Plusieurs centaines d’étudiants pro-régime se sont rassemblés hier samedi devant l’université de Téhéran, après une protestation de plusieurs dizaines d’étudiants contre le pouvoir, ont rapporté les médias locaux.

Jeudi et vendredi, des centaines d’Iraniens ont manifesté dans une dizaine de villes de province contre le pouvoir et les difficultés économiques du pays, les manifestations les plus importantes depuis le mouvement de contestation contre la réélection de l’ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009.
Hier samedi, entre 50 et 70 étudiants ont manifesté devant l’université de Téhéran en scandant des slogans politiques contre le pouvoir, ont rapporté les agences de presse Fars et Mehr proches des conservateurs. Une vidéo publiée sur la messagerie cryptée Telegram de l’agence Fars montre des étudiants rassemblés devant l’entrée principale de l’université, appelant les gens à les rejoindre. « Contrairement aux rassemblements des autres villes qui étaient contre la situation économique et l’inflation, ce rassemblement était politique », a affirmé Fars. « Ni Gaza, Ni Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran », ont scandé les manifestants, en référence à la politique régionale de l’Iran, selon la même source. Selon l’agence Mehr, des « slogans durs ont été lancés contre les dirigeants du pays ». Sur la vidéo, on peut voir la police anti-émeute déployée sur l’avenue qui borde l’université. Juste après, des centaines d’étudiants pro-régime se sont rassemblés devant l’université, dans le centre de la capitale iranienne. « Mort aux séditieux », ont-ils crié, selon des vidéos publiées par des agences de presse. « Les opportunistes qui voulaient profiter de la situation (…) se sont dispersés avec la venue des étudiants », a écrit l’agence Tasnim proche des conservateurs.
La police anti-émeute, largement déployée, est intervenue pour empêcher les étudiants de sortir dans la rue. Ces manifestations rivales ont eu lieu le jour où le ministre de l’Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli a « demandé à la population de ne pas participer aux rassemblements illégaux ».
Le nombre des manifestants est resté limité à quelques centaines mais c’était la première fois depuis 2009 qu’autant de villes ont été touchées par de telles protestations sociales. Pour la première fois samedi également, la télévision d’Etat a évoqué les protestations sociales en montrant des images et en jugeant nécessaire d’entendre « les revendications légitimes » de la population. Mais elle a aussi dénoncé les médias et les groupes « contre-révolutionnaires » à l’étranger qui cherchent à exploiter ces rassemblements.
A Machhad, une cinquantaine de manifestants ont été arrêtés lors des protestations, mais selon la télévision la plupart ont été libérées. La police est intervenue dans certaines villes, notamment avec des canons à eau. Mais généralement des officiers de police tentaient de calmer les gens. Les arrestations ont été condamnées par les Etats-Unis, ennemi juré de l’Iran et faisant de ce pays une cible depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.
« Le gouvernement iranien devrait respecter leurs droits, notamment leur droit de s’exprimer. Le monde regarde », a tweeté le président Donald Trump au sujet des protestataires. Le département d’Etat a accusé les dirigeants iraniens d’avoir « transformé un pays prospère doté d’une histoire et d’une culture riches en un Etat voyou à la dérive ». En réaction, le ministère des Affaires étrangères à Téhéran a dit que « le peuple iranien n’accorde aucune valeur et crédit aux déclarations opportunistes des responsables américains et de Trump ». n