Joe Biden, qui reçoit lundi le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi, devrait lancer une «nouvelle phase» de la présence militaire américaine en Irak, avec une fin formelle des opérations de combat, mais sans remettre en cause la présence de troupes dans le pays. «Nous parlons d’évoluer vers une nouvelle phase (…), dans laquelle nous mettons fin aux opérations de combat contre (le groupe jihadiste) Etat islamique et dans laquelle nous passons à une mission de conseil et d’entraînement», a fait savoir un haut responsable de la Maison Blanche, indiquant que des «ajustements supplémentaires» pourraient être annoncés d’ici la fin de l’année. «L’Irak a demandé, et nous sommes tout à fait d’accord, une poursuite des opérations de formation; un soutien logistique, de renseignement, de conseil – tout ceci va se poursuivre», a indiqué cette source. Elle n’a pas donné de précision sur ce que ce changement signifierait en matière d’effectifs, mais assuré qu’il s’agissait d’une évolution «significative» et pas seulement «sémantique». Le président américain et le chef de l’exécutif irakien doivent se retrouver à 14h00 heure de Washington (18h00 GMT), et n’ont pas prévu de conférence de presse commune, mais un communiqué doit être publié. La majorité des troupes américaines, envoyées en 2014 dans le cadre d’une coalition internationale pour aider Bagdad à défaire l’EI, ont été retirées sous la présidence de Donald Trump. Et officiellement, les quelque 2.500 militaires américains encore déployés dans le pays ne combattent pas, mais jouent déjà un rôle de «conseillers» et de «formateurs». Selon les experts, en venant à Washington, le Premier ministre irakien espère de toute façon moins des annonces concrètes qu’un signal lui permettant de consolider un peu sa position très précaire, lui qui est tiraillé entre Washington et de puissantes factions pro-Iran dans le pays. Ces dernières, qui réclament un départ pur et simple des Américains, ont multiplié les attaques contre les militaires américains stationnés en Irak. Mais les experts n’envisagent pas un retrait total, alors que des cellules résiduelles de l’EI restent actives.
Annonces «cosmétiques»?
Le groupe jihadiste a revendiqué un attentat meurtrier il y a un peu plus d’une semaine dans la capitale irakienne. «La dernière chose que souhaitent les Etats-Unis est de quitter l’Irak et se retrouver dans quelques années face à la même situation, avec un retour de l’EI», souligne une source diplomatique occidentale. Ramzy Mardini, spécialiste de l’Irak au Pearson Institute de l’université de Chicago, fait valoir que le président américain risquerait de subir un «coût politique» conséquent si le scénario de 2011, à savoir un retrait américain qui a permis l’émergence de l’EI, devait se reproduire. L’expert parle même d’annonces «cosmétiques» destinées surtout à renforcer Moustafa al-Kazimi, Premier ministre d’un pays ravagé par les violences, la pauvreté et la corruption, à trois mois des élections législatives. L’Irak est un maillon important dans le dispositif stratégique des Etats-Unis, qui mènent les opérations de la coalition antijihadiste en Syrie voisine. Et pas question pour Washington d’abandonner le pays à l’influence iranienne, en plein regain de tensions entre Iran et Etats-Unis — même si ces derniers entendent toujours sauver l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien. Faute de calendrier de retrait définitif des troupes américaines, les spécialistes de la région redoutent une poursuite voire une intensification des attaques menées par les factions pro-Iran. Vendredi encore, une attaque au drone a été menée sur une base abritant des militaires américains au Kurdistan (nord), sans faire de victimes. Un «Comité de coordination des factions de la résistance irakienne», considéré comme un faux nez des groupes pro-Iran, a redemandé «le retrait total de toutes les forces américaines», faute de quoi les attaques se poursuivraient. n