L’Iran peine à relancer son système de distribution de carburant mercredi, au lendemain d’une cyberattaque sans précédent, qui a fait réagir les plus hautes autorités de la République islamique pointant du doigt une attaque venue de l’étranger. Le président Ebrahim Raïssi a souligné la nécessité d’anticiper, de prévenir et de se prémunir contre les cyberattaques et a accusé les auteurs de chercher à monter la population contre les dirigeants iraniens.

«Certaines personnes veulent mettre les gens en colère en créant du désordre et perturber leur vie quotidienne», a indiqué M. Raïssi, selon Iribnews, le site internet de la télévision d’Etat. «Dans le domaine de la cyberguerre, il faut être sérieusement préparé, et les instances concernées ne doivent pas permettre à l’ennemi de poursuivre ses objectifs sinistres dans ce domaine», a-t-il ajouté. «L’ennemi avait l’intention de nuire au peuple avec ce mouvement», a renchéri pour sa part le ministre du Pétrole, Javad Owji. En 2010, le virus Stuxnet avait frappé le programme nucléaire iranien, entraînant une série de pannes dans le parc de centrifugeuses utilisées pour l’enrichissement de l’uranium. Depuis, l’Iran d’un côté, Israël et les Etats-Unis de l’autre, s’accusent régulièrement de cyberattaques. Après la cyberattaque survenue mardi, les techniciens du ministère iranien du Pétrole ont été déployés pour déconnecter le système informatique des stations-service, afin de distribuer le carburant manuellement, selon les autorités.

Longues files d’attente
L’incident a entraîné des embouteillages à l’image d’une des principales artères du nord de Téhéran, où le trafic était perturbé mercredi en raison d’une longue file près d’une station-service, a constaté un journaliste de l’AFP. «Sur les 4.300 stations-service à travers le pays, près de 300 ont été reconnectées au système», a déclaré M. Owji à la mi-journée à la télévision. Il a souligné que les automobilistes pouvaient toutefois s’approvisionner dans plus de 3.000 stations à travers le pays qui vendent du carburant à un tarif non subventionné, donc plus cher. Dans un pays où l’essence coule à flot à un prix défiant toute concurrence, tous les automobilistes qui veulent acheter du carburant doivent se procurer une carte numérique délivrée par les autorités. Elle permet de bénéficier d’un montant mensuel d’essence à un tarif subventionné et, une fois le quota utilisé, d’acheter de l’essence au «tarif libre», plus chère. L’Iran dispose des troisièmes réserves de pétrole au monde et occupait en 2020 la cinquième place comme producteur au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). L’agence de presse conservatrice Fars a pointé du doigt les opposants au régime en faisant un rapprochement entre cette panne de l’anniversaire le mois prochain des événements du 15 novembre 2019, quand des manifestations violentes avaient éclaté dans plusieurs dizaines de localités en Iran après l’annonce d’une hausse soudaine du prix de l’essence. «La campagne menée par les médias contre-révolutionnaires à l’approche (de l’anniversaire) des événements de novembre 2019 renforce la possibilité d’une cyberattaque», selon l’agence.
Les autorités iraniennes avaient parlé à l’époque de 230 personnes tuées lors
de ces manifestations, alors qu’un groupe d’experts travaillant pour le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme avait fait état de plus de 400 morts. (AFP)