Synthèse de Lyes Sakhi
Un haut officier iranien a été tué dimanche 22 mai en pleine rue alors qu’il se rendait chez lui dans l’est de la capitale Téhéran. Le colonel Sayyad Khodaï, c’est son nom, a été atteint de cinq balles vers 16 heures locales, a précisé l’agence de presse officielle Irna. Les Gardiens de la révolution dont faisait partie la victime ont fait état de son assassinat, une annonce sans précédent depuis celle du meurtre en novembre 2020 du physicien Mohsen Fakhrizadeh, un acte imputé à Israël.
« Le colonel Sayyad Khodaï, un défenseur du sanctuaire, a été assassiné lors d’une attaque armée menée par deux motards dans la rue Mojahedin-é Eslam à Téhéran », ont indiqué les Gardiens, dans un communiqué publié sur leur site officiel. Le terme « défenseur du sanctuaire » désigne toute personne travaillant pour le compte de la République islamique en Syrie et en Irak, deux pays abritant des lieux de culte chiites, où l’Iran exerce une influence et affirme être présent par le biais de ce qu’il présente comme des « conseillers militaires ». La télévision d’Etat a précisé sans plus de détails que le colonel Khodaï était « connu en Syrie », pays en guerre depuis 2011. Dans leur communiqué, les Gardiens ont dénoncé un « acte terroriste » commis par des « éléments liés à l’arrogance mondiale » (les Etats-Unis et leurs alliés, dans la phraséologie officielle de la République islamique, NDLR). « Ce crime inhumain a été perpétré par des éléments terroristes affiliés à l’arrogance mondiale », a également dénoncé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, condamnant le « silence des pays qui prétendent lutter contre le terrorisme ». Plutôt dans la journée, les Gardiens ont annoncé l’arrestation d’un « réseau de voyous liés au service de renseignement du régime sioniste ». Le réseau est impliqué dans « des vols, la détérioration de biens privés et publics, des enlèvements et l’obtention de faux aveux », ont accusé les Gardiens. L’assassinat du colonel Khodaï intervient alors que l’Iran est engagé depuis plus d’un an dans des négociations avec les puissances mondiales pour relancer un accord international conclu en 2015 pour encadrer son programme nucléaire, mais dont Washington s’est retiré unilatéralement en 2018. Les négociations sont à l’arrêt depuis deux mois alors même qu’un projet de texte semblait à portée de signature. L’un des derniers obstacles est en effet la demande de Téhéran que les Etats-Unis retirent les Gardiens de la révolution de la liste noire américaine des « organisations terroristes étrangères ».
L’officier Khodaï est la figure la plus importante dont le meurtre sur le sol iranien a été annoncé par Téhéran depuis celui du physicien nucléaire Mohsen Fakhrizadeh, tué en novembre 2020 près de la capitale dans une attaque contre son convoi. Fakhrizadeh a été présenté après sa mort comme un vice-ministre de la Défense et le chef de l’Organisation de la recherche et de l’innovation en matière de défense (Sépand), ayant notamment contribué à la « défense anti-atomique » du pays. L’Iran accuse Israël, son ennemi juré, d’avoir commandité l’attentat. Cet événement n’est pas sans rappeler le général Qassem Soleimani, à la tête de la Force Qods, branche des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, qui a été tué dans une attaque de drone américaine à Bagdad en janvier 2020.
Au lendemain de la mort du militaire à Téhéran lors d’une attaque sans précédent depuis novembre 2020, l’Iran a assuré que le meurtre serait « vengé ». « Je ne doute pas que le sang de ce grand martyr sera vengé », a déclaré à propos le président Ebrahim Raïssi à la télévision d’Etat. Les funérailles se tiendront mardi à 08H00 (03H30 GMT) sur la place Imam-Hossein, dans le centre de Téhéran, ont indiqué les Gardiens dans un communiqué. n