Les jours de la coalition antidjihadistes en Irak sont-ils comptés ? Formée en 2014, pour lutter contre le groupe Etat islamique (EI) -qui s’était alors emparé d’un tiers du territoire irakien et de larges pans de la Syrie- cette force de 8000 soldats est menée essentiellement par les Etats-Unis et rassemble des soldats de 76 pays. Sa présence sur le sol irakien était déjà posée depuis des mois si l’on croit le débat politique et parlementaire dans ce pays, elle est devenue une question accrue depuis la frappe américaine qui a tué, le 3 janvier dernier, le général iranien Qassem Soleimani et son lieutenant irakien à Baghdad Abou Mehdi Al-Muhandis. L’option envisagée que cette coalition entame un désengagement progressif pour laisser la place à la mission de l’OTAN lancée en 2018 et qui comprend 500 militaires canadiens.
Le choix d’opter davantage pour l’OTAN s’expliquerait par le fait la coalition internationale et les Etats-Unis en particulier ont, après la frappe du 3 janvier, «outrepassé» leur mandat et exacerbé le rejet populaire que suscite la présence des forces américaine sur le sol irakien. Petit rappel, le 5 janvier dernier, le Parlement irakien a voté en faveur du départ des troupes étrangères, une manière de cibler les 5.200 militaires américains présent sur son sol.
Depuis cette date, les opérations de la coalition internationale sont suspendues mais, craignant les effets d’un retrait précipité, l’Irak et les Etats membres de la coalition ont toutefois commencé à évoquer un ajustement du rôle de la force anti-EI, selon des responsables et diplomates irakiens. «Nous avons discuté de plusieurs scénarios avec la France, le Royaume-Uni, le Canada», a déclaré Abdelkarim Khalaf, porte-parole du Premier ministre Adel Abdel Mahdi.
«L’essentiel est qu’il n’y ait pas de troupes combattantes et que notre espace aérien ne soit pas utilisé», a-t-il ajouté. Deux responsables occidentaux ont indiqué à l’AFP sous couvert de l’anonymat avoir présenté à M. Abdel Mahdi, à sa demande, «des ébauches de propositions». Parmi celles-ci, une coalition internationale qui ne serait plus dirigée par Washington, un mandat restreint ou le renforcement du rôle de l’Otan. Selon un responsable occidental cité par l’AFP, «l’option Otan» a été approuvée par le Premier ministre iranien, l’armée et même certains éléments anti-américains du Hachd al-Chaâbi, une coalition de paramilitaires dominée par des forces pro-Iran.
La situation pourrait aboutir à «une sorte de compromis, une moindre présence (étrangère), sous un autre nom», a-t-il ajouté. Ainsi, «les Américains pourront continuer de combattre l’EI et les Irakiens prétendre les avoir expulsés», a-t-il encore dit non sans ironie. Les différentes options devaient être présentées à Amman hier mercredi, lors d’une réunion entre les autorités irakiennes et l’Otan, puis le mois prochain par les ministres de la défense de l’organisation transatlantique.

Des discussions à un «stade très précoce»
Ces dernières semaines, le président Donald Trump lui-même a appelé de ses voeux une plus grande implication de l’Otan dans la région. James Jeffrey, son envoyé spécial auprès de la coalition, a évoqué la semaine dernière une évolution prochaine, bien que les discussions «soient à un stade très précoce». L’Otan, dont le mandat en Irak est renouvelé chaque année, a précisé que l’élargissement de son rôle ne concernerait que la formation militaire et «qu’il n’était pas question» d’envoyer des troupes de combat. «Il y a eu des discussions entre les alliés, et beaucoup d’échanges entre l’Otan et le gouvernement irakien ces dernières semaines», a dit à l’AFP un responsable de l’Otan.
Depuis que l’Irak a proclamé la défaite de l’EI fin 2017, les forces de la coalition mènent principalement des activités de surveillance et conduisent des frappes aériennes contre des cellules djihadistes dormantes. Et elle n’a pas attendu l’affaire Soleimani pour réduire le nombre de ses soldats sur le sol irakien, selon deux hauts responsables américains qui ont affirmé qu’un plus petit contingent «maintiendrait parfaitement» la pression sur l’EI.
Néanmoins, la coalition a été contrainte «d’accélérer» cette démarche à l’aune des tensions entre Washington et Téhéran, a reconnu l’un des responsables. Depuis octobre, une vingtaine de tirs de roquettes ont visé l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad et des bases irakiennes abritant des soldats américains, tuant un ressortissant américain et un soldat irakien. Alors que ces attaques n’ont pas été revendiquées, Washington a accusé des factions pro-iraniennes.
Depuis début janvier, la coalition et l’Otan ont ostensiblement réduit leurs opérations ainsi que leurs effectifs en Irak. Cette reconfiguration a poussé les forces irakiennes à prendre le relais dans la lutte antidjihadiste. On assiste à «une compression de facto (des effectifs), c’est un test», a commenté le responsable américain.