Le président Barham Saleh a chargé mardi l’ex-gouverneur de la ville sainte chiite de Najaf, Adnane Zorfi, de former un gouvernement en Irak, où de nouvelles roquettes ont visé des troupes étrangères, la troisième attaque du genre en moins d’une semaine.

Par Sarah BENHAIDA
Depuis que le gouvernement a démissionné en décembre, l’Irak, deuxième producteur de l’Opep touché de plein fouet par la chute des cours du pétrole, est englué dans une crise politique face à un mouvement de contestation inédit, et les tensions entre Américains et Iraniens, ses deux grands alliés. Un premier candidat, Mohammed Allawi, avait été désigné pour former le gouvernement mais avait jeté l’éponge face au Parlement le plus divisé de l’histoire récente de l’Irak. C’est désormais M. Zorfi, 54 ans, qui a 30 jours pour former un cabinet et le faire accepter par le Parlement, puis organiser des élections anticipées et faire voter un budget qui s’annonce largement déficitaire. Signe que la confiance du Parlement est loin d’être acquise, peu après l’officialisation de sa désignation, le deuxième bloc, celui des paramilitaires pro-Iran du Hachd al-Chaabi, l’a dénoncée comme «anticonstitutionnelle», promettant de «tout faire pour empêcher cet acte illégal». Ancien membre du parti Daâwa, opposé au dictateur Saddam Hussein, M. Zorfi siège au Parlement au sein de la liste emmenée par l’ancien Premier ministre Haider al-Abadi. Ce dernier a été vivement critiqué pour la répression et les violences qui ont accompagné les manifestations ayant débuté en octobre.
24 attaques
Selon un haut responsable gouvernemental, sa marge de manoeuvre sera limitée. Les politiciens qui se sont mis d’accord sur son nom veulent «une personnalité qui n’est pas dans la confrontation pour qu’il ne fasse rien» pouvant bouleverser l’ordre établi dans le seizième pays le plus corrompu au monde, a-t-il dit à l’AFP sous couvert de l’anonymat. Parmi les dossiers qui l’attendent, figure celui, brûlant, de la présence des troupes américaines en Irak, où l’influence de l’Iran est très importante au sein même du pouvoir. Après la mort du puissant
général iranien Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran en Irak, tué dans une frappe américaine en janvier à
Bagdad, la majorité –chiite– du Parlement avait appelé l’Exécutif à expulser les troupes étrangères menées par Washington présentes depuis 2014 pour combattre le groupe Etat islamique (EI). Depuis, les tirs de roquettes sur des bases abritant des troupes de la coalition internationale ont repris de plus belle. Mardi, avant l’aube, plusieurs se sont abattues sur la base de Basmaya, au sud de Bagdad, où sont postées des troupes de la coalition et de l’Otan. Il s’agit de la 24e attaque contre ces forces depuis fin octobre. Aucune de ces attaques n’a été revendiquée. Washington accuse les brigades du Hezbollah, l’une des factions pro-Iran les plus radicales du pays, d’être derrière les tirs, et Bagdad de ne rien faire pour les arrêter. Les autorités irakiennes, qui s’appuient sur la coalition pour déloger les cellules Djihadistes clandestines, assurent ne pas parvenir à en découvrir les auteurs. Mardi, des responsables de la coalition ont indiqué à l’AFP que les centaines de soldats postés sur trois bases en Irak seraient redéployés ailleurs dans le pays ou au-delà de ses frontières.
Vols interrompus
Le 12 mars, les brigades du Hezbollah ont salué, sans les revendiquer, des tirs de roquettes ayant tué la veille deux soldats américains et une soldate britannique. Des frappes américaines de représailles visant, selon Washington, les brigades du Hezbollah ont fait six morts, dont des policiers et soldats. Ce cycle de violences fait de nouveau planer le spectre d’une escalade en Irak. Si la révolte populaire a été éclipsée par les tensions irano-américaines et l’épidémie du nouveau coronavirus, un manifestant a été tué lundi soir à Bagdad par des tirs, selon des sources médicales, portant à plus de 550 le nombre de morts depuis octobre en marge des manifestations. Ce mouvement, qui dénonce notamment la corruption et l’indigence des services publics, se poursuit –avec moins de manifestants– et pourrait reprendre de l’ampleur si l’épidémie devenait
incontrôlable, selon les experts. Jusqu’ici, officiellement, l’Irak a recensé 12 morts et 154 contaminations, des chiffres mis en doute par de nombreux Irakiens. Des couvre-feux sont imposés dans la moitié des provinces, mais ne semblent pas être respectés. Le grand ayatollah Ali Sistani a interdit les prières collectives et déclaré que les soignants qui mouraient du nouveau coronavirus seraient des «martyrs». Bagdad sera sous couvre-feu dès mardi soir durant six jours, et les liaisons aériennes ont été interrompues mardi pour une semaine. n