Etats-Unis et les puissances occidentales de l’accord sur le nucléaire civil iranien. Les deux parties ont commencé à parler business et des délégations d’hommes d’affaires américains ont commencé à se déplacer en Iran en quête de marchés juteux notamment dans le secteur de l’équipement d’hydrocarbures et dans l’aéronautique. Mais cette dynamique qui devait relancer aussi des relations diplomatiques et politiques rompues depuis 1980 semble aujourd’hui menacée depuis l’arrivée à la Maison Blanche du président Donald-Trump. Depuis l’investiture de M. Trump, le 20 janvier dernier, en effet, le ton n’a cessé de monter entre Washington et Téhéran. L’annonce il y a une semaine des nouvelles sanctions américaines, liées à un tir de missiles balistique, par l’Iran, a entraîné la riposte immédiate de Téhéran qui a annoncé des mesures de réciprocité visant «des individus et des entreprises américaines» soutenant des groupes «terroristes». Cette réciprocité à l’encontre de citoyens américains avait déjà été appliquée après la décision par Washington d’interdire l’entrée aux Etats-Unis des ressortissants musulmans. Une mesure «insultante» et «honteuse», selon Téhéran. Le président américain a multiplié sur son compte Twitter les petites phrases incendiaires contre l’Iran, accusant notamment ce pays de «jouer avec le feu». Dans une tentative d’apaiser les tensions, le président Rohani a assuré jeudi dernier que la puissance militaire de l’Iran était «uniquement défensive». Mais cela n’a pas suscité une réaction d’apaisement à la Maison-Blanche que les observateurs iraniens disent d’elle davantage préoccupée par les intérêts de défense et de sécurité d’Israël que par la recherche de relations équilibrées avec les pays de la région. A ce sujet, l’administration Trump a dénoncé l’accord sur le nucléaire civil, elle a mis en garde les autorités iraniennes après le tir de missiles, alors que Téhéran exclut de renoncer à ce qu’il estime être son droit souverain de tester des missiles portant des armes « conventionnelles » et non-nucléaires, uniquement destinées à la défense de son territoire face à ses « ennemis ». M. Trump ira-t-il jusqu’à dérailler l’accord international sur le nucléaire iranien scellé en 2015 par son prédécesseur Barack Obama ? Le nouveau président américain multiplie les déclarations contradictoires et belliqueuses. Il serait donc intéressant de le suivre dans ses actions même si l’on sait que la relation stratégique des Etats-Unis avec Israël, une relation qu’il souhaite davantage renforcer en recevant récemment le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au moment où ce dernier donnait un nouveau feu vert à de nouvelles colonies pourtant condamnées par les Nations unies, pourrait l’inciter au pire.

Téhéran-Washington, menaces réciproques
L’Iran, qui craint un regain de tension, semble se préparer à toutes les éventualités et la manifestation «monstre» hier dans les rues de Téhéran rappellent les années où la relation avec Washington était à portée de canon. «Il faut parler au peuple iranien avec respect. Quiconque utilise le langage de la menace, le peuple iranien le lui fera regretter», a déclaré hier le président Hassan Rohani devant des centaines de milliers de personnes rassemblées place Azadi à Téhéran. D’immenses défilés rassemblant des millions de personnes ont également eu lieu dans la plupart des villes iraniennes, selon les images de la télévision publique Irib.» Les manifestations avec des millions d’Iraniens montrent la puissance de l’Iran islamique», a ajouté le président Rohani. Selon lui, il s’agit d’une «réponse aux propos mensongers des nouveaux dirigeants de la Maison Blanche». Les manifestants portaient des pancartes «Mort à l’Amérique» et piétinaient aussi de grands drapeaux américains en brandissant des photos de M. Trump, du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et de la Première ministre britannique Theresa May. «Les Iraniens ne craignent pas les menaces «, pouvait-on lire sur ces photos diffusées en boucle sur les chaines de télé internationale. Ils brandissaient aussi des photos de l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême, qui avait appelé mardi les Iraniens à «répondre» aux menaces du président Trump «La présence de la population est un message à Trump : s’il commet une erreur, le peuple le lui fera regretter», a déclaré aux agences de presse le député réformateur Mostapha Kavakebian, présent au défilé de Téhéran. Ghassem Soleimani, chef des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite iranienne, était également présent dans la foule, selon l’AFP. Des manifestants ont toutefois tenu à montrer leur gratitude envers de nombreux Américains qui se sont mobilisés contre un décret de Donald Trump interdisant l’entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, dont l’Iran.
Le décret est actuellement bloqué au grand dam du président américain. «A bas le régime, vive le peuple «américain, pouvait-on lire sur des pancartes de manifestants.
Le chef de file des réformateurs, l’ex-président Mohammad Khatami (1997-2005), pourtant soumis à des restrictions à sa liberté par le pouvoir, avait appelé les Iraniens à participer massivement aux défilés «pour neutraliser les complots». «Face à n’importe quelle menace contre le régime, l’intégrité territoriale et les intérêts nationaux, nous n’hésiterons pas un instant à résister», a-il dit, appelant à la «réconciliation nationale».