La mort d’un militant visé par  un attentat et la tentative d’assassinat d’un célèbre satiriste font gronder la colère des Irakiens, qui  se sont à nouveau mobilisés hier  mercredi en dépit du vote mardi d’une réforme électorale qu’ils réclamaient. Dans la nuit du mardi, d’immenses flammes rougeoyantes se sont de nouveau élevées au-dessus de plusieurs villes du sud de l’Irak, en révolte, comme Bagdad, depuis près de trois mois. A Diwaniyah, à 200 kilomètres au sud de Bagdad, elles ont dévoré les sièges de deux puissantes milices: l’organisation Badr, tenue par le chef des paramilitaires pro-Iran au Parlement, Hadi al-Ameri, et Assaïb Ahl al-Haq, dont le chef est depuis début décembre sous le coup de sanctions de Washington, notamment pour « enlèvements, meurtres et tortures ».
Hier, des centaines de manifestants ont par ailleurs formé une procession funéraire autour du cercueil de Thaër al-Tayeb, militant en vue à Diwaniyah, sous un grand drapeau irakien. Ils dénonçaient la mort dans la nuit de ce militant qui avait rejoint en octobre la place Tahrir de Bagdad, épicentre de la révolte inédite qui secoue l’Irak et a déjà été marquée par près de 460 morts et 25.000 blessés.  M. Tayeb a succombé à ses blessures après avoir été touché par une explosion le 15 décembre visant sa voiture, à bord de laquelle il se trouvait avec un autre militant, Ali al-Madani, qui a également été hospitalisé.   Depuis près de trois mois, les intimidations et assassinats de manifestants ou de militants n’ont cessé d’escalader. Des dizaines d’entre eux ont été enlevés, souvent devant chez eux alors qu’ils rentraient de manifestations, parfois même à l’intérieur de leur domicile.   En outre, plusieurs militants ont été assassinés, quasiment toujours par balles et généralement en pleine rue.   Cette campagne, accuse l’ONU, est le fait de « milices » pour tenter de faire taire une révolte inédite parce que spontanée, qui réclame la mise à bas de tout le système politique en Irak, ses politiciens avec.
Mardi soir de nouveau, un satiriste dont le programme télévisé est très suivi en Irak, Aws Fadhil a été visé par trois balles, qui ont touché sa voiture sans l’atteindre. Il a aussitôt publié sur les réseaux sociaux des vidéos montrant les impacts de balles sur son pare-brise et la portière de sa voiture.  Dans une autre vidéo, il affirme: « ils visent ceux qui soutiennent la révolution pour les faire taire (…) mais on poursuit notre révolution, on a déjà atteint un objectif, le Parlement a voté le scrutin uninominal ».   Mardi soir, le Parlement a approuvé l’unique réforme proposée depuis le début de la révolte, celle de la loi électorale.   Les législatives se feront désormais au scrutin uninominal et non plus selon un complexe système mêlant proportionnelle et scrutin de listes.
Réforme au profit des notables
Les circonscriptions seront également redessinées, mais le Parlement n’a pas jusqu’ici précisé comment.   De nombreux observateurs mettent toutefois en garde contre le fait qu’un tel redécoupage privilégie les grands partis et les notables locaux et tribaux au détriment des indépendants et des technocrates que les manifestants veulent voir accéder au pouvoir.
Malgré cette avancée, après avoir faibli quelques semaines, la contestation a repris de plus belle depuis dimanche. Les Irakiens dénoncent dans la rue leurs dirigeants qu’ils jugent «corrompus» et « incompétents », alors que ces derniers sont paralysés, incapables de s’accorder sur le nom d’un nouveau Premier ministre.
Mercredi, les manifestants étaient ainsi de nouveau rassemblés sur la place Tahrir de Bagdad ainsi qu’à Kerbala, Nassiriya ou à Bassora, grande ville pétrolière du sud. C’est le gouverneur de cette cité, la plus riche en or noir du pays mais aussi l’une des plus délaissée en termes d’infrastructures, qui est désormais pressenti pour devenir Premier ministre.
Assaad al-Aïdani est soutenu par les pro-Iran qui ont dû changer de candidat, le ministre démissionnaire de l’Enseignement supérieur, Qoussaï al-Souheil, pour lequel ils poussaient depuis des semaines ayant reçu un veto du président Barham Saleh, seul habilité à présenter un nom au Parlement.n