Trois agents des forces de l’ordre ont été tués en Iran, où l’agitation provoquée par une hausse soudaine du prix de l’essence semble encore loin d’être calmée mardi en dépit de la coupure d’Internet et de nombreuses arrestations. Du fait de ce black-out, la situation, et en particulier le nombre de victimes après quatre jours de violences, reste très difficile à évaluer à l’échelle du pays.

A Téhéran, des centaines de policiers antiémeutes armés de matraques s’étaient déployés dans la matinée à côté de canons à eau sur plusieurs places, selon des journalistes de l’AFP. Dans l’Est de la capitale, deux stations-service incendiées témoignaient des violences. Gardant les lieux, des policiers ont interdit aux journalistesde l’AFP de filmer ou de photographier. Dans l’ouest de Téhéran, les journalistes de l’AFP ont pu voir un poste de police et un grand panneau publicitaire au-dessus d’une autoroute urbaine incendiés ainsi qu’une station de vélos en libre service vandalisée. Le porte-parole de l’autorité judiciaire, Gholamhossein Esmaïli, a demandé « à la population de signaler aux forces de l’ordre et à l’appareil judiciaireles séditieux, les ferments de violence et ceux qui ont perpétré des crimes ». Sans donner aucun chiffre, M. Esmaïli, qui était cité par Mizanonline, l’agence de l’Autorité judiciaire, a fait état de l’arrestation de personne sayant incendié des mosquées ou des banques, et d’ « individus ayant fourni des films et des informations à des médias étrangers et à des ennemis » de la République islamique. Dans la nuit de lundi à mardi, les agences Isna et Fars ont fait état de la mort de trois agents des forces de l’ordre tués «à l’arme blanche » dans une «embuscade » tendue par des «émeutiers» dans la province de Téhéran à l’ouest dela capitale. Les funérailles des trois hommes, un officier des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique et deux membres du Bassidj, corps de volontaires islamistes, ont été annoncées pour mercredi. Ces décès portent à cinq le nombre de morts officiellement confirmées depuis le début de l’agitation.
Six autres personnes au moins ont été tuées, selon des informations publiées par diverses agences iraniennes, généralement sans source ni beaucoup de détails. Des bilans beaucoup plus lourds, et impossibles à vérifier, sont relayés sur les réseaux sociaux à l’étranger. La télévision d’Etat a diffusé de nouvelles images de l’agitation, présentées comme ayant été tournées à Andimeshk, dans le sud-ouest du pays, et montrant un homme semblant épauler une arme à feu et tirer à plusieurs reprises pendant que d’autres jeunes lancent des pierres.
La contestation a commencé vendredi soir, quelques heures après l’annonced’une réforme du mode de subvention de l’essence, censée bénéficier aux ménages les moins favorisés mais s’accompagnant d’une très forte hausse du prix à la pompe. Elle survient à quelques mois des élections législatives prévues pour février, et alors que l’Iran traverse une grave récession provoquée par le retrait unilatéral des Etats-Unis, en 2018, de l’accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement consécutif de lourdes sanctions américaines contre Téhéran.
Selon le Fonds monétaire international, le PIB de l’Iran devrait chuter de9,5% cette année après un recul de 4,8% en 2018. L’inflation, entraînée par la chute du rial face aux grandes devises d’échange, atteint officiellement 40%.n